Relativement bien conservé, cet ensemble de tours de briques témoigne du raffinement architectural et de la richesse spirituelle de la civilisation cham, qui a marqué pendant des siècles le centre du pays.
Selon la légende, Pô Sah Inu était une princesse cham, fille du roi Para Chanh. Réputée pour sa sagesse et sa beauté, elle aurait enseigné aux habitants la pêche, la poterie et le tissage. Après sa disparition, la population lui érigea un sanctuaire en hommage.
Édifié entre la fin du VIIIᵉ siècle et le XVᵉ siècle, le complexe ne conserve aujourd'hui que trois tours, chacune ayant une fonction religieuse spécifique.
La tour principale, haute de seize mètres, est dédiée au dieu hindou Shiva. Elle abrite un linga-yoni, symbole de la complémentarité des principes masculin et féminin dans la tradition hindoue. Orientée vers l'est, direction sacrée dans la cosmologie cham, elle est percée de quatre ouvertures destinées à assurer la circulation de l'air, auxquelles la tradition attribue aussi une dimension spirituelle: elles constitueraient le passage emprunté par les divinités lors des cérémonies.
La seconde tour, haute de douze mètres, est consacrée à Nandi, le taureau sacré de Shiva, tandis que la troisième, d'une hauteur de cinq mètres, était autrefois dédiée au dieu du Feu.
Pour de nombreux visiteurs, et notamment pour Châu Thi Câm Tu, venue de la province de Vinh Long, la découverte de Pô Sah Inu dépasse de loin l'intérêt architectural.
«J'ai ressenti beaucoup de sérénité, de recueillement et une véritable dimension spirituelle. Les habitants sont très accueillants et chaleureux. Les autorités locales ont su mettre en valeur ce site afin que les visiteurs puissent venir le découvrir et en profiter», a-t-elle salué.
Au-delà de la préservation des monuments, le site fait revivre la culture cham à travers de nombreuses animations organisées tout au long de l'année, notamment lors des fêtes traditionnelles et de la saison estivale.
Les visiteurs assistent à des spectacles de danse Apsara, emblématique du patrimoine cham, accompagnés des sonorités du ghinang, du paranung et du saranaï, instruments traditionnels dont les rythmes enveloppent les tours de briques d'une atmosphère singulière.
«Les danses sont magnifiques et reflètent pleinement l'identité culturelle du peuple cham. Cette visite m'a permis d'en apprendre beaucoup sur les cultures des différentes communautés du Vietnam», témoigne une visiteuse venue de Hô Chi Minh-ville.
«C'était la première fois que j'entendais cette musique et que je découvrais ces danses. Tout est très original. Nous avons eu la chance d'admirer toute la beauté de la culture cham», raconte une autre.
Pour Ba Sinh Ty, membre de la troupe d'arts traditionnels cham du site, ces démonstrations jouent un rôle essentiel dans la transmission de ce patrimoine.
«Notre troupe se produit ici depuis de nombreuses années. Nous présentons les chants, les danses et la musique traditionnelle cham. Les visiteurs apprécient beaucoup ces spectacles et assistent toujours avec enthousiasme à nos représentations lorsqu'ils viennent découvrir les tours», déclare-t-il avec fierté.
L’expérience ne s'arrête pas aux spectacles. Les visiteurs peuvent également s'initier à la poterie traditionnelle ou au tissage du brocart, deux savoir-faire transmis depuis des générations.
Classé monument national dès 1991, le sanctuaire de Pô Sah Inu demeure l'un des plus beaux témoignages de l'architecture religieuse cham. Au-delà de ses tours de briques, le site fait vivre un patrimoine où rites, arts et savoir-faire continuent de se transmettre aux nouvelles générations comme aux visiteurs.