Réveiller le potentiel touristique du géoparc de Phu Yen

Afin de répondre aux critères des géoparcs mondiaux de l’UNESCO, Dak Lak ambitionne de développer un modèle axé sur la conservation et centré sur les communautés locales. La province créera des itinéraires touristiques associant le patrimoine géologique à la culture locale pour concevoir des produits à forte valeur ajoutée.

La beauté poétique, majestueuse et sauvage de la falaise Da Dia, dans le géoparc de Phu Yen. Photo : VNA
La beauté poétique, majestueuse et sauvage de la falaise Da Dia, dans le géoparc de Phu Yen. Photo : VNA

La province de Dak Lak (au Centre) est en train de mettre en œuvre un projet visant à faire reconnaître le géoparc de Phu Yen en tant que géoparc mondial de l’UNESCO.

Cette initiative a pour objectif de préserver son riche patrimoine géologique, naturel, culturel et historique, tout en valorisant ces atouts pour promouvoir un tourisme durable, améliorer les conditions de vie des populations locales et mettre en valeur la partie orientale de la province.

Un géoparc riche en ressources naturelles et patrimoniales

Créé en 2024, le géoparc de Phu Yen s’étend sur près de 2 000 km² de terres et environ 1 000 km² de zones maritimes, couvrant 22 communes et quartiers de l’est de la province de Dak Lak. Il abrite des paysages remarquables tels que la lagune d’O Loan, la lagune de Cu Mong, la baie de Xuan Dai, l’îlot de Nhat Tu Son ou encore l’îlot de Yen, ainsi que des formations géologiques datant de plusieurs dizaines de millions d’années.

Le territoire conserve également un patrimoine culturel particulièrement riche, avec trois sites classés au patrimoine national spécial, 19 sites classés au patrimoine national, plus de 80 sites reconnus au niveau provincial et quatre patrimoines culturels immatériels nationaux.

Ses paysages côtiers et fluviaux ont façonné une culture originale, qui s’exprime à travers des fêtes traditionnelles, comme les cérémonies de vénération de la baleine et les courses de bateaux, ainsi que des arts du spectacle populaires tels que le bài choi (art traditionnel du Centre inscrit en 2017 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité), le tuông (théâtre classique avec chants et gestes).

Phu Yen abrite également divers groupes ethniques, notamment les Kinh, Hoa, Cham, E de et Bahnar. Les villages de métiers traditionnels, qui produit sauce de poisson, galettes de riz, bateaux-paniers, sel, poteries, nattes en jonc et brocarts, préservent des savoir-faire culturels tout en soutenant les moyens de subsistance locaux.

La rencontre entre patrimoine géologique, espaces maritimes et insulaires, culture et histoire confère au géoparc de Phu Yen une identité singulière.

Le Ghenh Da Dia ou Ganh Da Dia est une merveille géologique du géoparc de Phu Yen, dans la province de Dak Lak (Centre). Photo : VNA
Le Ghenh Da Dia ou Ganh Da Dia est une merveille géologique du géoparc de Phu Yen, dans la province de Dak Lak (Centre). Photo : VNA

Avis d’experts

Selon le géologue Tran Tan Van, ces atouts constituent des bases importantes pour permettre à Phu Yen de rejoindre le Réseau mondial des géoparcs de l’UNESCO.

« Un géoparc mondial de l’UNESCO est un modèle de développement socio-économique durable qui a un impact considérable sur l’ensemble des activités d’un territoire. Ce modèle respecte, préserve et valorise toutes les formes de patrimoine, avec une place centrale accordée au patrimoine géologique, tout en attachant une importance particulière aux liens entre celui-ci et les autres composantes patrimoniales », explique-t-il.

Malgré un potentiel considérable, le géoparc de Phu Yen n’a pas encore pleinement exploité sa valeur touristique.

Sur certains sites, les infrastructures destinées aux visiteurs demeurent limitées. L’exploitation touristique reste par ailleurs inégale, tandis que les récits liés à la géologie, à l’histoire et à la culture locales ne sont pas encore suffisamment mis en scène pour permettre aux visiteurs de mieux comprendre la profondeur et la singularité du territoire.

C’est précisément ce déficit qu’il faudra combler si le géoparc de Phu Yen veut non seulement rejoindre le réseau mondial, mais aussi devenir un modèle de développement durable.

Fort de son expérience dans la gestion d’un géoparc, Hoang Xuan Don, chef du Comité de gestion du géoparc mondial UNESCO du plateau karstique de Dong Van, dans la province de Tuyen Quang (au Nord), estime que Phu Yen dispose d’un patrimoine extrêmement riche, d’un réseau de transport favorable, ainsi que de nombreux métiers traditionnels et de marges importantes de développement touristique. L’enjeu réside désormais dans la manière de valoriser ces atouts.

« Le géoparc de Phu Yen possède tous les éléments patrimoniaux nécessaires à son développement. Il dispose également de ressources locales, portées par les habitants, pour les habitants et au bénéfice des habitants. La question qui se pose désormais est celle de la méthode. La province de Dak Lak doit avant tout investir dans les ressources humaines et les capacités locales », souligne Hoang Xuan Don.

L’enjeu ne consiste donc pas seulement à investir dans les infrastructures ou à concevoir de nouveaux produits touristiques. Il s’agit surtout de constituer des équipes capables d’identifier, de préserver, d’interpréter et de raconter le patrimoine, tout en faisant comprendre aux populations locales que celui-ci constitue une ressource de développement pour leur communauté.

Toujours selon Hoang Xuan Don, il est nécessaire de finaliser le dossier pour l’UNESCO et de renforcer la participation des communautés locales, tout en développant des villages d’artisans en lien avec le tourisme afin de créer des moyens de subsistance et de sensibiliser le public à la préservation du patrimoine.

. Avec près de 189 km de littoral, des îles au large, des falaises rocheuses, des plages, des lagunes et des baies, le géoparc de Phu Yen possède une grande richesse géologique, paysagère et culturelle, ainsi qu’une biodiversité remarquable. Photo : VOV
. Avec près de 189 km de littoral, des îles au large, des falaises rocheuses, des plages, des lagunes et des baies, le géoparc de Phu Yen possède une grande richesse géologique, paysagère et culturelle, ainsi qu’une biodiversité remarquable. Photo : VOV

De son côté, Trinh Hai Son, directeur de l’Institut des sciences géologiques et des ressources minérales et président de la sous-commission spécialisée sur les géoparcs mondiaux du Vietnam, affirme que Dak Lak doit agir de manière coordonnée, depuis la constitution du dossier scientifique jusqu’à la préservation du patrimoine et à la sensibilisation des populations.

« Il faudra d’abord préparer un dossier de qualité, avec la participation d’experts et de consultants. Ensuite, il faudra encourager la préservation des valeurs patrimoniales, en particulier du patrimoine géologique au sein du géoparc, et renforcer la sensibilisation de la population afin de créer, à terme, les conditions nécessaires au développement touristique. Il faut également élaborer un plan tenant compte du changement climatique afin d’assurer un développement durable du géoparc », précise-t-il.

C’est également la voie que la province de Dak Lak entend suivre dans la construction du géoparc de Phu Yen. L’objectif est de mettre en place un modèle de développement concret, fondé sur la préservation du patrimoine et plaçant les communautés locales au cœur du processus.

Sur cette base, la province prévoit de développer des circuits de découverte géologique, des activités d’écotourisme et d’immersion dans la nature, du tourisme communautaire, ainsi que des programmes éducatifs et scientifiques. Le patrimoine géologique sera associé à la culture, à la gastronomie, aux villages de métiers traditionnels et à l’agriculture afin de créer une chaîne de produits touristiques à plus forte valeur ajoutée.

La conservation comme fondement

Pour répondre aux critères des géoparcs mondiaux de l’UNESCO, la province de Dak Lak vise à développer un modèle fondé sur la conservation et centré sur les communautés locales.

Elle prévoit de créer des itinéraires touristiques axés sur la géologie, l’expérience, la communauté, l’éducation et la recherche, en associant le patrimoine géologique à la culture locale, à la gastronomie, aux villages d’artisans et à l’agriculture pour concevoir des produits touristiques à forte valeur ajoutée.

Huynh Vinh Ngoc, directeur du Comité de gestion du géoparc de Phu Yen, indique que son organisme met actuellement en œuvre un projet articulé autour de 12 missions prioritaires.

« Nous nous concentrons actuellement sur l’étude et la réévaluation globale du patrimoine géologique ainsi que de la biodiversité du géoparc, afin de constituer la base du dossier scientifique. Une fois les données et les preuves scientifiques réunies, nous organiserons des conférences scientifiques internationales, avant de consolider et d’achever le dossier qui sera soumis à l’UNESCO en 2027 », indique-t-il.

Le Comité de gestion du géoparc de Phu Yen promeut également la coopération et la formation, organise des conférences internationales et développe des activités touristiques et promotionnelles liées au géoparc.

L’adhésion au réseau de l’UNESCO n’aura véritablement de sens que si le patrimoine est préservé et devient une ressource au service des communautés locales. Lorsque les habitants bénéficient directement du patrimoine de leur territoire, ils deviennent aussi ses meilleurs gardiens.

C’est sur cette base que le géoparc de Phu Yen pourra à la fois rayonner à l’échelle internationale et devenir un moteur du développement durable de la région.

Le développement du géoparc de Phu Yen selon les critères de l’UNESCO relève d’une stratégie à long terme exigeant rigueur scientifique et consensus entre les autorités, les entreprises et les communautés.

L’objectif n’est pas simplement d’obtenir la reconnaissance de l’UNESCO, mais de préserver les valeurs patrimoniales, de créer des moyens de subsistance durables et de faire découvrir les atouts uniques de Phu Yen aux visiteurs nationaux et internationaux

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