Le professeur Phan Van Tan, figure de référence de la météorologie et de l’hydrologie au Vietnam. (Photo : fournie par l’intéressé)
Le professeur Phan Van Tan, figure de référence de la météorologie et de l’hydrologie au Vietnam. (Photo : fournie par l’intéressé)

Un réseau de données climatiques unique en ASEAN cofondé par un scientifique vietnamien

Face aux effets croissants du changement climatique qui menacent les moyens de subsistance de centaines de millions d’habitants d’Asie du Sud-Est, un groupe de chercheurs collabore discrètement depuis quatorze ans.

En mutualisant leurs ressources informatiques et leurs capacités de calcul, ils s’attachent à résoudre une question essentielle : à quoi ressemblera le climat futur de la région ?

Le professeur Phan Van Tan, l’un des plus éminents spécialistes vietnamiens en météorologie et hydrologie, revient sur la naissance et le développement du Réseau de l’Initiative climatique régionale de l’Asie du Sud-Est (SEARCI), dont il est l’un des fondateurs.

Prédire le climat ensemble

Dans son bureau du Département de météorologie, d’hydrologie et d’océanographie de l’Université des sciences naturelles relevant de l’Université nationale du Vietnam à Hanoï, le professeur Phan Van Tan se remémore les débuts du SEARCI.

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Le professeur Phan Van Tan, l’un des plus éminents spécialistes vietnamiens en météorologie et en hydrologie. (Photo : fournie par l’intéressé)

Selon lui, l’idée du réseau est née des préoccupations communes des scientifiques de l’ASEAN face au défi majeur du changement climatique.

L’histoire commence en 2011, lors d’un colloque scientifique organisé à Nha Trang dans le cadre du projet de coopération vietnamo-japonais MAHASRI.

À cette occasion, le professeur Phan Van Tan présente ses travaux sur les prévisions saisonnières à l’aide de modèles climatiques régionaux. Un exercice particulièrement complexe, nécessitant une puissance de calcul considérable afin de faire fonctionner des modèles sophistiqués sur de longues périodes.

« À l’époque, nos ressources informatiques étaient très limitées. Pour obtenir une résolution spatiale et temporelle suffisante, nous pouvions uniquement exécuter les modèles à l’échelle du territoire vietnamien, sans couvrir l’ensemble de l’Asie du Sud-Est », se souvient-il.

C’est lors de cette conférence qu’il rencontre le professeur Fredolin Tangang, de l’Université nationale de Malaisie (UKM). Les deux chercheurs constatent alors un paradoxe : l’atmosphère et les océans ignorent les frontières nationales, tandis que la recherche climatique reste contrainte par les capacités informatiques propres à chaque pays.

« Nous avons alors imaginé une autre approche : au lieu que chaque pays fasse fonctionner isolément son propre système, pourquoi ne pas mutualiser nos ressources pour former un ensemble cohérent ? », explique le professeur Phan Van Tan.

D’un point de vue scientifique, l’exécution simultanée de modèles aux configurations différentes sur un même domaine permet de produire de multiples simulations. Leur combinaison offre une représentation climatique plus stable et plus fiable que les résultats obtenus par un seul modèle.

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« Nous avons imaginé de mettre en commun nos ressources plutôt que de travailler séparément », explique le professeur Phan Van Tan.

Il faudra près d’un an pour que cette idée prenne véritablement forme. Lors d’une nouvelle rencontre à Bangkok, les professeurs Phan Van Tan et Fredolin Tangang consacrent toute une matinée à imaginer ce qui pourrait devenir une véritable alliance scientifique régionale consacrée au climat.

Le premier obstacle est alors financier. Faute de soutien budgétaire de son université, le professeur Tangang ne parvient pas à obtenir les fonds nécessaires au lancement du projet. Craignant que l’initiative ne soit abandonnée, le professeur Phan Van Tan formule une proposition audacieuse : le Vietnam accueillera la première réunion à Hanoï, tandis que les participants internationaux prendront eux-mêmes en charge leurs frais de déplacement et de séjour.

Cette proposition aboutit à l’organisation, en août 2012, d’un atelier international à l’Université des sciences naturelles de Hanoï, réunissant des chercheurs du Vietnam, de Malaisie, des Philippines, d’Indonésie et de Thaïlande.

C’est ainsi qu’est officiellement née l’Initiative climatique régionale de l’Asie du Sud-Est (SEARCI – Southeast Asia Regional Climate Initiative).

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Les infrastructures informatiques jouent un rôle essentiel dans la recherche météorologique et climatique. (Photo : Minh Nhat)

À partir de cette date, les activités scientifiques du réseau se développent progressivement. Son fonctionnement repose principalement sur des financements accordés par l’Asia-Pacific Network for Global Change Research (APN).

Malgré des moyens limités, essentiellement destinés à l’organisation d’ateliers et de réunions scientifiques, le réseau parvient à mettre en place un modèle de coopération durable qui se poursuit depuis maintenant quatorze ans.

Au fil des années, plusieurs projets majeurs ont été conduits, parmi lesquels :

SEACLID/CORDEX Southeast Asia, consacré à la régionalisation des projections climatiques pour l’Asie du Sud-Est ;

SEACLID/CORDEX SEA Phase 2, portant sur l’analyse à haute résolution des phénomènes climatiques extrêmes dans les zones clés de la région ;

CARE for SEA Megacities, visant à évaluer les risques climatiques afin de renforcer la résilience des grandes métropoles d’Asie du Sud-Est face aux événements extrêmes.

Progressivement, l’appellation SEARCI laisse place à celle, plus connue dans la communauté scientifique internationale, de CORDEX SEA Group. Le réseau s’intègre alors au Programme mondial de recherche sur le climat (WCRP) et contribue à combler une importante lacune dans les données climatiques disponibles pour l’Asie du Sud-Est.

La force du partage des données et des compétences

Selon le professeur Phan Van Tan, l’Asie du Sud-Est est fortement influencée par les systèmes de mousson asiatiques. Les interactions entre les différentes masses d’air façonnent les régimes climatiques de la région, même si leurs manifestations varient d’un pays à l’autre en termes d’intensité, de calendrier et de zones affectées.

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Des inondations à Hanoï provoquées par de fortes pluies. (Photo : Nguyen Hai)

Les phénomènes météorologiques ne naissent ni ne disparaissent à l’intérieur des frontières d’un seul État.

Une vague de froid venue du nord peut ainsi affecter le nord du Vietnam avant de se propager vers d’autres régions voisines. De la même manière, les fortes pluies, les typhons, les sécheresses ou d’autres événements extrêmes résultent d’interactions complexes entre l’atmosphère et l’océan à grande échelle.

« Le climat de l’Asie du Sud-Est, et plus largement celui de la planète, ne peut être analysé à travers des découpages nationaux. Toute perturbation survenant dans une région peut constituer un signal, une cause ou une conséquence pour d’autres régions », explique le scientifique.

Pour lui, le SEARCI – aujourd’hui CORDEX SEA – illustre parfaitement la puissance de la coopération scientifique.

Afin de résumer la philosophie du réseau, il utilise une comparaison simple :

« Si vous possédez une pomme et moi aussi, puis que nous les échangeons, chacun conserve une seule pomme. Mais si vous possédez une connaissance et moi une autre, après échange, chacun repart avec deux connaissances. »

Dans le domaine climatique, s’appuyer sur une seule source d’information revient à observer une réalité partielle. Utiliser un ou deux modèles isolés conduit souvent à des résultats marqués par une forte incertitude.

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Le changement climatique représente l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les pays de l’ASEAN. (Photo : Getty Images)

En réunissant plusieurs pays, chacun exécutant différents modèles climatiques grâce à ses propres capacités de calcul, le réseau a constitué un vaste ensemble de simulations.

Les résultats obtenus par moyenne d’ensemble permettent de réduire les incertitudes et de fournir des informations plus robustes pour éclairer les décisions publiques.

Au cœur de cette démarche figure la technique dite de downscaling dynamique, qui consiste à affiner les projections climatiques mondiales, généralement très grossières, afin de produire des données détaillées à l’échelle régionale.

Avant la création du SEARCI et du projet SEACLID/CORDEX Southeast Asia, l’Asie du Sud-Est figurait parmi les régions du monde où les données climatiques régionales restaient insuffisantes.

Le domaine d’étude retenu couvre l’ensemble des onze pays de l’ASEAN, contribuant ainsi à combler cette lacune scientifique et à faire reconnaître le travail des chercheurs de la région sur la scène internationale.

Face au changement climatique, aucun pays ne peut agir seul

Pour le professeur Phan Van Tan, les similitudes climatiques de l’Asie du Sud-Est exposent les pays de la région à des risques naturels largement comparables.

Le Vietnam et les Philippines en offrent une illustration frappante. Tous deux se situent dans la zone d’influence des typhons du Pacifique nord-ouest.

Le phénomène El Niño constitue un autre exemple de cette interdépendance régionale. Lorsqu’il survient, une grande partie de l’Asie du Sud-Est connaît simultanément une baisse des précipitations, des vagues de chaleur prolongées et des épisodes de sécheresse sévère.

Dans ces conditions, la sécheresse cesse d’être un problème national pour devenir une réalité régionale.

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Les catastrophes naturelles entraînent des pertes humaines et économiques considérables. (Photos : Nguyen Hai)

L’utilité d’un réseau régional de données climatiques apparaît d’autant plus évidente à la lumière de certaines études médiatisées.

Le professeur rappelle notamment la publication, il y a quelques années, d’un article dans la revue Nature Communications affirmant que Hô Chi Minh-Ville et le delta du Mékong pourraient être largement submergés d’ici le milieu du XXIᵉ siècle sous l’effet de la montée des eaux.

Sans remettre en cause les travaux en question, il estime que leurs conclusions demeurent incertaines, car elles reposaient sur une source de données unique et ne prenaient pas pleinement en compte des facteurs tels que l’affaissement des sols ou les systèmes de digues.

« Lorsque nous disposons de plusieurs modèles et de plusieurs scénarios de comparaison, nous évitons les conclusions excessives. La fiabilité des prévisions et des projections constitue la clé d’une adaptation efficace », souligne-t-il.

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Le professeur Phan Van Tan poursuit ses recherches et ses contributions au développement de la météorologie vietnamienne. (Photo : Minh Nhat)

Les travaux du réseau ont déjà trouvé des applications concrètes. Au Vietnam, les données produites par le SEARCI/CORDEX SEA ont notamment contribué à l’élaboration des scénarios nationaux sur le changement climatique de 2020 et de 2025, et serviront également aux prochaines actualisations.

Les informations détaillées concernant l’évolution future des températures, des précipitations et des phénomènes climatiques extrêmes offrent aux décideurs des outils précieux pour la planification des infrastructures, le développement agricole et la prévention des catastrophes naturelles.

Source : article traduit à partir du reportage de Dân Trí

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