Lorsque la nuit tombe sur les montagnes de Quang Tri, des dizaines d'habitants des villages bru-van kieu quittent leur maison, une lampe torche dans une main, un jerrican dans l'autre. Leur destination n'est ni un marché ni une fête de village, mais une source cachée dans la forêt. Chaque soir, recommence la même quête : trouver de quoi boire, cuisiner et se laver.
Il est près de 20 heures lorsque quelques faisceaux lumineux apparaissent le long de la route provinciale 587.
Au bord de la chaussée, une mince source s'écoule entre les pierres. Autour, des dizaines de bidons en plastique attendent leur tour. Le débit est si faible qu'il faut parfois une demi-heure pour remplir un seul récipient de vingt litres.
Sous la lumière vacillante des lampes torches, chacun patiente en silence.
« La journée, il y a trop de monde. Nous préférons venir le soir, » raconte Ho Thi Xay, 28 ans, venue avec ses deux jeunes enfants.
Comme beaucoup d'habitants du village de Ta Rung, elle effectue ce trajet presque chaque jour. Certaines familles partent dès la tombée de la nuit, d'autres s'enfoncent dans la forêt peu avant minuit, dans l'espoir de trouver encore un peu d'eau avant que la source ne se tarisse.
Pour les habitants, cette corvée fait désormais partie du quotidien.
Chaque jour, Ho Thi Xa, une autre habitante du village, transporte deux fois deux jerricans jusqu'à sa maison.
« Nous nous organisons entre voisins pour éviter une attente trop longue », explique-t-elle.
Une pénurie qui s'aggrave pendant la saison sèche
Le village de Ta Rung compte 172 familles, toutes issues de l'ethnie Bru-Van Kieu, l'un des peuples autochtones des montagnes du centre du Vietnam.
En 2024, un réseau d'alimentation en eau gravitaire a été construit grâce au Programme national de développement socio-économique des zones habitées par les minorités ethniques.
Cette installation a permis d'améliorer la situation dans le centre du village.
Mais dès que la saison sèche s'installe, le débit des sources diminue fortement. L'eau n'arrive plus en quantité suffisante.
De nombreuses familles doivent alors parcourir près de deux kilomètres jusqu'au ruisseau le plus proche, voire pénétrer plus profondément dans la forêt pour atteindre quelques résurgences souterraines.
Même la petite source qui affleure le long de la route provinciale ne suffit plus.
Des villages encore plus isolés
Dans les hameaux dispersés de Xom Um ou Xom Dao, la situation est encore plus difficile.
Certaines familles marchent près de trois kilomètres en forêt pour remplir quelques bidons.
Plus loin, dans le village de Cu Dong, les habitants ont eux-mêmes installé des conduites rudimentaires reliant les ruisseaux aux habitations.
Lorsque les cours d'eau s'assèchent, chacun attend son tour pour récupérer les quelques litres qui arrivent encore dans les tuyaux.
Le ruisseau traversant le village n'est plus qu'un mince filet d'eau. Malgré cela, les habitants continuent de s'y laver et d'y puiser l'eau nécessaire à la cuisine, après l'avoir fait bouillir.
Dans le hameau de Doi Cu Xeng, perché au sommet d'une montagne, la construction d'un réseau gravitaire est pratiquement impossible.
Les habitants descendent jusqu'au ruisseau en motocyclette pour transporter leurs réserves d'eau.
« Toute notre eau vient du ruisseau. La route est longue et très pentue. Pendant la saison sèche, c'est encore plus difficile », raconte Ho Van Thu.
Trouver des solutions durables
Le manque d'eau potable touche aujourd'hui l'ensemble des huit villages de l'ancien district de Huc, désormais intégré à la commune de Khe Sanh.
Selon les autorités locales, la dispersion de l'habitat constitue le principal obstacle au développement d'un réseau collectif d'alimentation en eau.
Pour les villages situés dans les vallées, le forage de puits profonds apparaît comme la solution la plus adaptée.
Dans les zones montagneuses, les responsables privilégient la construction de grands réservoirs destinés à récupérer l'eau de pluie pendant la saison humide.
Ces projets représentent un investissement important, mais ils sont devenus indispensables pour garantir un accès durable à l'eau potable.
Une quête quotidienne
À Khe Sanh, la recherche de l'eau rythme désormais les soirées. Lorsque la nuit tombe, les lampes torches réapparaissent sur les sentiers forestiers.
Pour les habitants bru-van kieu, ces marches silencieuses ne sont pas une tradition ancestrale, mais la conséquence d'un accès encore insuffisant à une ressource pourtant essentielle.
Les autorités espèrent que les futurs projets d'approvisionnement permettront progressivement d'améliorer la situation.
Le jour où ces infrastructures seront achevées, les familles n'auront plus à parcourir les montagnes dans l'obscurité pour remplir quelques jerricans.