Dans de nombreuses localités du Vietnam, les partenariats au sein des chaînes de valeur s’imposent progressivement comme une tendance incontournable. Ils permettent aux coopératives d’accroître la valeur des produits agricoles et de sécuriser leurs débouchés, tout en aidant les agriculteurs à sortir d’une production morcelée, à renforcer leur compétitivité et à augmenter leurs revenus, dans la perspective d’une agriculture commerciale moderne et durable.
De la production individuelle à la valorisation des produits agricoles
Dans la commune de Dong Tho, province de Tuyen Quang, au Nord, la coopérative de production et de transformation de produits alimentaires sûrs Sang Nhung a réussi à mettre en place une chaîne de production intégrée selon le modèle 3F (Feed-Farm-Food), reliant toutes les étapes, de la sélection des animaux reproducteurs et de l’alimentation animale à l’élevage, puis à l’abattage, à la transformation et à la commercialisation des produits auprès des consommateurs.
Au sein de cette chaîne intégrée, la coopérative met en œuvre les sciences et les technologies, utilise des aliments pour animaux enrichis en plantes médicinales, contrôle la biosécurité et applique les normes VietGAP ainsi que des dispositifs de traçabilité afin de garantir la qualité des produits, de la ferme à la table.
Parallèlement, un réseau de magasins sous la marque « Produits agricoles verts Sang Nhung » a été développé. Il contribue à prolonger la chaîne de valeur, à rapprocher les produits des consommateurs et à permettre à la coopérative de maîtriser ses débouchés tout en valorisant davantage sa production agricole.
Selon Nguyen Ngoc Sang, directeur de la coopérative de production et de transformation de produits alimentaires sûrs Sang Nhung, après huit années d’activité, la structure a progressivement perfectionné l’ensemble de ses processus de production, de transformation, de commercialisation et de traitement des déchets, tout en développant des partenariats avec des milliers de membres, d’agriculteurs et de coopératives, dans la province et au-delà.
La coopérative assure actuellement un emploi régulier à environ 150 personnes, pour un revenu mensuel moyen de 10 millions de dôngs par personne. Elle a élaboré un plan et un programme d’action pour les cinq prochaines années, avec pour objectif une croissance annuelle de 10 à 15 % de son activité organisée en chaîne de valeur.
Les objectifs de la coopérative concordent pleinement avec le Programme de développement de l’économie collective de la province pour la période 2026-2030.
Plus précisément, la province ambitionne de compter plus de 1 850 coopératives et plus de 38 000 membres d’ici à 2030. Elle vise également une participation d’au moins 50 % des coopératives agricoles aux chaînes de valeur, ainsi qu’un soutien à plus de 100 coopératives pour l’adoption de technologies de pointe.
Ces dernières années, les partenariats au sein des chaînes de valeur ont progressivement transformé les modes de production et de commercialisation des fruits dans la province de Gia Lai. La province compte actuellement plus de 50 entreprises et près de 60 coopératives participant à des réseaux de coopération dans la filière fruitière.
Dans la seule filière du durian, des partenariats ont été établis entre 16 coopératives et 11 entreprises, couvrant une superficie de près de 2 900 hectares.
Au sein de ce réseau, la coopérative de durian biologique Ia Phin, située dans la commune de Chu Prong, constitue un exemple remarquable. Elle rassemble plus de 60 membres qui cultivent ensemble plus de 220 hectares, dont 70 hectares ont obtenu deux codes de zones de culture destinés à l’exportation.
Outre l’adoption de pratiques agricoles biologiques et l’utilisation accrue d’engrais organiques pour améliorer les sols et la qualité des fruits, les membres de la coopérative accordent une attention particulière à la tenue de registres numériques des activités agricoles, à la numérisation des zones de culture et à la traçabilité. Ils standardisent ainsi progressivement les processus de production afin de répondre aux exigences des marchés d’exportation.
Le respect des procédures de production dans le cadre des chaînes de valeur apporte des retombées économiques concrètes aux producteurs de durian de Gia Lai.
Selon Duong Mah Tiep, vice-président du Comité populaire provincial, la province encourage les coopératives à participer aux chaînes de valeur et à organiser leur production selon des procédures harmonisées, afin de constituer des volumes suffisants, de garantir la qualité et de répondre aux exigences des marchés.
« La province fournit régulièrement des recommandations et des informations pour permettre aux producteurs de durian et aux coopératives de connaître les besoins des marchés et les normes à respecter. Les entreprises accompagnent les producteurs et facilitent l’accès aux marchés d’exportation, contribuant ainsi à la production de produits de qualité », a indiqué Duong Mah Tiep.
Renforcer la compétitivité et élargir les marchés grâce aux partenariats
Dans les faits, les partenariats au sein des chaînes de valeur favorisent la constitution de zones de production concentrées, avec des variétés, des pratiques culturales et une qualité harmonisées pour répondre aux exigences des marchés. Ils permettent également de réduire les coûts intermédiaires, de faciliter l’accès des coopératives aux crédits préférentiels, de renforcer la traçabilité et de promouvoir des techniques agricoles durables, ouvrant ainsi la voie à une participation future au marché des crédits carbone.
Toutefois, au-delà des orientations de développement à long terme, la mise en place de ces partenariats soulève d’importants enjeux en matière de planification des zones de production, de transformation et d’infrastructures au service de l’activité agricole.
Selon le docteur Dang Kim Son, vice-président de l’Association des entreprises appliquant les technologies de pointe dans l’agriculture, il est nécessaire de développer des zones de production spécialisées et de relier les agriculteurs, les exploitations agricoles et les coopératives aux centres de transformation en profondeur et à des systèmes logistiques intégrés.
Il convient notamment de passer d’une logique de soutien à une logique d’investissement dans les capacités des coopératives, afin de créer les conditions nécessaires à la réorganisation de la production et à leur participation aux chaînes de valeur. Pour permettre aux coopératives de tirer pleinement parti de ces partenariats, la diffusion de l’information et le développement des infrastructures numériques jouent également un rôle essentiel.
Nguyen Van Viet, chef de la Commission des affaires ethniques du Conseil populaire provincial de Tuyen Quang, a indiqué que la province accordait une attention particulière à la constitution de bases de données sectorielles et à la modernisation du portail d’information du Service provincial de l’agriculture et de l’environnement. Celui-ci enregistre en moyenne 15 000 visites par jour, permettant aux habitants, aux entreprises et aux coopératives d’accéder aux informations utiles à leurs activités de production et de commercialisation.
Parallèlement aux efforts déployés par les autorités locales, la transformation numérique, notamment le commerce électronique, ouvre de nouvelles perspectives pour la promotion et la commercialisation des produits agricoles, ainsi que pour l’établissement de relations avec des partenaires à l’exportation.
Selon Kieu Tien Anh, directeur des opérations de la plateforme de commerce électronique Hi1, la mise en vente des produits sur une plateforme ne constitue qu’un point de départ. Pour fidéliser les clients et garantir des débouchés à long terme, les coopératives doivent assurer une qualité constante, maintenir un approvisionnement stable et répondre efficacement aux exigences du marché.
Pour y parvenir, les partenariats au sein des chaînes de valeur doivent être consolidés, de l’organisation de la production à la commercialisation, grâce à la participation de toutes les parties et au partage des responsabilités.
Ngo Tuong Vy, directrice générale de la société par actions Chanh Thu, spécialisée dans l’import-export de fruits, estime que les agriculteurs doivent respecter les procédures de production, que les coopératives doivent organiser la production et en contrôler la qualité, que les entreprises doivent honorer leurs engagements d’achat et que les autorités de gestion doivent intervenir rapidement pour résoudre les difficultés rencontrées.
Lorsque toutes les étapes fonctionnent de manière coordonnée, les risques sont partagés, la confiance se renforce et les débouchés des produits agricoles se stabilisent.
Selon Nguyen Tien Dinh, chef du Bureau de l’économie coopérative relevant du Département de l’économie coopérative et du développement rural, les engagements d’achat des entreprises constituent l’un des principaux atouts du modèle de partenariat au sein des chaînes de valeur.
Ce modèle convient aux zones de production où des entreprises investissent dans la transformation et l’exportation, et où les coopératives disposent d’une activité stable et de capacités de gestion suffisantes pour coordonner la production et les activités commerciales sur des zones d’approvisionnement d’au moins 100 hectares.
Toutefois, pour élargir ces partenariats et assurer leur pérennité, les coopératives ont besoin de ressources financières suffisantes pour investir dans la production, renforcer leurs capacités de gestion et satisfaire aux exigences toujours plus élevées des marchés.
Cao Xuan Thu Van, présidente de l’Alliance des coopératives du Vietnam, propose d’étudier des modèles de financement structurés autour des chaînes de valeur, mobilisant l’État, les entreprises et les établissements de crédit afin de garantir aux coopératives des sources de financement stables.
Lorsque les politiques répondent aux besoins réels, les coopératives disposent des moyens nécessaires pour organiser la production et les entreprises peuvent investir sur le long terme. Les partenariats au sein des chaînes de valeur peuvent alors dépasser le cadre d’accords à court terme et devenir un socle de développement durable pour les produits agricoles.