Alors que le programme nucléaire est relancé, l’enjeu ne consiste pas seulement à disposer des effectifs nécessaires aux centrales, mais aussi à constituer progressivement des équipes compétentes dans les domaines de la gestion, de la réglementation, de la recherche et du soutien technique.
Développer des compétences spécialisées de manière proactive
Selon les experts de l’énergie atomique, la construction et l’exploitation d’une centrale nucléaire s’étendent sur plusieurs décennies. Ainsi, au-delà des personnels travaillant directement dans les centrales, les équipes « extérieures » aux centrales jouent également un rôle particulièrement important.
La formation des personnels chargés de l’exploitation répond à des exigences très élevées et s’inscrit dans la durée, mais elle présente l’avantage d’être directement liée à une technologie donnée et de bénéficier de la participation du fournisseur de cette technologie.
Le défi à long terme pour le Vietnam est de constituer des équipes compétentes en gestion, réglementation, recherche-développement et soutien technique. Il doit ainsi renforcer progressivement leurs compétences pour leur permettre d’évaluer la sûreté, de vérifier les calculs techniques, de mener des recherches et de contribuer au développement durable du programme nucléaire.
Pour accompagner le programme électronucléaire, le gouvernement a adopté plusieurs projets de développement des ressources humaines. Selon la décision n° 1012/QĐ-TTg, les besoins à l’horizon 2030 sont estimés à environ 1 920 personnes pour la centrale de Ninh Thuan 1 et 1 980 pour celle de Ninh Thuan 2.
La décision n° 893/QĐ-TTg prévoit également de renforcer les compétences en gestion publique, recherche-développement, applications et soutien technique dans le domaine de l’énergie atomique. D’ici à 2030, tous les personnels concernés devront disposer des compétences nécessaires, tandis qu’au moins 50 % des personnels de l’autorité nationale de sûreté radiologique et nucléaire devront être qualifiés pour participer à l’élaboration des lois, à l’évaluation, aux inspections et au contrôle de la sûreté et de la sécurité nucléaires.
À ce jour, les investisseurs des projets de centrales nucléaires ont coordonné leurs efforts avec le ministère de l’Éducation et de la Formation, les partenaires technologiques et les organismes disposant d’une expérience dans le domaine afin d’élaborer un plan global de formation des ressources humaines et ont commencé à mettre en œuvre les programmes de formation.
Le Centre de formation nucléaire de l’Institut vietnamien de l’énergie atomique (VINATOM), initialement créé pour former les personnels du projet de Ninh Thuan, renforce aujourd’hui ses activités pour répondre aux nouveaux besoins. Il organise notamment des formations sur l’énergie nucléaire pour les cadres de PetroVietnam (PVN) et forme des doctorants dans des spécialités liées au secteur électronucléaire. Selon sa direction, l’intérêt pour ce domaine est en hausse, avec davantage de nouveaux doctorants recrutés.
Chargée de coordonner la mise en œuvre de la décision n° 893/QĐ-TTg, l’Autorité de sûreté radiologique et nucléaire élabore avec les organismes concernés un plan de développement des ressources humaines, notamment en matière de formation spécialisée. Des personnels seront prochainement envoyés en formation et en stage dans des établissements nucléaires de référence à l’étranger.
Mobiliser les ressources pour former les personnels
Alors que les besoins de formation augmentent, les capacités de formation spécialisée dans le domaine électronucléaire se heurtent à deux principaux obstacles : les enseignants spécialisés et les infrastructures.
Selon le Dr Tran Chi Thanh, directeur de l’Institut vietnamien de l’énergie atomique, l’Institut ne dispose actuellement que d’une dizaine d’experts en énergie nucléaire et dans les disciplines connexes pouvant assurer des formations, dont la plupart sont à la retraite ou proches de l’âge de la retraite. Les universités font également face à un manque d’enseignants spécialisés. L’Autorité de sûreté radiologique et nucléaire souligne que le développement d’un corps d’enseignants et d’experts nationaux reste un défi, compte tenu du haut niveau de spécialisation requis et du nombre limité d’experts.
Le Dr Duong Thanh Tung, chef du département de la Formation, de la recherche et du déploiement du Centre de formation nucléaire, souligne que les équipements destinés aux travaux pratiques et expérimentaux restent insuffisants. Le laboratoire ne dispose notamment d’aucune source radioactive et utilise principalement des modèles à eau et à chaleur. Même les équipements de base, comme les ordinateurs, sont encore limités. Il est donc nécessaire de renforcer les capacités de recherche dans le domaine nucléaire afin d’améliorer la formation des ressources humaines.
Plus concrètement, le Vietnam devrait investir dans la création et le développement d’un département de génie nucléaire (Nuclear Engineering) au sein des deux meilleures universités techniques du pays, avec des programmes conformes aux normes internationales, des infrastructures et laboratoires adaptés, un corps enseignant qualifié et des partenariats pour la formation et les stages à l’étranger.
Selon plusieurs experts de premier plan de l’énergie atomique, la formation universitaire devrait être conçue en fonction des besoins en ressources humaines et des compétences requises pour chaque poste, plutôt que de former des étudiants avant de chercher des débouchés. Dans un premier temps, il convient de mettre en place des programmes fondamentaux en énergie nucléaire conformes aux normes internationales, permettant ensuite aux diplômés de se spécialiser selon leur fonction.
Le Vietnam devrait notamment investir dans la création et le développement d’un département de génie nucléaire (Nuclear Engineering) dans ses deux meilleures universités techniques, avec des programmes adaptés, des infrastructures et laboratoires modernes, un corps enseignant qualifié et des partenariats de formation à l’étranger. Cette démarche pourrait nécessiter plusieurs années de préparation, mais elle est indispensable pour un programme électronucléaire appelé à s’inscrire sur plusieurs siècles. Dans l’immédiat, des étudiants pourraient être envoyés à l’étranger pour y suivre leur formation.
Dans un contexte où les ressources nationales restent limitées, la coopération internationale constitue un levier important pour surmonter progressivement ces difficultés. Nguyen Hoang Linh, directeur de l’Autorité de sûreté radiologique et nucléaire, souligne la nécessité d’une feuille de route d’investissement à long terme et de mécanismes adaptés pour développer et maintenir un vivier d’experts. Il préconise également de renforcer la coopération avec l’AIEA et les pays disposant d’une industrie nucléaire développée, notamment à travers des programmes de formation, de perfectionnement et d’échanges d’experts.
Ces dernières années, le Réseau des experts vietnamiens de l’énergie nucléaire à l’étranger (VietNuc) a apporté son soutien à la formation de cadres chargés de la gestion des projets électronucléaires ainsi que de responsables de l’administration publique dans les domaines de la sûreté technique, du cadre institutionnel…
Selon le Dr Pham Tuan Hiep, secrétaire général de VietNuc, le réseau compte actuellement quelque 200 membres en France, au Royaume-Uni, en Italie, au Vietnam, en Belgique, en Autriche, aux États-Unis et au Canada. Il continue de s’étendre dans des domaines allant de la recherche, des matériaux et de l’ingénierie à la réglementation et à la gestion de projets nucléaires. Forts de leur expérience dans l’industrie nucléaire de pays ayant développé cette filière, ces experts peuvent apporter aux personnels vietnamiens une expérience pratique encore limitée au niveau national.
Afin de former des chercheurs capables de constituer et de diriger des équipes spécialisées de haut niveau, des scientifiques proposent d’associer la formation de longue durée à de grands centres de recherche nucléaire dans le monde.
Une piste de coopération qui mérite d’être développée est celle entre le Vietnam et l’Institut unifié de recherches nucléaires de Doubna, une organisation scientifique internationale établie en Russie. Le Vietnam est l’un des pays fondateurs de l’Institut et a apporté d’importantes contributions à son développement.
Professeur, Dr Le Hong Khiem, Institut de physique, Académie des sciences et des technologies du Vietnam
Selon le professeur, Dr Le Hong Khiem, de l’Institut de physique de l’Académie des sciences et des technologies du Vietnam, une piste de coopération qui mérite d’être développée est celle entre le Vietnam et l’Institut unifié de recherches nucléaires de Doubna, une organisation scientifique internationale établie en Russie. Le Vietnam est l’un des pays fondateurs de l’Institut et a apporté d’importantes contributions à son développement.
L’Institut de Doubna dispose d’infrastructures et d’équipements modernes pour la recherche nucléaire. Il serait donc pertinent de mettre en place un programme de formation à long terme, associé aux projets de recherche menés à Doubna. Cette démarche contribuerait à remédier à deux difficultés majeures de la recherche nucléaire au Vietnam : le manque d’experts capables de diriger des équipes de haut niveau et l’insuffisance des infrastructures et équipements de recherche à grande échelle.