Stratégie et feuille de route pour un système de santé durable

Le secteur de la santé entre dans une nouvelle phase de développement, caractérisée par des exigences accrues en matière de soins de la part de la population. 

Photo d'illustration: NDEL
Photo d'illustration: NDEL

La mutation rapide du profil épidémiologique, la hausse des maladies non transmissibles, le vieillissement accéléré de la population ainsi que les défis liés à la santé mentale, à l'environnement et à la nutrition posent des défis d'une ampleur inédite.

Dans ce contexte, le cœur de l'action sanitaire s'oriente progressivement de la médecine curative vers la prévention, la prise en charge continue et le renforcement du réseau de santé de base. S'il s'agit d'un virage stratégique pertinent, il requiert néanmoins des ressources pérennes et des mécanismes de solvabilisation adaptés. La transition d'un financement passif vers un investissement proactif dans la santé s'impose comme une nécessité ; toutefois, le défi ne réside pas uniquement dans la mobilisation de fonds supplémentaires, mais surtout dans une allocation optimale des ressources afin de réduire progressivement le reste à charge des ménages.

Des études indiquent que le financement du système de santé vietnamien repose sur six piliers : le budget de l'État, l'assurance maladie sociale, l'assurance maladie volontaire, les contributions des organisations à but non lucratif au service des ménages, les apports des entreprises et la participation directe des usagers. Les données les plus récentes révèlent que les paiements directs des ménages représentaient environ 39,2 % des dépenses totales de santé (en 2023), un niveau encore très supérieur au seuil de 20 % préconisé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

D'après un rapport sur le financement de la santé réalisé par le groupe de recherche sur les technologies de la santé de la London School of Economics and Political Science (Royaume-Uni), en l'absence de réformes, l'écart entre les ressources disponibles et les besoins requis pour parvenir à la couverture sanitaire universelle au Vietnam pourrait passer de 279 000 milliards de dôngs (en 2021) à 510 000 milliards de dôngs d'ici 2030. Inversement, l'adoption de réformes financières appropriées permettrait de transformer ces investissements sanitaires en leviers de croissance économique, tout en stimulant la productivité du travail et la compétitivité nationale.

Ainsi, une stratégie et une feuille de route articulant la mobilisation des recettes publiques, le renforcement des mécanismes financiers et la mise en place de dispositifs améliorant l'accès aux médicaments poseront les jalons d'un système de santé durable.

Sans réformes structurelles, l'impasse financière pour atteindre la couverture sanitaire universelle au Vietnam risque de s'aggraver, passant de 279 000 milliards de dôngs en 2021 à 510 000 milliards en 2030.

La résolution no 72/NQ-TW de 2026 du Bureau politique a fixé pour objectif de ramener les dépenses de santé à la charge directe des ménages en dessous de 30 % des dépenses globales de santé, d'accroître les investissements publics et de tendre vers la couverture sanitaire universelle d'ici 2030. Ce texte établit six axes prioritaires : l'élargissement de l'assurance maladie universelle, le bilan de santé périodique pour chaque citoyen, la gratuité des soins de base, le renforcement de la médecine de proximité, le déploiement généralisé du dossier médical électronique et l'atteinte d'un taux de couverture vaccinale de 95 %. Pour y parvenir, les solutions préconisées s'articulent autour de la mobilisation de ressources financières accrues và de nouveaux mécanismes de répartition, en accordant une priorité absolue à la hausse des allocations budgétaires de l'État.

Par ailleurs, les taxes sur le tabac, l'alcool et la loterie constitueront des ressources complémentaires. Il conviendra également de poursuivre la réforme de l'assurance maladie sociale combinée au développement d'assurances complémentaires, tout en encourageant les partenariats public-privé (PPP) pour faciliter l'accès aux soins. Ces derniers temps, certains mécanismes hybrides, tels que les accords d'accès managé (MEA) ou les programmes d'aide aux patients (PAP), ont fait la preuve de leur efficacité en permettant aux malades d'accéder à des thérapies innovantes. Afin de concrétiser les orientations de la résolution no 72/NQ-TW à l'horizon 2030, le Vietnam doit se doter d'une feuille de route financière réaliste, accordant la priorité aux fonds publics, optimisant l'utilisation du budget et mobilisant une synergie intersectorielle et public-privé.

Lors du séminaire thématique intitulé « Innovations financières de rupture pour répondre aux exigences de la couverture maladie universelle dans la nouvelle ère », plusieurs experts financiers internationaux ont souligné que le Vietnam disposait d'une marge de manœuvre budgétaire importante pour accroître ses investissements sanitaires. Avec une croissance soutenue du PIB d'ici 2030, une dette publique contenue sous le seuil des 30 % du PIB et de faibles charges d'intérêts, le pays réunit des conditions très favorables pour développer ses dépenses de santé tout en garantissant la stabilité de ses finances publiques.

Fort d'orientations politiques claires, le Vietnam dispose aujourd'hui d'une opportunité majeure pour élargir son espace fiscal dédié à la santé et bâtir un socle financier plus pérenne au service de la couverture maladie universelle.

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