Croiser les approches pour repenser les modèles de développement
Le changement climatique, l’épuisement des ressources, l’érosion de la biodiversité, la transition énergétique, le vieillissement démographique ainsi que l’essor rapide des technologies et de l’intelligence artificielle transforment profondément l’environnement dans lequel chaque pays poursuit son développement. Parallèlement, les bouleversements géopolitiques et commerciaux ainsi que les mutations des chaînes de valeur mondiales continuent de poser de nombreux défis aux économies en développement.
Dans ce contexte, il ne s’agit plus seulement de savoir comment accélérer la croissance, mais surtout de déterminer quel modèle adopter pour en garantir la qualité et la résilience, tout en assurant une répartition équitable de ses bénéfices.
Cette exigence est particulièrement pressante pour le Vietnam, qui ambitionne de devenir un pays développé à revenu élevé d’ici à 2045 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Pour concrétiser ces objectifs, le pays doit transformer son modèle de croissance, accroître sa productivité, développer ses ressources humaines, renforcer sa capacité d’innovation, gérer efficacement ses ressources et continuer d’améliorer la qualité de ses institutions.
Dans son allocution de bienvenue, le professeur associé et docteur Hoang Khac Lich, vice-recteur de l’UEB, a souligné que la recherche économique ne devrait pas se limiter à expliquer les questions de développement. Elle devrait également fournir des données scientifiques, proposer des solutions et créer des espaces de dialogue sur les politiques publiques au service du développement national.
Selon lui, l’intérêt de la conférence ne réside pas uniquement dans chacune des communications présentées, mais aussi dans le rapprochement de différentes approches : expériences de transformation économique et trajectoires vers le statut de pays à revenu élevé, gouvernance des ressources et du capital naturel, transformation des systèmes agroalimentaires, action climatique, préservation de la biodiversité, gouvernance, coopération et renforcement des capacités de mise en œuvre.
Des tendances mondiales aux défis propres au Vietnam
La première séance plénière, consacrée au thème « Développement économique et transition durable : tendances mondiales », a examiné les liens entre les ressources naturelles, les systèmes alimentaires, le changement climatique, la biodiversité et les capacités de gouvernance.
En ouverture des débats, Mark M. Lundy, du Centre international d’agriculture tropicale, a présenté un rapport sur l’articulation entre la transformation des systèmes alimentaires, la réponse au changement climatique et la protection de la biodiversité.
Le rapport montre que les programmes relatifs à l’alimentation, au climat et à la biodiversité restent souvent mis en œuvre selon des trajectoires distinctes, alors que ces enjeux sont étroitement liés et nécessitent une approche interdisciplinaire.
S’appuyant sur l’expérience de la coopération menée au Vietnam, Mark M. Lundy a estimé qu’une véritable transformation nécessitait de réunir simultanément trois conditions : des orientations politiques cohérentes, des capacités de mise en œuvre suffisantes et des ressources financières adéquates. En l’absence de l’un de ces éléments, les initiatives risquent de n’aboutir qu’à de meilleurs plans, sans produire de changements concrets.
Sortir du piège du revenu intermédiaire et concevoir de nouveaux modèles de développement
À partir de l’expérience de l’industrialisation sud-coréenne, Keunjae Lee, professeur à l’Université nationale de Pusan, a analysé le parcours ayant permis à une économie dont le revenu moyen par habitant avoisinait 100 dollars de devenir un pays affichant un PIB par habitant de plus de 33 000 dollars.
Son rapport a mis en évidence plusieurs risques structurels auxquels le Vietnam doit rapidement remédier : ralentissement de la productivité, vieillissement de la population, pénurie de main-d’œuvre hautement qualifiée, capacités encore limitées des entreprises nationales, niveau d’innovation insuffisant et institutions dont la qualité ne progresse pas au même rythme que le développement économique.
Pour échapper au piège du revenu intermédiaire, le Vietnam doit mener des transformations coordonnées dans plusieurs domaines : productivité, ressources humaines, capacités industrielles nationales, positionnement dans les chaînes de valeur mondiales et qualité institutionnelle. Ces conditions sont également indispensables pour permettre au secteur privé de jouer pleinement son rôle de moteur de l’économie.
Les échanges de la deuxième séance plénière ont montré que le développement durable n’imposait pas de choisir entre croissance économique et protection de l’environnement. L’enjeu essentiel consiste à concevoir un modèle dans lequel la croissance repose sur la productivité, les connaissances et l’innovation, tout en assurant une répartition équitable des coûts et des bénéfices de la transition.