Plus d’un an après la mise en œuvre de la Résolution no 57-NQ/TW du Bureau politique, datée du 22 décembre 2024 et consacrée aux avancées décisives dans les sciences, les technologies, l’innovation et la transformation numérique nationale, les technologies quantiques occupent désormais une place centrale parmi les technologies et produits stratégiques. Elles ne relèvent donc plus uniquement de la recherche scientifique, mais constituent un enjeu majeur pour le développement national.
Les technologies quantiques s’imposent aujourd’hui comme l’une des évolutions les plus révolutionnaires, susceptibles de transformer profondément l’économie de la connaissance et les secteurs industriels de pointe. Le Parti et l’État vietnamiens en ont fait une priorité de leurs grandes stratégies en matière de sciences, de technologies et d’innovation. Sur le terrain, scientifiques, instituts de recherche et universités approfondissent progressivement leurs travaux dans ce domaine.
L’Université nationale du Vietnam à Hanoï est ainsi passée d’une recherche dispersée à une approche structurée autour de programmes et de groupes de missions interdisciplinaires. Elle a créé des instituts consacrés aux technologies industrielles stratégiques — semi-conducteurs, technologies quantiques et intelligence artificielle au service du développement durable (AI4SD) — ainsi que des centres d’excellence bénéficiant d’investissements prioritaires. Seize programmes de recherche majeurs ont également été lancés dans des domaines technologiques stratégiques.
Selon le professeur associé Bui The Duy, directeur de l’Université nationale du Vietnam à Hanoï, l’établissement travaille notamment à la conception de qubits hybrides supraconducteurs-semi-conducteurs à partir de matériaux fondés sur un gaz d’électrons bidimensionnel (2DEG). L’objectif est de constituer progressivement au Vietnam une capacité de recherche fondamentale dans les technologies quantiques.
L’université mène également des travaux sur le calcul quantique et la cryptographie post-quantique afin de préparer le pays au futur déploiement de ces technologies.
Ce domaine demeure toutefois récent, complexe et en évolution rapide. Son caractère interdisciplinaire exige des recherches plus approfondies et méthodiques afin de soutenir le développement du pays dans une perspective d’autonomie stratégique.
Le Vietnam doit donc anticiper les risques pesant sur la sécurité de l’information et les infrastructures numériques, tout en préparant la transition vers la cryptographie post-quantique. Il lui faut parallèlement renforcer la recherche fondamentale, les technologies d’appui, la formation spécialisée et interdisciplinaire, ainsi que les infrastructures scientifiques.
Le pays devra notamment élaborer une stratégie nationale sur les technologies quantiques, réviser et compléter son cadre juridique et ses normes, adopter des mécanismes spécifiques en faveur de la recherche-développement, investir dans des laboratoires stratégiques, former une main-d’œuvre hautement qualifiée, consolider l’écosystème d’innovation et intensifier la coopération internationale.
La prochaine étape consistera également à promouvoir les applications quantiques, en exploitant les principes microscopiques de la physique quantique pour mettre au point des technologies de rupture.
Construire un écosystème cohérent
Analysant l’expérience des États-Unis, de la Chine et de l’Union européenne, qui ont investi plusieurs milliards de dollars dans leurs écosystèmes quantiques, le professeur associé Nguyen Dinh Tho, de l’Institut des stratégies et politiques agricoles et environnementales, estime que le Vietnam doit associer étroitement ces technologies à la sécurité nationale, à la protection des infrastructures de données, aux semi-conducteurs, à l’intelligence artificielle et aux technologies spatiales.
Le pays doit ainsi bâtir un écosystème cohérent, allant de la mise en place d’un cadre institutionnel à des investissements ciblés, en évitant la dispersion des ressources ou les effets de mode. Le développement d’une élite scientifique et la constitution sélective de réseaux internationaux de coopération sont également indispensables.
La création d’un centre national des technologies quantiques est proposée. Cette institution jouerait le rôle d’organe supérieur de coordination, superviserait directement les flux de financement et assurerait la mise en réseau de l’État, des universités, des instituts de recherche et des entreprises privées.
Les organismes publics devraient par ailleurs abandonner une logique de contrôle administratif au profit d’un cadre juridique souple, susceptible d’encourager les entreprises privées et les jeunes pousses à participer davantage à la recherche-développement quantique.
La mise en place d’un mécanisme d’expérimentation réglementaire, ou « sandbox », permettrait d’accélérer le passage des recherches sur les capteurs quantiques ou la cryptographie du laboratoire à des applications concrètes.
Nguyen Hoang Duong, directeur adjoint du Département des sciences et des technologies de l’Académie vietnamienne des sciences et des technologies, souligne que le développement de ce secteur exige un mécanisme global de coordination ainsi qu’une vision à long terme.
La priorité doit être accordée à la formation spécialisée et interdisciplinaire, au recrutement d’experts internationaux et de scientifiques vietnamiens établis à l’étranger. Il convient également de développer les infrastructures de recherche, de créer des laboratoires de pointe, de tirer parti de la coopération internationale et d’intégrer au plus tôt les chaînes de valeur mondiales.
Un effort qui devra s’inscrire dans la durée
Le passage progressif des instituts et des établissements d’enseignement supérieur de la recherche fondamentale aux applications constitue une étape nécessaire pour définir la trajectoire stratégique du Vietnam dans le domaine quantique.
Il serait toutefois illusoire de vouloir brûler les étapes. Le développement de ces technologies nécessite une vision de long terme, des investissements durables et une certaine tolérance au risque. Les efforts devront probablement être poursuivis avec constance pendant au moins dix à vingt ans.
Le Vietnam devra donc lever rapidement les obstacles liés aux politiques publiques, au financement et aux ressources humaines, tout en attirant les experts vietnamiens travaillant dans les grands centres quantiques internationaux.
L’objectif est de construire un écosystème durable, qui ne dépende pas entièrement des technologies importées, et de fédérer politiques publiques, gestion, finance, entreprises, recherche et formation. Cette mobilisation collective pourrait permettre aux technologies quantiques de connaître un véritable essor au Vietnam.