L’essor des services touristiques sur l’île a largement contribué à la restructuration économique locale et à l’amélioration du niveau de vie de la population. Cependant, cette croissance rapide se heurte aujourd’hui à des défis majeurs : dégradation du réseau routier, stagnation des infrastructures de services, risques imminents de pénurie d’eau douce et instabilité du réseau électrique.
Des infrastructures en deçà de la croissance
Dès le mois de mars, l’île de Phu Quy est redevenue animée avec des navires à grande vitesse débarquant les voyageurs. En moyenne, l’île accueille plus de 1 000 visiteurs par jour, un chiffre qui grimpe en flèche durant les week-ends et la saison estivale. Selon le comité populaire du district insulaire de Phu Quy, l’île a enregistré plus de 42 000 arrivées au premier trimestre 2026, dont 2 100 touristes étrangers. À titre de comparaison, en 2021, l'île ne comptait que 40 000 visiteurs sur l'année entière, dont à peine 300 étrangers. En 2025, la fréquentation globale a quadruplé, portant le nombre de touristes internationaux à plus de 3 900. Parallèlement, le parc hôtelier a suivi cette tendance : de seulement 9 établissements d'hébergement en 2019, l’île est passée à 69 structures en 2026, totalisant plus de 850 chambres.
Si l'affluence et la capacité d'accueil sont en nette progression, le manque de synchronisation des infrastructures touristiques commence à peser lourdement sur la qualité des services. À ce jour, l'île ne dispose d'ailleurs que d'une seule véritable artère moderne de 1,2 km, inaugurée en 2025, et d'une zone de restauration nocturne opérationnelle depuis avril 2026. Concernant l’approvisionnement en eau, les sept stations de distribution locales, d'une capacité théorique globale de 2 680 m³ par jour, souffrent de leur vétusté. L'explosion démographique touristique entraîne une surconsommation d'eau potable, accentuant la rareté de la ressource, désormais menacée de tarissement.
Selon un représentant d'un complexe hôtelier, des projets de construction de nouveaux réservoirs d'eau douce et de modernisation du réseau de distribution avaient été annoncés il y a plus de deux ans, mais rien n'est encore sorti de terre. Les nappes phréatiques subissent déjà des phénomènes de bise salée, limitant drastiquement les capacités de pompage. Bien que les autorités locales exhortent à rationner le prélèvement des eaux souterraines, la pression commerciale pousse certains professionnels de l’hébergement à exploiter les puits jusqu'à la corde. Le constat est tout aussi alarmant pour l’électricité, le réseau frôlant la saturation. Pour pallier ces manquements, des hôtels ont investi dans des panneaux solaires, mais les coûts de maintenance s'avèrent prohibitifs, sans compter la vulnérabilité des installations face aux vents violents et aux intempéries de la saison des typhons.
D’après des experts, au rythme de consommation actuel, et même si le projet de nouveau réservoir d’eau douce venait à voir le jour, les réserves souterraines risquent l'épuisement d'ici 2030. Le district doit impérativement repenser la gouvernance de ses eaux souterraines pour prévenir le stress hydrique, l’érosion côtière et la salinisation des sols. Parmi les pistes envisagées, l’île pourrait se tourner vers les technologies de dessalement de l’eau de mer, couplées à une tarification plus dissuasive pour encourager la sobriété hydrique.
Par ailleurs, la municipalité doit mener un travail de sensibilisation et mettre en place des incitations pour encourager la crémation, afin de libérer du foncier face à la saturation des cimetières traditionnels. De son côté, l’État devrait accorder un statut dérogatoire à l’île pour le rachat de l’électricité solaire autoconsommée, une mesure incitative forte pour pousser les administrations et les particuliers à s'équiper.
Planifier avant de bâtir
Le mix énergétique de Phu Quy repose actuellement sur trois sources : thermique, éolien et solaire. À court terme, le secteur électrique prévoit l’installation de deux groupes électrogènes supplémentaires pour injecter 3,2 MW de capacité sur le réseau. Les années précédentes, l'État subventionnait le déficit énergétique de l’île à hauteur de 180 milliards de dôngs par an. Cependant, avec la flambée récente des cours du pétrole, cette facture s’avère désormais plus lourde que le coût estimé d’un raccordement sous-marin par câble depuis le continent.
Néanmoins, ce projet de raccordement est évalué à environ 9 000 milliards de dôngs, une enveloppe qui le rend pour l’instant irréalisable. M. Nguyen Ba Ut, directeur du Service de l’Industrie et du Commerce, précise : « D'avril à juin, l'île connaît un calme plat sans aucun vent, alors même que la saison touristique bat son plein. De plus, la maintenance des éoliennes en milieu marin est extrêmement coûteuse. Développer massivement l’éolien n'est donc pas la solution idoine. L’île doit plutôt capitaliser sur l'extension de son parc photovoltaïque ».
Concernant la crise de l'eau, Phan Nguyen Hoang Tan, directeur du Service de l’Agriculture et du Développement rural, partage un constat tout aussi lucide : « En moyenne, les besoins de la population locale s’élèvent à 3 000 m³ d'eau potable par jour. Si l’on y ajoute la demande touristique, les besoins culminent à 5 000 m³. Or, nos capacités actuelles ne permettent de fournir que 1 600 m³ par jour, un volume largement insuffisant pour couvrir les besoins vitaux des résidents et des visiteurs ».
En mai dernier, le Comité populaire de la province a soumis une proposition officielle au Comité du Parti de ladite province, visant à approuver la politique d’investissement pour un projet majeur de construction de réservoirs d’eau douce et de modernisation du réseau insulaire de distribution d’eau, pour un budget supérieur à 400 milliards de dôngs. Ce projet d'envergure prévoit la création de trois réservoirs de stockage, d’une station de pompage d’eau brute au réservoir no 9, de stations de pompage de premier niveau aux réservoirs no 7 et no 8, ainsi que d’une usine de traitement des eaux de surface d’une capacité de 600 m³ par jour et nuit, complétée par un réseau interconnecté d'adduction d'eau brute et d'eau douce. Ces réservoirs permettront de capter et de valoriser les eaux pluviales afin d'alimenter l'usine d'eau potable, limitant ainsi le gaspillage lié au déversement des eaux de ruissellement dans la mer.
Par ailleurs, les volumes d'eau ainsi stockés contribueront à recharger les nappes et à freiner l'intrusion saline. Ce système d'approvisionnement privilégiera l'exploitation des eaux de surface issues de la collecte des pluies, s'inscrivant dans une démarche de gestion durable et de préservation des ressources en eau douce de l'île.
Selon le Comité populaire du district insulaire de Phu Quy, les travaux d’une nouvelle artère routière sur la façade est, longue de plus de 800 mètres, débuteront dès le mois de juin. À l'heure actuelle, les infrastructures de ce district souffrent encore d'un manque de synchronisation. Les fonds d’investissement public alloués de manière décentralisée à l'île demeurent dérisoires, s'élevant à environ 10 milliards de dôngs pour l'année 2026, ce qui s'avère largement insuffisant pour répondre aux besoins de développement des infrastructures de première nécessité.
Face à ce constat, le président du Comité populaire du district, Le Hong Loi, a plaidé pour que Phu Quy puisse conserver l'intégralité des recettes annuelles issues des taxes foncières et de l'usage des sols. Il a également sollicité un soutien financier accru de l’État afin de renforcer les capacités d'investissement de l'île. Une telle autonomie budgétaire permettrait au district de financer directement la modernisation de son urbanisme, d’élever la qualité de ses services et de doper son attractivité touristique.
En parallèle, les autorités locales espèrent une accélération des investissements provinciaux dédiés aux réservoirs d'eau douce et aux stations de traitement, ainsi qu’une mise à niveau de l’anneau routier de l’île par un revêtement en enrobé bitumineux à chaud. Le district réclame aussi des subventions pour l'aménagement d'infrastructures secondaires sur les sites touristiques, la construction de places publiques et de digues de protection côtière.
Dans sa feuille de route, l'île doit impérativement engager le chantier d'une voie littorale, restreindre l'octroi de permis de construire pour les bâtiments de grande hauteur face à la mer, et orienter l'offre de services vers un modèle écoresponsable, tout en déployant rapidement des prestations d'accueil au sein de ses zones touristiques. De surcroît, la province entend convier des investisseurs et des experts à collaborer avec les ministères et organismes compétents afin de concevoir un schéma directeur d'aménagement global pour l’île.
Ho Van Muoi, président du Comité populaire provincial, a souligné : « Phu Quy recèle un potentiel et des atouts indéniables pour devenir un pôle touristique et de services de premier plan. Pourtant, le district n'a pas encore structuré son développement à la hauteur de ses ambitions touristiques. Aujourd'hui, l'île doit impérativement identifier l'économie bleue comme son principal levier de croissance. Bien qu'elle dispose d'une importante flotte de navires, Phu Quy ne compte actuellement aucune vitrine dédiée aux produits labellisés OCOP (produits du terroir). Pour inverser la tendance, le district doit attirer des investisseurs dans le secteur de la transformation des produits halieutiques. Il est également crucial de tracer cette voie littorale, de geler la verticalité architecturale sur le front de mer, de verdir les services et d’accélérer l'animation des sites touristiques. C'est dans cette optique que la province sollicitera l'expertise d'investisseurs et de spécialistes pour construire le futur plan d'urbanisme de l'île. »
L'essor touristique de Phu Quy agira comme un puissant catalyseur pour l'économie locale, stimulant des secteurs clés, tels que le commerce des produits de la mer, l'hôtellerie, les transports et les circuits guidés. Si les infrastructures insulaires font l'objet d'une stratégie d'investissement ambitieuse et adaptée aux réalités du tourisme moderne, l'île sera en mesure de garantir la durabilité de son environnement, d'élever le niveau de vie de ses habitants, de consolider la sécurité et la défense nationales, tout en s'adaptant activement aux impacts du dérèglement climatique.