Pour devenir une ressource de l’économie créative, les ressources culturelles doivent être transformées en produits capables de trouver leur place sur le marché. Dans cette démarche, la technologie est considérée comme un puissant levier pour libérer le potentiel culturel, tandis que la propriété intellectuelle constitue un fondement essentiel pour favoriser le développement durable des valeurs créatives.
La résolution n° 80-NQ/TW, adoptée le 7 janvier 2026 par le Bureau politique sur le développement de la culture vietnamienne, souligne une orientation majeure : le développement des sciences et des technologies, l’innovation et la transformation numérique doivent ouvrir de nouveaux espaces et insuffler une nouvelle dynamique au développement culturel.
Cette orientation ne fait pas que réaffirmer le rôle essentiel de la technologie dans l’exploitation et la diffusion des valeurs culturelles ; elle impose également des exigences plus élevées quant à l’application des avancées technologiques pour créer de nouvelles valeurs et de nouveaux produits culturels.
Les expériences récentes montrent que l’association de la technologie et d’une approche créative a permis à de nombreux éléments du patrimoine culturel de toucher un public plus large.
À titre d’exemple, le recours à la projection en mapping 3D, à la réalité virtuelle (VR) et à l’art lumineux a contribué à « réveiller » les espaces patrimoniaux du Temple de la Littérature – Quoc Tu Giam, de la citadelle impériale de Thang Long et de la Cité impériale de Hue. Ces innovations ont permis de concevoir des circuits touristiques attrayants, générateurs de retombées économiques tout en présentant une forte dimension culturelle et éducative.
De même, grâce aux démarches créatives de jeunes artistes, plusieurs genres musicaux traditionnels, tels que le chèo, le xẩm et le quan họ, sont revisités et trouvent une présence plus vivante dans le quotidien contemporain.
Il convient également de souligner que la technologie contribue à enrichir la chaîne de valeur, à prolonger le cycle de vie des produits culturels vietnamiens et à élargir leurs débouchés. Ainsi, des émissions télévisées comme « Anh trai vượt ngàn chông gai » et « Anh trai say hi » voient leurs contenus continuer à être exploités sur les plateformes numériques, donnant naissance à des concerts, des films-concerts et des produits dérivés commerciaux.
La technologie ouvre ainsi la voie à une nouvelle dynamique : les valeurs culturelles ne se limitent plus à des produits isolés, mais peuvent se développer sur plusieurs plateformes. Grâce à des investissements créatifs et à une exploitation bien structurée, elles ont pleinement la possibilité de devenir des « propriétés intellectuelles culturelles » (IP culturelles) à fort potentiel commercial, capables de générer des revenus et de contribuer concrètement à l’économie créative.
Avis d’experts
Selon l’avocate Tran Thi Tam, directrice générale d’IPCOM Vietnam, les IP culturelles peuvent être définies comme des créations dans le domaine culturel exploitées de manière récurrente dans différents secteurs, allant du divertissement et du cinéma aux biens de consommation et au tourisme, avec l’appui de la technologie, afin de générer des revenus et de renforcer la compétitivité.
Le développement des IP culturelles constitue un moyen de faire rayonner l’identité vietnamienne, de faire connaître la culture du Vietnam dans le monde et de renforcer progressivement le soft power national.
Du point de vue de la propriété intellectuelle, les produits et activités culturels (films, spectacles, œuvres musicales, festivals, destinations touristiques, produits artisanaux et souvenirs, etc.) peuvent relever de différentes catégories de droits, notamment le droit d’auteur, les droits voisins, les marques, les noms commerciaux et les indications géographiques.
Le développement des IP culturelles constitue un moyen de faire rayonner l’identité vietnamienne, de faire connaître la culture du Vietnam dans le monde et de renforcer progressivement le soft power national.
Toutefois, pour que les ressources culturelles puissent être exploitées et transformées en produits créatifs, la question de la reconnaissance et de la protection des droits de propriété intellectuelle doit être prise en compte dès le départ.
Nguyen Thi Hoang Lan, directrice du Département de l’information électronique et de la transformation numérique (ministère vietnamien de la Culture, des Sports et du Tourisme), estime qu’une valeur culturelle ne peut intégrer l’économie créative que si elle s’inscrit dans une chaîne de valeur globale et continue : depuis les détenteurs du patrimoine, en passant par le travail des professionnels de la création, le soutien technologique et les capacités de gestion des entreprises, jusqu’à sa commercialisation sur le marché.
Ce processus soulève des questions juridiques urgentes : qui détient les droits sur les éléments culturels d’origine ? Comment les nouvelles créations sont-elles reconnues et protégées ? Comment répartir les bénéfices issus de leur commercialisation afin que les communautés détentrices du patrimoine puissent, elles aussi, tirer profit de leurs propres ressources culturelles ?
C’est pourquoi, dans le domaine culturel, la propriété intellectuelle ne saurait se limiter à la protection du droit d’auteur une fois le produit créé. Elle doit devenir un élément central, intégré dès le début du processus de création et de valorisation des ressources culturelles.
En effet, si les droits sur les éléments culturels d’origine ne sont pas clairement définis, les créateurs se heurtent à d’importants obstacles. De même, si les intérêts des communautés ne sont pas garantis de manière équitable, l’exploitation de ces ressources ne pourra s’inscrire dans la durée.
Par ailleurs, l’absence d’un cadre juridique clair risque également de dissuader les entreprises d’investir leurs ressources. Les IP culturelles doivent donc être envisagées dans le cadre de l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis l’identification de l’origine des ressources et des titulaires des droits jusqu’à la création, l’exploitation commerciale et le partage des bénéfices entre les parties prenantes.
Ainsi, au-delà de la protection des créations, le développement des IP culturelles vise également à mettre en place des mécanismes permettant une exploitation efficace et durable des valeurs culturelles.
Toujours selon Nguyen Thi Hoang Lan, cela nécessite la mise en place d’un écosystème créatif cohérent, dans lequel la culture fournit les matériaux de création, les créateurs produisent de nouvelles valeurs, la technologie élargit les possibilités de diffusion, les entreprises assurent la mise sur le marché des produits, tandis que l’État joue un rôle d’impulsion et de mise en relation des différentes ressources.
Dans cette perspective, les organismes de gestion doivent dépasser une approche fondée sur la seule administration pour favoriser les liens entre les acteurs culturels, les communautés créatives et les entreprises technologiques. Ils doivent également multiplier les possibilités de mise en relation entre les idées créatives, les capitaux d’investissement et les marchés de consommation.
Il s’agit d’une condition essentielle pour transformer les ressources culturelles en produits compétitifs, faire de la culture un nouveau moteur de croissance et contribuer concrètement au développement économique du pays.
Dans le but de construire une plateforme durable reliant les créateurs aux entreprises, aux technologies et aux marchés, et de contribuer ainsi au développement des industries culturelles et au renforcement du soft power vietnamien, le Prix Rông Xanh Viet Nam 2026 (Dragon bleu du Vietnam) a été officiellement lancé à l’échelle nationale. Il s’articule autour de quatre piliers : Créativité – Technologie – Expérience – Impact.
Ce prix vise à identifier et à récompenser des initiatives, des produits et des IP culturelles qui réinventent le patrimoine à travers une approche contemporaine et le recours aux technologies. Il couvre un large éventail de domaines, allant des arts, de la musique, du design, du tourisme et de l’éducation STEAM aux modèles faisant appel aux technologies pour numériser le patrimoine culturel.
La cérémonie d’annonce des résultats et de remise des prix devrait avoir lieu en janvier 2027.