À Dien Bien, les drones dessinent une nouvelle économie de basse altitude

Du transport des produits agricoles et des fournitures au soutien aux services de santé, à la gestion des forêts et à la production agricole, la province de Dien Bien expérimente les usages des véhicules aériens sans pilote (UAV) pour répondre à des besoins très concrets d’une localité montagneuse.

Les drones sont appelés à être utilisés dans de nombreux domaines, dont dans l’agriculture. Photo : VNA.
Les drones sont appelés à être utilisés dans de nombreux domaines, dont dans l’agriculture. Photo : VNA.

La province de Dien Bien (au nord-ouest du Vietnam) a été choisie comme première localité du Vietnam à élaborer un projet pilote visant à tester, dans un cadre contrôlé, le développement d’une économie de basse altitude fondée sur les UAV.

Quelque 6 000 vols d’essai sont prévus. Ils devraient non seulement permettre d’évaluer l’efficacité de cette technologie, mais aussi de constituer une base de données pour faire émerger un nouveau modèle économique à partir de l’espace aérien de basse altitude.

Dès l’élaboration du projet, le ministère vietnamien des Sciences et des Technologies a clairement défini sa priorité : il ne s’agit pas simplement d’introduire des UAV à Dien Bien pour démontrer qu’ils sont capables de voler, mais de tester des modèles d’application concrets, d’en mesurer l’efficacité et de recueillir des données afin d’affiner les politiques publiques.

Dien Bien présente un relief très compartimenté, des coûts logistiques élevés et de nombreuses zones reculées où l’accès aux services de santé, au transport des marchandises et aux fournitures nécessaires à la production reste difficile.

La province partage par ailleurs des frontières avec plusieurs pays et possède d’importantes superficies forestières. Elle doit régulièrement répondre à des besoins de surveillance des ressources, de prévention et de lutte contre les incendies de forêt, de secours et de sauvetage, ainsi que de gestion des catastrophes naturelles.

Autant de défis pour lesquels les technologies liées à l’espace aérien de basse altitude peuvent apporter une réelle différence par rapport aux modes de gestion traditionnels.

Parmi les domaines prioritaires d’expérimentation figure l’agriculture intelligente. C’est non seulement un secteur dans lequel les UAV devraient améliorer sensiblement la productivité et les performances économiques, mais aussi probablement celui qui permet de rendre la notion d’économie de basse altitude la plus concrète dans la vie quotidienne des habitants.

Selon la Conclusion publiée le 28 septembre sur l’exploitation, la gouvernance et la protection de l’espace aérien à basse altitude, le Bureau politique considère désormais cet espace comme une ressource nationale, un nouvel espace de développement et un domaine particulier relevant de la souveraineté nationale.

Il appelle ainsi à renforcer l’autonomie du Vietnam dans les technologies, les infrastructures et les données afin d’accompagner l’essor de ce secteur stratégique.

Selon les orientations de la province, d’ici à 2030, la superficie totale des zones de production concentrée devrait atteindre environ 70 000 hectares, dont quelque 40 000 hectares de macadamia, plus de 20 000 hectares de café, 3 000 hectares d’arbres fruitiers et 6 500 hectares de cultures maraîchères.

Pour la seule année 2026, Dien Bien s’est fixé pour objectif de créer environ 12 000 hectares supplémentaires de plantations de café et de macadamia.

À mesure que les volumes de production augmentent, l’organisation de la production et l’acheminement des produits vers les marchés deviennent des enjeux de plus en plus importants.

Les UAV peuvent intervenir à différentes étapes : semis, pulvérisation de produits phytosanitaires, suivi des cultures, transport des fournitures agricoles et acheminement des produits après récolte.

Depuis le 15 septembre 2026, Dien Bien a effectué 118 vols pour transporter du café dans la commune de Muong Ang, avec une charge utile de 50 kg par vol.

La commune de Muong Ang (province de Dien Bien) démontre l'application des drones lors d'un essai. Photo: baodienbienphu.vn
La commune de Muong Ang (province de Dien Bien) démontre l'application des drones lors d'un essai. Photo: baodienbienphu.vn

Des résultats encourageants

Les premiers résultats montrent que l’utilisation des UAV pour transporter les produits agricoles des zones de production vers les sites de transformation peut réduire d’environ 20 à 30 % le temps de transport et les coûts de main-d’œuvre.

Pour l’entretien des cultures, un drone ne met que 7 à 10 minutes pour pulvériser des produits phytosanitaires ou épandre des engrais sur un hectare, alors qu’une intervention manuelle peut nécessiter trois à quatre heures.

Ces premiers résultats montrent que la valeur de l’économie de basse altitude ne réside pas dans les UAV eux-mêmes, mais dans les services et les infrastructures qui se développent autour de cette technologie.

À mesure que les UAV seront déployés à grande échelle, de nouveaux besoins apparaîtront : services de transport, aires de décollage et d’atterrissage, logiciels de pilotage et de gestion, données, maintenance, personnel spécialisé et normes techniques.

Selon Nguyen Ba Anh, vice-directeur du service des Sciences et des Technologies de la province de Dien Bien, ces vols d’essai doivent servir de point de départ à la mise en place d’un véritable écosystème comprenant un centre d’essais et de formation au pilotage, une usine de fabrication d’UAV, ainsi qu’un centre de présentation et de formation aux technologies liées aux UAV, à l’aviation et à l’aérospatiale.

Trois projets dont l’investissement est à l’étude ont été proposés, pour un montant total estimé à près de 200 milliards de dôngs.

Un drone est utilisé pour pulvériser des produits phytosanitaires sur une rizière lors d'une démonstration organisée par AgriDrone Vietnam. Photo : AgriDrone Vietnam
Un drone est utilisé pour pulvériser des produits phytosanitaires sur une rizière lors d'une démonstration organisée par AgriDrone Vietnam. Photo : AgriDrone Vietnam

Depuis que Dien Bien a lancé l’expérimentation du modèle d’économie de basse altitude, des dizaines d’autres localités du pays s’emploient elles aussi activement à développer des applications et à expérimenter ce modèle.

Le chemin reste toutefois encore long entre les vols d’essai et l’émergence d’un véritable secteur économique. Le premier défi est celui des coûts.

Une technologie peut être techniquement performante sans pour autant déboucher sur un modèle économique durable. Le prix des équipements et des batteries, les coûts de maintenance, la main-d’œuvre, les infrastructures de décollage et d’atterrissage ainsi que les systèmes de pilotage doivent tous être intégrés au coût des services.

Le véritable indicateur sera plutôt de savoir combien de problèmes concrets rencontrés par les habitants pourront être résolus, combien de dépenses pourront être réduites, quelles quantités de données pourront être produites et surtout si des services viables pourront émerger et perdurer au-delà de la phase d’expérimentation.

En cas de réussite, le modèle de Dien Bien pourrait devenir une référence pour le développement de l’économie de basse altitude. Il montrerait comment les aéronefs peuvent être utilisés pour accroître la productivité, améliorer la qualité de vie et créer de nouveaux moteurs de croissance dans une province montagneuse encore confrontée à de nombreuses difficultés.

Dien Bien pourrait alors devenir un exemple emblématique montrant qu’un nouvel espace de développement économique pour le Vietnam peut naître dans les airs, à basse altitude, et qu’une province montagneuse peut en être le point de départ.

Le Vietnam vise un taux de localisation supérieur à 30-40 % pour les principales gammes d’UAV destinées à la production d’ici 2030, puis à plus de 85 % à l’horizon 2045.

Trois zones nationales d’essais en vol et au moins un centre national de recherche et d’expérimentation sur les drones devront être construits et mis en service d’ici 2030.

À l’horizon 2045, l’économie de l’espace aérien à basse altitude devra devenir un secteur économique et technologique majeur, l’un des nouveaux moteurs de croissance du pays, disposer d’une forte capacité de compétitivité dans la région et contribuer à hauteur d’environ 1,5 % au PIB national.

Back to top