Thai Nguyen : au cœur du jour du marché, les Dao préservent la mémoire de leurs costumes traditionnels

Tous les cinq jours, le jour du marché de la commune de Cho Ra, dans la province de Thai Nguyen, au Nord du Vietnam, accueille les habitants des villages environnants venus pour commercer et se rencontrer.

Des vêtements et des tissus de brocart se distinguent toujours au marché de Cho Ra. Photo : VOV.
Des vêtements et des tissus de brocart se distinguent toujours au marché de Cho Ra. Photo : VOV.

Au milieu de la foule, les teintes éclatantes de rouge et les broderies minutieuses des costumes des femmes Dao apportent une empreinte culturelle singulière.

Chaque jour du marché de Cho Ra, les communautés Tày, Nùng, Mông, Kinh et Dao y apportent leurs couleurs et leurs produits régionaux. Certains s'y rendent vêtus de leurs habits traditionnels, tandis que d'autres y vendent des vêtements et accessoires brodés à la main. Les femmes Dao continuent de porter leurs tenues traditionnelles lorsqu'elles descendent au marché. Sur les étals, plusieurs d'entre elles proposent des vêtements, des foulards et des coiffes confectionnés de leurs propres mains. Ainsi, le marché ne constitue pas seulement un lieu d'échanges commerciaux, mais aussi une occasion d'échanger, de converser et de dénicher des objets profondément ancrés dans l'identité culturelle de leur ethnie.

Dans un coin du marché, Mme Trieu Thị Lai, âgée de 57 ans, venue du village de Luoc, commune de Phuc Loc, présente avec soin les tenues qu'elle a elle-même brodées et cousues. Initiée à la broderie dès son plus jeune âge, elle a maintenu cette passion après son mariage, continuant d'apprendre par elle-même pour perfectionner chaque pièce.

« Je sais broder depuis toute petite. Même après m'être mariée et avoir eu des enfants, j'ai continué d'apprendre et de confectionner des tenues par moi-même. Chaque jour, je peux coudre deux pièces, et les mois où je travaille vite, j'arrive à réaliser 5 à 6 tenues complètes. Quant aux prix, certaines tenues coûtent dix millions de dôngs, d'autres plus de dix millions », explique Mme Lai.

La valeur de chaque tenue traditionnelle réside non seulement dans la qualité des matériaux, mais aussi dans le temps et l'énergie investis par l'artisan. De l'harmonie des couleurs aux motifs ornant la veste, le foulard ou la coiffe, chaque détail est soigneusement travaillé. Pour des artisanes d'expérience comme Mme Lai, chaque création est l'aboutissement d'un savoir-faire accumulé au fil des années.

De son côté, Mme Dang Mui Coi (commune de Phuc Loc) a commencé à apprendre la broderie à l'âge de 13 ans. Après avoir assimilé les premiers points transmis par sa mère et sa grand-mère, elle a exploré de nouveaux motifs en faisant preuve de créativité. Fleurs, oiseaux ou scènes de la vie quotidienne deviennent autant de sources d'inspiration qu'elle transpose sur ses tissus.

Elle confie : « J'aime profondément le costume de mon ethnie. Dès 13 ans, j'ai commencé à broder en observant mes parents. Au début, c'était difficile, mais avec le temps et la pratique, c'est devenu naturel. Pour les motifs sur les vêtements, je crée parfois mes propres modèles, comme des fleurs ou des oiseaux. Tout ce qui me plaît visuellement dans la vie quotidienne, je m'exerce à le broder. »

Pour elle, l'apprentissage de la broderie est à la fois l'acquisition d'un métier et la transmission d'un héritage familial. Si les techniques se transmettent au sein du foyer, chaque artisane y apporte sa touche personnelle en enrichissant les motifs à sa façon. C'est grâce à cette démarche que l'artisanat de la broderie demeure ancré dans le quotidien, au lieu d'être réservé exclusivement aux fêtes traditionnelles.

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Ces motifs reflètent la culture particulière de l’ethnie Dao. Photo: VOV

Si des artisanes comme Mme Lai et Mme Coi s'attachent à confectionner ces pièces d'exception, pour beaucoup d'autres, le marché périodique est l'occasion rêvée d'acquérir les tenues qu'elles chérissent. Mme Trieu Mui Phin (commune de Cho Ra) revêt régulièrement le costume traditionnel des Dao rouges pour aller au marché, célébrer le Nouvel An ou assister à des mariages : « Je viens souvent au marché pour chercher ce genre de tenues. Nous, les Dao, aimons porter nos vêtements traditionnels pour aller au marché, fêter le Têt ou nous rendre à des noces. »

Cet attachement aux costumes traditionnels se perpétue également chez les jeunes femmes. Mme Hoang Mui Kieu, une femme Dao rouge originaire de Cao Bang et mariée dans la commune de Phuc Loc, vient souvent acheter des vêtements, des foulards et des sacs en brocart au marché périodique. Elle affirme accorder une priorité absolue au port du costume traditionnel lors des grandes occasions.

« J'aime énormément le costume de mon peuple. Même si la vie moderne propose de nombreux nouveaux styles vestimentaires, je reste fière de porter la couleur rouge emblématique des Dao. Revêtir cette tenue lors des fêtes, du Têt ou des festivals de village rend non seulement la femme plus belle, mais constitue aussi un moyen de préserver et de valoriser l'identité des Dao rouges », fait-elle savoir.

Des femmes appliquées à la broderie aux acheteuses passionnées, en passant par les jeunes générations fières d'arborer les couleurs de leur ethnie, le marché périodique de Cho Ra témoigne de la place vivante que conserve le costume traditionnel dans la société contemporaine. Loin d'être un simple espace commercial, ce marché contribue à la pérennité du métier de brodeuse, offrant aux créations artisanales la possibilité d'atteindre celles qui les portent et permettant à l'empreinte culturelle des Dao de continuer à rayonner au sein de la communauté.

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