Né et ayant grandi à Dublin, en Irlande, Al Shelley a découvert le Vietnam très tôt à travers des émissions de télévision consacrées aux voyages. Mais ce n’est qu’en 2023 qu’il s’est rendu pour la première fois dans le pays, passant un mois entier à parcourir le Vietnam du Sud au Nord. En 2026, il est revenu au Vietnam et a consacré 26 jours supplémentaires à la découverte de régions où il ne s’était encore jamais rendu, notamment les Hauts Plateaux du Centre.
Si son premier voyage a amené Al Shelley à changer son approche de la photographie, passant de la photographie de paysages à un intérêt plus marqué pour les gens, ce retour lui a donné l’occasion d’observer plus attentivement la vie quotidienne, plutôt que de se contenter de visiter les sites touristiques les plus célèbres.
À la recherche de la beauté dans les choses les plus simples
Après deux voyages, ce qui reste au photographe irlandais, ce ne sont pas seulement ses photos, mais aussi les nombreuses rencontres fortuites et la convivialité des personnes croisées au fil de son périple.
En parcourant à pied les ruelles de Saïgon, Al a constaté que le rythme de la vie semblait ralentir derrière les grands axes.
Al estime que ce sont précisément les heures passées à marcher avec son appareil photo qui lui ont permis de découvrir un Vietnam très différent. Selon lui, lorsqu’on voyage à l’étranger, on se rend généralement dans les lieux célèbres, on goûte la cuisine locale et on découvre la culture.
Mais la photographie offre une autre manière d’explorer un pays : elle oblige celui qui tient l’appareil à ralentir, à observer plus attentivement ce qui l’entoure, à suivre les gens du regard et à prêter attention à des détails qui pourraient facilement passer inaperçus si l’on ne faisait que traverser les lieux.
« Au cours de ce voyage, l’une des choses que j’ai particulièrement appréciées a été de constater à quel point les Vietnamiens sont résilients et débrouillards. On peut le voir partout dans la vie quotidienne », confie Al.
Le marché de Tan Dinh au petit matin, vu par l’objectif du photographe irlandais.
Il peut s’agir de commerçants qui installent leurs étals alors que la majeure partie de la ville dort encore, de pêcheurs travaillant inlassablement sur la plage ou encore de personnes poussant à la hâte leurs chariots de marchandises dans les rues.
Pour Al, un lieu célèbre peut révéler la beauté ou l’histoire d’un pays, mais ce sont les scènes de la vie quotidienne qui racontent véritablement l’histoire de ses habitants. Il estime que : « Si je me contentais de traverser le Vietnam en cochant les principaux sites touristiques, je pense que je ferais malgré tout un merveilleux voyage. Mais je passerais à côté de beaucoup de choses. La photographie m’oblige à m’arrêter, à observer et à apprécier davantage les petits détails. Et je pense que ce sont précisément ces choses qui m’ont permis de mieux comprendre les Vietnamiens. »
En parcourant à pied le quartier de Ban Co, à Hô Chi Minh-Ville, Al a constaté que le rythme de la vie semblait ralentir derrière les grands axes. Devant les maisons, les habitants savourent leur café du matin, s’affairent à préparer les repas ou se contentent d’échanger quelques mots avec leurs voisins.
Il suffit de tourner dans une petite ruelle pour découvrir une autre facette de la ville : des vendeurs ambulants diffusant des odeurs de nourriture alléchantes, ou de petits restaurants discrètement nichés derrière des rangées de vieilles maisons.
La beauté du quotidien de la ville, vue par l’objectif du photographe Al.
Expliquant l’attrait de la photographie de rue, il estime que les sites touristiques célèbres sont toujours d’excellents endroits pour prendre des photos, mais qu’ils ont peut-être déjà été photographiés des milliers, voire des millions de fois. À l’inverse, la photographie de rue et la photographie documentaire permettent de saisir des instants uniques, qui peuvent ne durer que quelques secondes et ne jamais se reproduire de la même manière. Selon lui, immortaliser de tels moments, aussi modestement que ce soit, revient également à écrire l’histoire.
Des instants qui ne figuraient pas au programme
Lors de son premier voyage, sur la route reliant Tam Coc (Ninh Binh) à Hanoï, Al Shelley s’est arrêté au village de Tat Vien (Hung Yen), où les habitants perpétuent encore la fabrication artisanale traditionnelle de nasses en bambou et en rotin.
Par une journée maussade, après s’être enfoncés dans le village, Al et son compagnon de voyage ont aperçu un couple assis en train de tresser des nasses. Lorsqu’il leur a demandé s’il pouvait les photographier, le mari a non seulement accepté, mais leur a également fait signe d’entrer chez lui et leur a servi du thé. Bien qu’ils ne puissent pas communiquer dans la même langue, les deux parties ont tout de même réussi à échanger par des sourires et des signes de tête.
Se remémorant cette rencontre, Al explique que ce qui l’a le plus marqué est la gentillesse de son hôte : « Même si nous étions des inconnus, il nous a invités chez lui, a partagé avec nous une tasse de thé et son temps. Ce sont précisément ces rencontres, ainsi que la gentillesse dont j’ai bénéficié de la part des Vietnamiens, qui me donnent envie de revenir dans ce pays. »
La photo qui a permis à Al de remporter la médaille d’or dans la catégorie de la meilleure photographie couleur lors du Championnat national des clubs de photographie de la Fédération irlandaise de photographie.
Un autre moment, survenu lors de son voyage à Kon Tum, a profondément marqué Al. Alors qu’il préparait une séance photo avec un groupe de femmes âgées issues de l’ethnie brâu dans une maison sur pilotis communautaire, Al a remarqué une femme assise seule dans un coin de la maison. Le menton posé sur la main, elle tournait doucement la tête d’un côté puis de l’autre, avec une certaine nervosité.
Plutôt que de continuer à se concentrer sur la scène mise en place, Al a dirigé son appareil vers elle et a attendu. Une ou deux secondes plus tard, la femme a tourné la tête et regardé droit vers l’objectif. Selon Al, elle ne posait pas et personne ne lui avait demandé de regarder l’appareil photo : son regard s’était simplement porté vers lui, spontanément. Cet instant naturel n’a peut-être duré qu’une ou deux secondes, mais il est devenu sa photo préférée de son récent retour au Vietnam.
La photo a ensuite remporté la médaille d’or dans la catégorie de la meilleure photographie couleur lors du Championnat national des clubs de photographie de la Fédération irlandaise de photographie, une compétition réunissant 25 clubs de tout le pays. Mais pour Al, ce n’est pas le prix qui constitue son souvenir le plus marquant. Ce qui est particulier, c’est que sa photo préférée du voyage était totalement imprévue.
Ce qui reste après chaque voyage
S’il devait choisir ce qui rend le Vietnam particulier à ses yeux, ce serait sans aucun doute ses habitants.
« L’une des premières choses que j’ai remarquées au Vietnam, c’est que les habitants sont très chaleureux et accueillants. J’ai rencontré des gens formidables partout où je suis allé, notamment en Inde et au Myanmar, mais la chaleur des Vietnamiens m’a véritablement marqué », confie le photographe irlandais.
Les champs de sel.
Au cours de son voyage de près de deux mois, Al a souvent marché seul avec son appareil photo, se faufilant dans les marchés, les ruelles et les quartiers résidentiels. Il affirme ne s’être jamais senti en insécurité lorsqu’il se promenait avec son appareil photo dans les rues du Vietnam. Selon lui, les Vietnamiens sont, de manière générale, très amicaux et ouverts. Ce sentiment d’être le bienvenu est l’une des principales différences qu’il a ressenties, mais aussi l’une des raisons pour lesquelles il aime tant photographier au Vietnam.
Alors que le soleil disparaît peu à peu derrière l’horizon, un groupe d’enfants joue avec de vieux pneus de vélo sur les dunes de sable, les lançant dans le ciel du soir pour créer une scène saisissante.
Pour Al, la photographie de rue ne consiste pas simplement à enregistrer des images : elle permet aussi de créer des liens, même si ceux-ci ne durent parfois que quelques secondes. Il estime qu’il n’est pas nécessaire de parler la même langue pour instaurer une relation de confiance, car la manière dont une personne approche les autres et se comporte avec eux peut parfois transmettre énormément de choses. Selon Al, photographier ne consiste pas seulement à immortaliser un instant, mais aussi à saisir les petites interactions entre les êtres humains, et ce sont précisément ces moments qu’il recherche lorsqu’il parcourt les rues avec son appareil photo.
Al raconte que Hoi An lui a donné envie d’essayer quelque chose de différent et que l’áo dài blanc est devenu l’élément central de la composition.
Originaire de Dublin, une ville occidentale dont le rythme de vie et l’espace urbain sont différents, Al est attiré par les scènes qu’il découvre dans les rues du Vietnam. À travers ses photographies, il ne cherche pas seulement à montrer à quoi ressemble le Vietnam, mais aussi à raconter l’histoire des personnes qui y vivent et y travaillent.
Un paysage de dunes de sable d’une beauté digne d’un tableau.
Après son deuxième voyage au Vietnam, Al est reparti avec des souvenirs de marchés au petit matin, des rues animées de Hô Chi Minh-Ville, des plages où les pêcheurs de Da Nang reviennent de mer et des visages chaleureux rencontrés dans les Hauts Plateaux du Centre.
L’église Tan Dinh à l’aube, marquant le début paisible d’une nouvelle journée avant que Hô Chi Minh-Ville ne s’éveille et ne retrouve son rythme effervescent.
Et, comme un adieu plein d’humour à cette terre qui l’a retenu à deux reprises, Al n’a pas oublié de mentionner les deux choses qui lui manquent le plus : « Je dois admettre que le bánh mì me manque beaucoup… ainsi que le café glacé à la noix de coco ! J’aimerais vraiment pouvoir en avoir un verre à Dublin en ce moment même. »