Le « trésor archéologique » du mont A Man

Au cœur de la vie quotidienne de la commune de Tuy An Dong, dans la province de Dak Lak, le mont A Man se dresse comme un témoin reliant le présent au passé. Sous son couvert forestier reposent près de 500 sépultures anciennes, formant un mystérieux « trésor archéologique ».

Une sépulture ancienne en forme de bouton de lotus sur le mont A Man. (Photo : MAI CUONG)
Une sépulture ancienne en forme de bouton de lotus sur le mont A Man. (Photo : MAI CUONG)

Près de 500 tombes en pierre

Également appelé A Mang, le mont A Man abrite un ensemble de près de 500 tombes anciennes, dispersées depuis ses pentes jusqu’à son sommet.

Dépourvues de sculptures élaborées de dragons ou de phénix, elles se distinguent par une beauté brute et singulière. Leur structure associe des blocs de pierre naturelle soigneusement agencés à un mortier composé de chaux, de sable et de mélasse.

­Ces sépultures présentent des formes caractéristiques et variées : selle de cheval, toiture de maison, carapace de tortue ou bouton de lotus. Recouvertes de mousse, elles sont toutes orientées vers le sud-est et adossées à la montagne.

Elles ont aussi un autre point commun : l’absence de stèle funéraire. Lorsque certaines en possèdent encore une, le temps en a effacé les inscriptions, faisant disparaître toute information sur l’identité des défunts.

Au pied du mont se trouve la pagode ancienne de Chau Lam, construite il y a plus de deux siècles.

La religieuse bouddhiste Thich Nu Nhu Kim, qui pratique depuis de nombreuses années dans cette pagode et veille sur les tombes, rapporte une tradition orale selon laquelle elles pourraient être celles de généraux et de soldats de l’époque de Nguyen Anh, entre les XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

Selon une autre hypothèse, les inscriptions auraient été volontairement martelées afin de dissimuler l’identité des défunts et de protéger leurs proches.

La vie continue pourtant de traverser ce lieu par les petits sentiers serpentant entre les tombes. Les habitants qui se rendent dans leurs champs s’y arrêtent parfois pour brûler un bâton d’encens en hommage « aux anciens ».

Un patrimoine culturel menacé

Nguyen Hoai Son, ancien président de l’Union des associations scientifiques et techniques de l’ancienne province de Phu Yen, a consacré de nombreuses années à l’étude du patrimoine lithique local, dont les 500 tombes du mont A Man.

Selon ce chercheur, le site soulève encore de nombreuses questions exigeant des études approfondies.

Les sépultures présentent une architecture unique et portent une forte empreinte culturelle vietnamienne. Celle-ci apparaît dans les principes de géomancie populaire appliqués aux rites funéraires, mais aussi dans les motifs décoratifs, l’agencement des éléments et les techniques de construction.

L’ensemble peut être réparti en quatre grandes catégories. Chaque tombe possède néanmoins des détails particuliers et il est rare d’en trouver deux parfaitement identiques.

Leurs dimensions pourraient également refléter la position sociale occupée par les défunts de leur vivant.

Pour Nguyen Hoai Son, leur architecture permet d’affirmer qu’il s’agit de sépultures vietnamiennes. Elles dateraient vraisemblablement du XVIIIᵉ siècle, leurs méthodes de construction étant comparables à celles de plusieurs tombeaux familiaux anciens de la région de Phu Yen dont l’époque a pu être établie.

Le site est aujourd’hui exposé à de nombreux risques de dégradation. Depuis plusieurs décennies, les quelque 500 tombes du sommet sont laissées pratiquement sans propriétaires connus, sans entretien ni restauration régulière.

Les habitants cultivent les terres et débroussaillent les parcelles jusqu’aux abords immédiats des sépultures. Ces activités fragilisent davantage des structures de pierre déjà érodées par le temps.

Les racines ont fissuré plusieurs tombes, tandis que d’autres ont été ensevelies par des glissements de terrain ou endommagées par les activités agricoles.

Nguyen Hoai Son estime que cet ensemble constitue un patrimoine culturel majeur qui doit être préservé et restauré. Des recherches approfondies, une conservation adaptée et une mise en valeur raisonnée permettraient à la fois de protéger sa valeur historique et d’ouvrir de nouvelles perspectives au tourisme culturel local.

Nguyen Le Vu, directeur adjoint du Service de la culture, des sports et du tourisme de Dak Lak, indique que les quelque 500 tombes anciennes du mont A Man figurent désormais dans l’inventaire provincial du patrimoine culturel.

Les environs abritent également plusieurs autres éléments d’intérêt historique et culturel, notamment l’ancien village de potiers de Quang Duc, le village de tissage de la soie et du brocart de Ngan Son et un village spécialisé dans la fabrication des bateaux-paniers.

Le Service provincial prévoit de mener prochainement une inspection sur le terrain afin d’étudier le site et de proposer des mesures concrètes de conservation.

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