Née et ayant grandi en temps de paix, une grande partie de la génération Z contribue chaque jour au développement de la ville et du pays avec un esprit créatif et une pensée innovante.
Des récifs coralliens au fond de la mer aux feuilles de lotus au cœur de l’espace urbain, les jeunes de Hô Chi Minh-Ville dessinent une carte verte et écrivent la suite de l’histoire du développement durable de la métropole.
Construire un réseau de jeunes protecteurs de la nature
Dans un contexte où les enjeux environnementaux deviennent de plus en plus urgents dans les grandes villes, de nombreux jeunes à Hô Chi Minh-Ville s’engagent dans la conservation afin de préserver les espaces verts urbains. Nguyen Phuc Thien Khoa, étudiant en sciences intégrées à l’Université Fulbright Vietnam, en est un exemple.
À 21 ans, Thien Khoa figure dans le Top 20 des jeunes leaders du programme WWF – Amano Fellowship 2026, une initiative mondiale lancée par le Fonds mondial pour la nature (WWF).
Dans son enfance, alors qu’il vivait dans une chambre louée près d’un marché à Hô Chi Minh-Ville, Thien Khoa ouvrait souvent la porte arrière pour observer un petit canal relié à la rivière Saïgon.
À cette époque, les rats ou les lézards étaient pour lui des créatures fascinantes à étudier.
Plus tard, après un déménagement, il retrouva son propre univers naturel sous un cerisier de Jamaïque, près d’un grand étang devant la maison, où nageaient des canards.
Mais avec le temps, l’étang s’est progressivement pollué à cause des eaux usées domestiques, et l’arbre a disparu. Ces transformations ont renforcé sa détermination à protéger l’environnement.
Alors que les écosystèmes forestiers et marins autour de la ville font l’objet d’une attention accrue, Thien Khoa, avec l’équipe du professeur associé Jesse Dylan Hollister, généticien de l’évolution, a développé un dispositif semi-automatisé d’exploration des récifs coralliens.
Utilisant la technologie de cartographie 3D, cet outil permet de scanner les structures coralliennes à Dam Tre à Con Dao (au sud) et dans le parc national Nui Chua – Phuoc Bình dans la province de Khanh Hoa.
Cette initiative permet non seulement de créer des cartes numériques des récifs, mais aussi de réduire les efforts physiques et les risques liés à la plongée, tout en accélérant la restauration des écosystèmes.
Pour Thien Khoa, la créativité ne doit pas s’arrêter aux idées : elle doit se traduire en solutions concrètes répondant aux réalités locales.
« En comprenant les difficultés économiques des habitants, nous pouvons les aider à diversifier leurs moyens de subsistance : formation à la plongée, surveillance forestière, guidage touristique écologique… Lorsque les populations tirent des revenus de la beauté de la nature, elles en deviennent les meilleures protectrices », partage-t-il.
Au fil des années passées en immersion dans la nature, Thien Khoa a constaté que les jeunes de son âge ont peu d’occasions de participer directement aux activités de conservation.
« Les initiatives des jeunes sont souvent fragmentées et manquent d’encadrement scientifique. Nous avons besoin d’un cadre structuré. Les données de terrain doivent être consolidées pour devenir une base scientifique crédible, capable d’influencer les investisseurs et les politiques publiques », souligne-t-il.
De cette réflexion est né le Réseau des jeunes pour la biodiversité du Vietnam, destiné à relier étudiants et jeunes engagés dans la conservation à l’échelle nationale.
Ensemble, ils participent à des missions de terrain : collecte de déchets, retrait des « filets fantômes », formation à la protection des primates au parc national de Kon Ka Kinh (province de Gia Lai, au Centre du Vietnam), et enquêtes auprès des populations locales sur les impacts du tourisme.
Selon lui, la conservation ne se limite pas à ce qui est visible, comme les animaux ou les forêts, mais inclut également les micro-organismes et les structures invisibles qui soutiennent la vie.
Du reboisement absorbant le CO₂ à la production d’oxygène par les cyanobactéries marines, tous ces éléments contribuent à un écosystème équilibré et durable.
Grâce à cette vision, le réseau qu’il a fondé contribue à rapprocher le Vietnam de son objectif de neutralité carbone d’ici 2050.
Une transition verte à partir d’une feuille de lotus
Dinh Thanh Thong, diplômé en architecture et urbanisme intelligent de l’Université d’économie de Hô Chi Minh-Ville, poursuit actuellement un master en design urbain à l’Université de l’Illinois à Chicago (États-Unis).
Ce jeune architecte s’interroge : pourquoi certains quartiers donnent envie de s’y attarder, tandis que d’autres manquent d’espaces publics ?
Pourquoi les expériences urbaines diffèrent-elles au sein d’une même ville ?
Cette réflexion s’incarne dans son projet de fin d’études intitulé « Modèle intégré de gestion de l’eau et d’infrastructures vertes et grises à Tam Phu, Thu Duc », qui a remporté le deuxième prix Loa Thanh.
Inspiré par les feuilles de lotus, il transforme les zones basses en parcs inondables capables de réguler les flux d’eau lors de fortes pluies ou de marées hautes, réduisant ainsi la pression sur le système de drainage urbain.
Selon lui, une ville ne peut être uniquement « verte » ou « grise » : elle doit reposer sur un équilibre entre environnement, société et économie.
Un espace de vie harmonieux associe nature, dynamisme communautaire et viabilité économique.
D’après le média international ESG Today, 70 % des jeunes des générations Z et Millennials considèrent l’environnement comme un critère essentiel dans le choix d’un emploi, et 23 % s’informent activement sur les politiques environnementales des entreprises.
Au cours de la dernière décennie, les filières liées à l’environnement, au climat et au développement durable ont connu une forte hausse des inscriptions dans les universités du monde entier.
« L’urbanisme doit placer l’humain au centre : les enfants ont besoin d’aires de jeu, les adultes d’espaces de vie, les personnes âgées de lieux de promenade. Lorsque toutes les générations s’y sentent chez elles, la ville devient véritablement vivable », affirme Thong.
Son projet reflète l’esprit pionnier de la jeunesse dans les domaines de l’innovation, de la transformation numérique et de la transition écologique.
Il ouvre également un nouveau mode de vie : navigation de loisir, promenades au bord de l’eau, plantations urbaines et activités communautaires intégrées aux infrastructures anti-inondation.
Le matin, les habitants peuvent circuler à vélo le long de « corridors verts » bordant les canaux, traverser de petits ponts suspendus, s’arrêter dans des jardins fleuris ou des places de rétention d’eau.
Le soir, ces espaces se transforment en lieux de repos avec des étangs de lotus et des pépinières, offrant un cadre paisible. L’ensemble est connecté par des voies piétonnes, des pistes cyclables et le réseau de métro Hiep Binh Phuoc.
Autant d’initiatives qui rapprochent les citadins de la nature, au cœur même de la ville.
Ainsi, la ville durable cesse d’être un idéal lointain pour devenir une réalité accessible, portée par une jeunesse engagée à préserver un environnement de vie harmonieux.