Alors que de nombreux jeunes quittent leurs villages pour chercher des opportunités en ville, Tran Tuan Hiep a choisi la voie inverse : revenir dans cette région frontalière reculée pour bâtir une vie nouvelle à partir des ressources offertes par la montagne.
Né dans une famille où les deux parents étaient enseignants, son père, originaire de Hai Duong, étant venu travailler à Lai Chau et s’étant lié à sa mère, une femme Si La de la commune Kan Ho (ancien district de Muong Te). Hiep a grandi au milieu des voix d’enfants apprenant à lire et des sentiers de montagne qu’il parcourait chaque jour. Ces souvenirs ont nourri en lui un profond attachement à sa terre natale.
En 2014, après avoir obtenu un diplôme en finance à Hanoi, Hiep est resté quelque temps en ville et a exercé divers emplois. Mais plus il avançait, plus il prenait conscience que Lai Chau, avec ses vastes terres, ses ressources naturelles abondantes et sa main-d’œuvre rurale, constituait un terrain propice à un projet entrepreneurial durable.
Hiep souhaitait se lancer dans l’élevage et l’agriculture, mais trouver une espèce adaptée aux conditions de haute montagne n’était pas simple. Jeune diplômé, disposant de peu de moyens et d’expérience, il a choisi de ne pas revenir à Kan Ho, son village natal, mais de s’installer à An Tan, dans la commune frontalière de Pa Tan, où sa mère travaillait alors.
Il a commencé en empruntant de l’argent à sa famille et à ses amis pour tenter l’élevage de civettes - un animal semi-sauvage se nourrissant de fruits forestiers. Il démarrait avec quatre reproducteurs, construisait lui-même les enclos et passait beaucoup de temps à les apprivoiser.
Cependant, la civette étant grimpeuse et exigeant un environnement quasi naturel, son élevage nécessitait une technicité élevée, en particulier durant l’hiver rigoureux de Lai Chau. Faute d’expérience, Hiep n’a pas réussi à maintenir son cheptel, et son premier projet a presque entièrement échoué.
Un ami, remarquant sa passion pour les animaux, l’a orienté vers Ninh Binh pour étudier l’élevage du cerf sika. Constatant que cette espèce était docile, omnivore et compatible avec le climat et les ressources locales, Hiep a passé plusieurs jours à observer les méthodes de soins : alimentation, suivi des reproducteurs, soins aux faons et techniques de mise bas.
De retour à Lai Chau, il a décidé d’investir dans l’élevage du cerf sika comme voie à long terme. Parti de trois couples, il a contracté en 2022 un prêt de 100 millions de dongs auprès du Fonds de l’Association des agriculteurs pour agrandir son exploitation. Profitant des atouts locaux, il a également cultivé des plantes médicinales comme le sam duong quy pour nourrir les cerfs et vendre les racines au marché.
Grâce à une alimentation naturelle et à une méthode d’élevage rigoureuse, le velours de cerf produit à Pa Tan est très apprécié des consommateurs, et la demande ne cesse d’augmenter.
Parti de trois couples reproducteurs, Hiep gère aujourd’hui deux fermes comptant plus de vingt cerfs et prévoit d’en ouvrir une troisième afin de créer davantage d’emplois pour les jeunes de la région.
Les cerfs produisent du velours à partir de deux ans ; à partir de la troisième année, la récolte peut se faire deux fois par an, chaque animal donnant 600 à 800 grammes. Avec un prix de marché de 14 à 15 millions de dongs le kilo, Hiep réalise un revenu annuel d’environ 300 millions de dongs après déduction des frais. En outre, il accompagne une vingtaine de foyers dans l’élevage du cerf, créant ainsi des moyens de subsistance durables pour de nombreuses familles de Pa Tan.
Pour lui, la clé du succès repose sur l’exploitation des ressources locales : vastes terres, nourriture naturelle abondante et main-d’œuvre rurale disponible.
« Comme le modèle est encore nouveau ici, je m'efforce d’apprendre davantage et de le développer de manière méthodique et durable », confie-t-il.
Dans les temps à venir, il prévoit d’ouvrir une troisième ferme, d’organiser des formations pour les jeunes et les agriculteurs, et de garantir l’écoulement de la production. Il entend également promouvoir le velours de cerf et les plantes médicinales locales sur les plateformes de commerce électronique.
Grâce à ses efforts, Hiep a été plusieurs fois distingué comme agriculteur exemplaire. En 2024, il a reçu le Prix de l’Innovation scientifique et technique décerné par l’Union des Associations scientifiques et techniques de la province.
Le parcours entrepreneurial de Tran Tuan Hiep illustre l’esprit d’initiative et de créativité de la jeunesse aux confins du pays, offrant une source d’inspiration à ceux qui souhaitent bâtir leur avenir sur leur propre terre natale.