Les habitants des montagnes unis pour ouvrir de nouvelles routes

« C’est dommage de perdre nos terres, et nos litchis ! Mais une fois la route ouverte, nos enfants et petits-enfants en bénéficieront, et nous aussi. » Partant de ce constat, les familles ont convenu de céder leurs terres et d’abattre des arbres pour permettre la construction de la route.

Lorsque les orientations sont pertinentes, que les modalités de mise en œuvre sont adaptées et que le rôle de la population est pleinement valorisé, les difficultés liées à la libération des emprises foncières peuvent être surmontées grâce au consensus. Source : VGP.
Lorsque les orientations sont pertinentes, que les modalités de mise en œuvre sont adaptées et que le rôle de la population est pleinement valorisé, les difficultés liées à la libération des emprises foncières peuvent être surmontées grâce au consensus. Source : VGP.

C’est l’état d’esprit qui prévaut parmi les habitants du hameau de Ngeo, dans la commune de Tuan Dao, province de Bac Ninh (ancienne province de Bac Giang, au Nord du Vietnam), où vivent 158 foyers, pour la plupart issus de minorités ethniques.

Depuis de nombreuses années, la route reliant le col de Cap Trang, sur la route provinciale 291, à la zone résidentielle n’était qu’un chemin d’environ 3 mètres de large, en terre argileuse et dépourvu de système de drainage. À chaque saison des pluies, les déplacements devenaient difficiles, les élèves avaient du mal à se rendre à l’école et le transport des produits agricoles dépendait fortement des conditions météorologiques.

Les habitants du hameau racontent que dès qu’il pleut, la route devient boueuse et que les enfants doivent être accompagnés pour pousser leurs vélos. « Nous souhaitons avoir une route plus large et solide pour faciliter les déplacements. »

Partant de cette aspiration, les foyers ont convenu de céder leurs terres et d’abattre des arbres afin d’élargir la route à 7 mètres, avec une chaussée en béton de 5 mètres de large.

La famille de Phun Phat Sang est l’un des foyers ayant cédé une importante superficie de terrain ainsi que des arbres fruitiers. Situées en bordure de la route provinciale, ces terres ont une valeur économique élevée. La famille a également volontairement cédé plusieurs dizaines de litchis arrivés à maturité pour permettre la réalisation du projet.

« Je sais que l’ouverture de cette route ne profitera pas seulement aux autres familles, mais aussi à la mienne. Nos terres, notre verger en bénéficieront, et surtout, nos enfants et petits-enfants en profiteront à leur tour. Nous avons abattu une rangée d’une vingtaine de litchis, et nos voisins en ont coupé plus d’une dizaine. Maintenant qu’il y a une route en béton, nous pourrons même installer une tente devant chez nous pour organiser les repas lors des grandes occasions », explique M. Sang.

Il convient également de souligner que, durant la mise en œuvre du projet, les foyers ont spontanément fait preuve de solidarité. Les familles les plus durement touchées ont reçu les encouragements et le soutien de la communauté. Une démarche démocratique et transparente, conciliant les intérêts de chacun, a permis de renforcer le consensus et de contribuer à résoudre les difficultés liées à la libération des emprises foncières.

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Après des années de boue et de glissades à chaque saison des pluies et des crues, la route en terre du hameau de Ngeo, dans la commune de Tuan Dao, province de Bac Ninh, est en cours d’élargissement et de bétonnage, donnant un nouveau visage à cette zone rurale. Photo : Tuan Dao.

Le mouvement de cession de terrains et de don d’arbres pour la construction des routes gagne fortement du terrain dans la commune de Tuan Dao, du hameau de Ngeo à de nombreux autres hameaux.

La commune de Tuan Dao s’étend actuellement sur plus de 97 km², dont la majeure partie est constituée de terres forestières. Son relief est vallonné et montagneux, avec de nombreuses zones enclavées. Elle compte 1 563 foyers, soit plus de 6 190 habitants, dont les minorités ethniques représentent environ 42,9 %. Les conditions naturelles font que les transports constituent depuis de nombreuses années l’un des principaux obstacles à la vie quotidienne et à la production des habitants.

Répondant aux besoins du terrain, le comité du Parti et les autorités locales ont lancé un mouvement invitant les habitants à céder leurs terres et à donner leurs arbres pour la construction de routes rurales, en faisant de la mobilisation du rôle des habitants en tant qu’acteurs de la construction des infrastructures une priorité.

Ainsi, dans l’ancien hameau de Tuan An, le projet d’élargissement de la route reliant la route provinciale 291 au site historique où fut créée la première cellule du Parti de la localité a rapidement recueilli l’adhésion des habitants.

À l’issue d’une réunion avec la population, 15 foyers ont volontairement cédé plus de 1 000 m² de terrain, démoli plus de 100 mètres de murs et abattu près de 50 arbres fruitiers afin d’élargir une route longue de 447 mètres.

Mme Huong, secrétaire de la cellule du Parti du hameau, a déclaré avec émotion : « Ce qui nous réjouit le plus, c’est que tous les habitants ont donné leur plein accord. Lorsque la population est unie, même ce qui semble difficile peut être réalisé. »

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Un aperçu de la commune de Tuan Dao, province de Bac Ninh. Photo : Tuan Dao.

Le consensus à la base, un facteur déterminant

Dans la province de Lao Cai, le même esprit de consensus se manifeste également le long des routes dont l’ouverture est prévue dans la commune de Mo Vang.

Selon le plan de développement des transports pour la période 2026-2030, la commune de Mo Vang s’est fixé pour objectif de construire, élargir et bétonner environ 60 km de routes, ainsi que d’investir dans des systèmes de buses, des ponts, des passages à gué et des ouvrages de prévention et de lutte contre les glissements de terrain, pour un besoin total de financement de près de 249 milliards de dôngs.

Dans un contexte où les ressources d’investissement restent limitées, le comité du Parti de la commune a déterminé que la mobilisation des forces de la population et la création d’un consensus dès la base constituaient des facteurs déterminants.

Ces derniers jours, dans les hameaux de Khe Dam, Suoi Dam, Sai Luong 1 et Khe Canh, des réunions avec les habitants ont été organisées dans un esprit public et démocratique. La population a été pleinement informée de l’ampleur des ouvrages, du tracé, des normes techniques et des avantages des projets routiers pour le développement économique et l’amélioration des conditions de vie.

À l’issue des discussions, de nombreux foyers ont volontairement cédé leurs terres, abattu des arbres et démoli des ouvrages annexes, afin de libérer les emprises nécessaires aux travaux.

Dans le hameau de Suoi Dam, l’un des hameaux particulièrement défavorisés de la commune de Mo Vang, où l’ensemble des foyers sont issus de l’ethnie Hmong, les opérations de libération des emprises foncières sont menées avec célérité.

Pour réaliser la route reliant la zone de Mam au groupe de foyers de Cam Pao, 17 foyers ont convenu de céder plus de 3 000 m² de terrain et d’abattre près de 1 000 canneliers âgés de 7 à 10 ans, ainsi que d’autres cultures.

Pour les Hmong de cette région, le cannelier est une culture majeure qui constitue une source importante de revenus. Accepter d’abattre des canneliers arrivés à l’âge d’exploitation témoigne de leur esprit de sacrifice au service de l’intérêt commun.

M. Giang A Khua, chef du hameau de Suoi Dam, indique : « Les habitants comprennent tous que construire une route permet de créer les conditions d’un développement à long terme. Le hameau est déterminé à achever rapidement la libération des emprises afin que, dès que l’État aura alloué les fonds, les travaux puissent commencer immédiatement. »

Selon M. Khua, outre les foyers dont les terres sont directement affectées, de nombreuses autres familles se sont également portées volontaires pour aider à récolter le cannelier, transporter le bois et nettoyer le site, contribuant ainsi à accélérer la libération des emprises.

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Grâce à leur esprit de consensus, les habitants de la commune de Mo Vang, province de Lao Cai, sont prêts à céder leurs terres et à abattre leurs arbres pour élargir les routes. Photo : Mo Vang.

La mobilisation de la population ouvre la voie

Dans les faits, le développement des infrastructures routières rurales risque de ne pas atteindre les résultats escomptés si l’on compte uniquement sur les ressources d’investissement de l’État. De nombreuses localités ont ainsi appliqué le principe selon lequel « la population est informée, consultée, participe à la réalisation, contrôle, supervise et bénéficie des résultats ».

Lorsque les orientations sont pertinentes, que les modalités de mise en œuvre sont adaptées et que le rôle de la population est pleinement valorisé, les difficultés liées à la libération des emprises foncières peuvent être surmontées grâce au consensus.

Ainsi, les routes autrefois étroites et boueuses sont progressivement remplacées par des routes en béton plus larges, ouvrant de nouveaux espaces de développement aux zones rurales et montagneuses, créant les conditions nécessaires à l’amélioration du niveau de vie matériel et spirituel de la population et favorisant un développement socioéconomique durable.

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