Diplomatie économique : élargir les horizons et renforcer la position du Vietnam

La contribution de la diplomatie économique ne devrait pas être évaluée uniquement à l’aune du nombre de marchés ouverts, des accords conclus ou du volume des ressources mobilisées. Sa portée est plus profonde : elle a contribué à transformer les conditions de développement de l’économie vietnamienne.

Le monde entre dans une période où commerce, investissements, technologies, sécurité économique et géopolitique sont de plus en plus étroitement imbriqués. L’avantage d’un pays ne dépend plus uniquement des ressources dont il dispose, mais aussi de sa place au sein des réseaux mondiaux de marchés, de capitaux, de technologies et de chaînes de valeur.

Dr To Hoai Nam, vice-président permanent et secrétaire général de l’Association vietnamienne des petites et moyennes entreprises
Dr To Hoai Nam, vice-président permanent et secrétaire général de l’Association vietnamienne des petites et moyennes entreprises

Ce contexte impose de nouvelles exigences à la diplomatie économique vietnamienne. Celle-ci ne doit plus seulement ouvrir le pays et de nouveaux marchés, ni se limiter à mobiliser des ressources extérieures : elle doit convertir la position internationale et les relations extérieures du Vietnam en capacités concrètes de développement pour son économie et ses entreprises.

Élargir l’espace et les ressources du développement

La contribution de la diplomatie économique ne se mesure pas uniquement au nombre de marchés ouverts, aux accords conclus ou au volume des ressources mobilisées. Sa valeur fondamentale réside dans sa capacité à modifier les conditions de développement de l’économie vietnamienne.

Pour connaître une croissance rapide et durable, une économie doit pouvoir accéder à des marchés plus vastes, à de meilleures sources de financement, à des technologies plus avancées, à de nouvelles connaissances et à des réseaux de production à plus forte valeur ajoutée.

La diplomatie économique a contribué à créer ces possibilités d’accès et à élargir les marges de développement du pays dans un environnement international particulièrement instable.

Au-delà des ressources quantifiables, la confiance accordée au Vietnam constitue un acquis d’une importance particulière. Dans les relations économiques internationales, la confiance possède une valeur économique très concrète : elle réduit les coûts de transaction, raccourcit la phase de prospection, facilite la coopération et atténue les risques lors de l’établissement de nouvelles relations commerciales.

Lorsqu’une entreprise vietnamienne se tourne vers l’international, elle présente non seulement ses produits et ses propres capacités. Elle bénéficie également de la position du pays, de la qualité des relations entre le Vietnam et ses partenaires ainsi que du capital de confiance accumulé au fil des années. Cet ensemble peut être considéré comme une forme de « capital diplomatique ».

Si la période précédente était principalement consacrée à accumuler et à développer ce capital, l’enjeu consiste désormais à le convertir en marchés, en investissements, en technologies et en compétitivité.

Pour les petites et moyennes entreprises, cette conversion doit avant tout permettre de réduire les difficultés d’accès. Nombre d’entre elles possèdent des produits et des compétences, mais peinent à obtenir les informations pertinentes, à trouver les bons partenaires et réseaux de distribution ou à atteindre les niveaux décisionnels appropriés. C’est précisément à ce carrefour que la diplomatie économique prend tout son sens pour le monde des affaires.

Rapprocher les relations extérieures des objectifs de développement

Face à la multiplication des bouleversements imprévisibles — rivalités stratégiques, conflits géopolitiques, protectionnisme commercial, rupture et restructuration des chaînes d’approvisionnement —, le ministère des Affaires étrangères et les représentations vietnamiennes à l’étranger se sont efforcés de surmonter les difficultés propres à chaque territoire, les différences institutionnelles et l’incertitude croissante de l’environnement international.

Ils ont rempli efficacement leur mission en contribuant à préserver un environnement extérieur favorable, à renforcer la confiance, à développer les relations, à ouvrir les marchés et à mobiliser les ressources nécessaires au développement national.

En 2025, les échanges commerciaux du Vietnam ont atteint environ 930 milliards de dollars, en hausse de 18,2 %. Sur la photo : le port de Lach Huyen, à Hai Phong. (Source : deepc.vn)
En 2025, les échanges commerciaux du Vietnam ont atteint environ 930 milliards de dollars, en hausse de 18,2 %. Sur la photo : le port de Lach Huyen, à Hai Phong. (Source : deepc.vn)

Les résultats obtenus ces dernières années dans les relations économiques extérieures illustrent en partie la résilience et la capacité d’expansion de l’économie vietnamienne, malgré un environnement international défavorable.

En 2025, le commerce extérieur de marchandises a atteint environ 930 milliards de dollars, soit une progression de 18,2 %. Les exportations ont dépassé 475 milliards de dollars, en hausse de 17 %. Au premier semestre 2026, elles ont encore augmenté d’environ 21 % sur un an.

Ces résultats sont le fruit des efforts conjugués de l’ensemble du système politique et du monde des affaires. La diplomatie économique y a joué un rôle important en entretenant les relations, en ouvrant et en préservant les marchés, en favorisant les investissements, en reliant les différentes ressources et en créant un environnement international propice aux activités économiques.

Sa contribution ne se limite cependant pas aux indicateurs de croissance. Du point de vue des entreprises, la valeur ajoutée du ministère des Affaires étrangères et des représentations vietnamiennes réside également dans leur capacité à réduire trois distances : celles de l’information, de la confiance et de l’accès.

La première concerne l’information. Les entreprises ne manquent plus de données sur le plan quantitatif. Leur véritable difficulté consiste à obtenir des informations fiables, vérifiées et correctement replacées dans leur contexte réglementaire.

Grâce à leur présence sur le terrain et à leurs relations avec les administrations, associations professionnelles, entreprises et instituts de recherche étrangers, les représentations vietnamiennes offrent un canal d’information d’une valeur particulière. Pour une PME, celui-ci peut permettre de découvrir une occasion commerciale, mais aussi, parfois, d’éviter une mauvaise décision.

La deuxième distance sépare l’information de la confiance.

Une entreprise qui ne possède pas encore de marque reconnue internationalement doit souvent attendre longtemps avant de gagner la confiance de ses partenaires. Les bonnes relations entre le Vietnam et les autres pays, la réputation nationale construite au fil des années et le rôle d’intermédiaire des représentations diplomatiques ne peuvent remplacer les compétences propres d’une entreprise. Ils créent toutefois des conditions plus favorables pour lui permettre d’accéder aux partenaires et de démontrer ses capacités.

En ce sens, la réputation du pays peut raccourcir la première étape nécessaire à l’instauration de la confiance sur le marché.

La troisième distance concerne l’accès aux différents réseaux internationaux.

Toute occasion économique dépend de la capacité à atteindre le bon réseau de distribution, les groupes moteurs, les investisseurs, les pôles technologiques, les associations professionnelles ou les réseaux susceptibles d’influencer une chaîne de valeur.

Le ministère des Affaires étrangères et les représentations vietnamiennes ont contribué à ouvrir des cercles relationnels difficilement accessibles aux entreprises agissant seules. Ils les aident aussi à vérifier les informations, à lever les obstacles et, lorsque cela est nécessaire, à protéger leurs droits et intérêts légitimes à l’étranger.

Sous ces trois angles, leur contribution la plus profonde consiste à réduire la distance entre les relations diplomatiques et les perspectives économiques, entre la réputation nationale et la confiance du marché, ainsi qu’entre les possibilités internationales et leur accès effectif par les entreprises vietnamiennes.

Ces résultats permettent à la diplomatie économique de franchir une nouvelle étape : elle ne doit plus seulement développer les relations et les possibilités, mais convertir plus efficacement la position extérieure du pays en capacités de développement.

Passer de l’élargissement des horizons à l’affirmation d’une position

Au cours de la période écoulée, la diplomatie économique vietnamienne s’est distinguée par l’élargissement de l’espace international du pays et la mobilisation de ressources. Le nouveau contexte exige désormais de mettre davantage l’accent sur la qualité de leur conversion. Trois transitions méritent une attention particulière.

Passer de l’information à l’anticipation

L’information n’est plus une ressource rare. La véritable valeur ajoutée réside dans la capacité à discerner une tendance avant qu’elle ne se généralise et à repérer une occasion avant que la concurrence ne devienne trop forte.

Si une évolution concernant les droits de douane, les normes carbone, la traçabilité, les données, les technologies ou les chaînes d’approvisionnement est décelée six mois ou un an à l’avance, l’État dispose du temps nécessaire pour ajuster ses politiques, les associations peuvent préparer leur accompagnement et les entreprises adapter leurs stratégies.

Le monde des affaires souhaite donc que le ministère des Affaires étrangères et les représentations vietnamiennes apportent une valeur supplémentaire : une capacité d’anticipation fondée sur leur connaissance concrète des pays où ils sont implantés.

Passer de l’ouverture des marchés à un meilleur positionnement

Le Vietnam ne manque plus de marchés au sens traditionnel du terme. Son économie présente déjà un degré élevé d’ouverture et ses produits sont toujours plus largement présents dans le monde.

Derrière ces résultats se pose toutefois une question qu’il convient d’aborder avec lucidité. En 2025, les exportations vietnamiennes ont atteint environ 475 milliards de dollars, en progression de 17 %. Les entreprises à capitaux étrangers ont représenté près de 77 % de cette valeur, contre seulement 23 % pour le secteur économique national, dont la part a diminué par rapport à l’année précédente.

Ces chiffres ne remettent pas en cause la réussite des exportations vietnamiennes. Ils soulèvent néanmoins une question essentielle : quelle part de cette valeur les entreprises vietnamiennes créent-elles réellement, en conservent-elles la maîtrise et transforment-elles en capacités propres ?

Promotion de l’identité culturelle et de l’image du Vietnam lors de la quatrième édition de l’ASEAN Plus Friends Bazaar, en Grèce.
Promotion de l’identité culturelle et de l’image du Vietnam lors de la quatrième édition de l’ASEAN Plus Friends Bazaar, en Grèce.
Promotion de produits agricoles et alimentaires vietnamiens lors d’une foire gastronomique internationale à Gwangju, en République de Corée.
Promotion de produits agricoles et alimentaires vietnamiens lors d’une foire gastronomique internationale à Gwangju, en République de Corée.

La diplomatie économique doit donc évoluer : il ne suffit plus d’ouvrir des marchés, il faut contribuer à y établir durablement la place du Vietnam.

Aux États-Unis, dans l’Union européenne, au Japon, en République de Corée et sur les autres grands marchés, les perspectives ne se limitent pas à une nouvelle hausse des échanges. Il importe surtout de permettre aux entreprises vietnamiennes de s’insérer plus profondément dans les réseaux de distribution et les chaînes d’approvisionnement, d’accroître la valeur ajoutée créée dans le pays, de développer leurs marques et de se positionner progressivement sur les segments à plus forte valeur.

Le Moyen-Orient et le marché halal offrent un fort potentiel pour les produits agricoles et alimentaires, les biens de consommation et les services. Ils peuvent également servir de porte d’entrée vers un espace économique plus vaste.

Le Mexique et l’Amérique latine présentent encore d’importants débouchés pour les produits industriels et électroniques, les textiles, les chaussures, le mobilier en bois, les produits agricoles et les denrées alimentaires.

Plusieurs marchés africains affichent pour leur part une demande correspondant aux atouts du Vietnam dans les domaines de l’alimentation, des biens de consommation, des matériaux et des produits offrant un rapport qualité-prix compétitif.

Passer de l’attraction des ressources à l’affirmation des capacités vietnamiennes à l’échelle mondiale

Pendant de nombreuses années, l’un des principaux objectifs de la diplomatie économique a consisté à attirer au Vietnam les capitaux, les technologies, les connaissances et les marchés étrangers. Cette orientation reste indispensable, mais elle ne suffit plus à une économie qui aspire à atteindre un niveau de développement supérieur.

La nouvelle période exige un mouvement complémentaire : il faut progressivement porter les capacités vietnamiennes sur la scène mondiale et y assurer une présence durable aux marques nationales.

L’État ne peut se substituer aux entreprises ni assumer leurs risques commerciaux. La diplomatie peut toutefois mobiliser les avantages du pays dans des domaines qui dépassent les moyens d’une entreprise isolée : ouvrir l’accès aux réseaux stratégiques, lever les obstacles réglementaires, établir des liens avec les partenaires et les ressources motrices, et protéger à l’étranger les droits et intérêts légitimes des entreprises vietnamiennes.

La communauté vietnamienne à l’étranger joue un rôle essentiel dans cette ambition internationale. Elle ne constitue pas uniquement une source de transferts financiers ou un relais culturel. Elle rassemble aussi des entrepreneurs, des scientifiques, des experts, des juristes et des investisseurs. Elle possède une connaissance des marchés, des réseaux professionnels et des relations accumulées pendant de longues années.

Correctement mobilisée, cette ressource pourrait devenir une forme d’« infrastructure immatérielle » de l’économie vietnamienne à l’extérieur du territoire national.

« La 33ᵉ Conférence diplomatique se tient alors que les besoins de développement du pays ont changé. L’intégration internationale ne doit plus seulement ouvrir des portes, mais améliorer notre position. Attirer des ressources extérieures ne doit plus uniquement compléter les ressources disponibles, mais renforcer les capacités internes.

La Résolution no 59-NQ/TW élargit l’espace d’intégration internationale, tandis que la Résolution no 68-NQ/TW libère le potentiel du secteur privé. La diplomatie économique constitue l’une des principales articulations permettant à ces deux forces de se rencontrer.

Tel sera le critère le plus pertinent pour évaluer la diplomatie économique vietnamienne au cours de la prochaine période. »

Dr To Hoai Nam, vice-président permanent et secrétaire général de l’Association vietnamienne des petites et moyennes entreprises

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