Vinh Moc, le village de « rempart d'acier »

Le village de Vinh Moc, rattaché à la commune de Cua Tung, au Centre du Vietnam, occupe une place tout à fait singulière dans l'histoire de la lutte révolutionnaire du peuple vietnamien. Sur la carte, Vinh Moc se dresse comme une muraille monumentale érigée au bord des vagues.

Vue de la mer de Vinh Moc. Photo: baoquangtri
Vue de la mer de Vinh Moc. Photo: baoquangtri

À chaque fois que je reviens visiter ce village, une multitude de sensations nouvelles m'envahissent. Les pieds profondément enfoncés dans le sable, j'écoute le murmure de la mer raconter l'histoire pas si lointaine de cette terre et de ses habitants, qui ont tissé des remparts d'acier et de fleurs, indomptables et résilients…

Un village particulier

Nguyen Tri Phuong, ancien secrétaire du Comité du Parti de l'ancienne commune de Vinh Thach (province de Quang Tri), raconte : « Jadis, le village de Vinh Moc s'étendait entre la pointe Bang et la pointe Lay, avançant au-dessus des vagues. Il s'est formé vers la fin du XVᵉ et le début du XVIᵉ siècle. Nul ne sait exactement à quelle époque les habitants ont commencé à nommer leur terre natale le « village de Vinh ». Ce village est né de la réunion de deux petits hameaux : Thu Luat, du côté de l'ancienne commune de Vinh Thai, et Vinh An, dans l'ancienne commune de Vinh Quang.

La légende raconte qu'un rocher massif séparait autrefois ces deux hameaux, servant de borne frontière. Les riverains de Vinh Moc tiraient leur subsistance de la mer, affrontant à longueur d'année les périls de la haute mer et du littoral. Au milieu de cette vaste étendue maritime, dès qu'un péril menaçait les pêcheurs de Thu Luat ou de Vinh An, ils s'entraidaient pour échapper à la fureur des eaux. Au fil du temps, la solidarité s'est ancrée, donnant naissance à la communauté vaillante du village de Vinh Moc. »

Durant les années de la guerre de résistance contre l'agression américaine pour le salut national, Vinh Moc est devenue la ligne de front du Nord socialiste, un point d'enracinement stratégique pour le regroupement des vivres, des approvisionnements et des armes destinés à ravitailler par voie maritime l'île de Con Co et le front du Sud. En raison de cette position névralgique, dès août 1964, lors du déclenchement de l'escalade des bombardements contre le Nord, l'armée américaine s'est juré d'anéantir coûte que coûte le village de Vinh Moc.

À l'évocation du nom de Vinh Moc, les citoyens vietnamiens comme les visiteurs des quatre coins du monde songent immédiatement au site historique national spécial des tunnels de Vinh Moc. Parmi les milliers de mètres de galeries souterraines qui sillonnent la terre d'acier de Vinh Linh, les tunnels de Vinh Moc sont devenus une légende immortelle : un sanctuaire protecteur, nourricier et le berceau de l'espoir qui a permis à cette terre de rempart d’acier d'épanouir ses fleurs et de contribuer à la victoire finale.

C'est le 25 juillet 1965, à 7 heures précises du matin, que le premier coup de pioche a frappé la terre, marquant le début de l'imposant chantier souterrain. Tout au long des années de guerre, sous un déluge de bombes et d'obus, munis d'outils rudimentaires et alors qu'un villageois ne pouvait creuser en moyenne que 0,45 m³ de roche et de terre par jour, la ténacité et l'ingéniosité ont accompli l'exploit. Après 600 jours et nuits de labeur représentant plus de 18 000 journées de travail, l'armée et la population de Vinh Moc ont parachevé un réseau de galeries souterraines aménagé sur 3 niveaux, d'une longueur totale de 2 034 mètres.

Les tunnels de Vinh Moc disposent de 13 entrées, dont 6 donnent sur les collines et 7 ouvrent sur la mer. La galerie voûtée mesure 1,7 mètre de haut pour 1,2 mètre de large, s'enfonçant à une profondeur variante entre 15 et 23 mètres. Au cœur du réseau se trouve une salle de réunion d'une capacité de 50 personnes. Les branches secondaires abritent des alvéoles de 3 mètres de large aménagées en espaces de vie quotidienne.

Parmi les nombreux visiteurs arpentant ce site historique national spécial, M. Javier García, venu de Madrid (Espagne), confie : « Aujourd'hui, je visite les tunnels de Vinh Moc avec ma famille. Je suis véritablement stupéfait par la dimension gigantesque de cet ouvrage. J'éprouve une profonde admiration pour l'intelligence, la bravoure et la créativité du peuple vietnamien. »

Histoires au bord des vagues

Un matin, sur le littoral de ce village côtier, j'ai aperçu la silhouette frêle d'un homme marchant le long du rivage. De temps à autre, il s'arrêtait, le regard perdu vers le large. Là-bas, se découpant à l'horizon au-dessus des flots, l'île de Con Co se laissait deviner. Les pêcheurs locaux m'ont confié que cet homme se remémorait le souvenir de ses compagnons d'armes — ces 20 enfants d'élite du village de Vinh Moc tombés à jamais en mer lors des traversées héroïques pour ravitailler l'île de Con Co en armes et en vivres.

Il s'appelle Ho Van Triem (né en 1936), ancien capitaine ayant navigué sur la « voie sanglante » reliant Vinh Moc à l'île de Con Co au cours des années 1965-1966. Légitime fierté : sa famille comptait également son père, Ho Van Mo (né en 1900), et son frère aîné, Ho Van Ty (né en 1934), tous deux capitaines engagés sur cette artère de ravitaillement stratégique.

Ho Van Triem se souvient : « À cette époque, j'étais membre du bureau de l'Union de la jeunesse communiste de la commune. Dès que la décision a été prise d'organiser une flottille de transport de vivres et d'armes vers Con Co, je me suis porté volontaire. Mon frère aîné, Ho Van Ty, en était également capitaine. Lorsqu'il a été blessé et a succombé à ses blessures, je suis rentré consoler ma belle-sœur et mon père. Mon père m'a alors demandé : "Qui prend la barre du bateau de Ty maintenant ?" J'ai répondu que personne ne l'avait encore remplacé. Il s'est aussitôt adressé au Comité du Parti de la commune pour solliciter la succession de mon frère au commandement du navire à destination de Con Co. Quelle immense fierté d'appartenir à une famille dont le père et les deux fils ont tous servi comme capitaines sur les embarcations ravitaillant l'île d'acier de Con Co ! »

Quittant le village de Vinh Moc vers le sud, en longeant les filons rocheux qui bordent le littoral, nous croisons les soldats en uniforme vert du poste de garde-frontière de Cua Tung, en pleine tournée de patrouille.

Le lieutenant-colonel Le Thien Vu, commissaire politique adjoint du poste de garde-frontière de Cua Tung, confie avec fierté : « Le long de cette bande côtière s'étirant de Vinh Moc jusqu'à la rive nord de la rivière Ben Hai, chaque pouce de terre, chaque dune de sable blanc recèle une histoire empreinte d'humanité. Là même où est implanté le poste de garde-frontière de Cua Tung subsistent des ensembles de vestiges historiques qui témoignent des années sombres où le pays était divisé en deux régions, le Nord et le Sud : le poste de contrôle interarmées de Cua Tung, l'embarcadère A-Cua Tung, ainsi que le réseau de tunnels, de tranchées et de fortifications... Pour nous, gardes-frontières, au-delà de la mission sacrée de préserver la souveraineté maritime de la Nation, nous avons à cœur de servir de passerelle pour transmettre les valeurs historiques et humaines de nos aînés aux jeunes générations lors des visites guidées de ces "adresses rouges". »

De retour à Vinh Moc, je ressens l'empreinte singulière du village, ce cachet propre qui le distingue de tant d'autres localités côtières de la province de Quang Tri. À l'ouest du village s'étendent des terres fertiles de basalte rouge où verdoyent en toute saison des jardins de poivriers, des champs de riz, d'arachides et de maïs. Les ruelles du village, tracées en damier, sont soigneusement bétonnées. Les maisons, bâties en dur, arborent la couleur éclatante de leurs tuiles neuves. Cette terre ocre s'étire vers l'est pour venir mourir brusquement au ras des vagues.

« Après tant de péripéties historiques et de pertes causées par la guerre, les blessures de la terre et des habitants de Vinh Moc se sont aujourd'hui cicatrisées. Venir à Vinh Moc, c'est apprendre à aimer davantage... à mieux saisir la valeur de la vie et la préciosité de la paix. Les gens de ce village maritime sont simples et chaleureux ; ils s'encouragent mutuellement, main dans la main, à bâtir une patrie prospère, tout en veillant à préserver, protéger et valoriser les vestiges historiques de la Révolution ainsi que les traditions culturelles ancestrales qui font l'âme de notre village », partage M. Nguyen Tri Phương.

Sur cette terre entre mer et continent demeure intacte toute l'âme de Vinh Moc, tissée du passé au présent : les temples et sanctuaires dédiés aux pionniers fondateurs du village, le sanctuaire Co Ngu ainsi que le cimetière des baleines et des divinités marines protectrices des marins. Et sur la vaste grève rocheuse s'avançant dans la mer, les traces de l'ancien village de Vinh Moc se révèlent à travers les célébrations de la fête de la pêche (Lễ cầu ngư), organisée fidèlement à chaque pleine lune du cinquième mois lunaire

Back to top