Au cœur des massifs montagneux du nord de Tuyen Quang, le lac Na Hang apparaît comme un paysage où la majesté des reliefs se mêle à une remarquable sérénité. La beauté exceptionnelle des sites, la richesse de l'écosystème et le patrimoine culturel des communautés locales offrent à cette région des atouts rares pour le développement du tourisme.
L'enjeu n'est désormais plus seulement de mettre en valeur ces ressources, mais de les structurer en une véritable expérience touristique, suffisamment riche pour inciter les visiteurs à prolonger leur séjour, créer des moyens de subsistance durables pour les habitants et faire de Na Hang l'une des destinations emblématiques du Nord-Est du Vietnam.
Du paysage spectaculaire à une expérience touristique immersive
Le lac écologique de Na Hang, dont la superficie dépasse 8 000 hectares, se situe au sein de la réserve naturelle de Na Hang–Lam Binh. Cette région réunit un ensemble remarquable de paysages lacustres, de montagnes karstiques, de forêts primaires, de grottes, de cascades et d'écosystèmes abritant de nombreuses espèces rares de faune et de flore.
En 2018, la réserve naturelle de Na Hang–Lam Binh a été officiellement classée site national spécial, une reconnaissance qui constitue un fondement essentiel pour la préservation de ce patrimoine naturel tout en favorisant un développement touristique respectueux de l'environnement.
À l'occasion du programme de prospection et de mise en réseau des produits touristiques Hanoï – Tuyen Quang, organisé du 15 au 17 juillet 2026, plus de 60 agences de voyages ont découvert directement plusieurs destinations de la province, notamment l'itinéraire d'exploration de la réserve naturelle de Na Hang–Lam Binh.
Les participants ont notamment pratiqué le kayak sur le ruisseau Nam Chang, navigué sur les eaux du lac, découvert le piton rocheux Coc Vai Pha ainsi que la cascade Khuoi Nhi. Ces expériences illustrent le potentiel de création d'une offre touristique complète, combinant détente, activités de pleine nature, découverte des paysages et immersion dans la culture des communautés locales.
Cette évolution traduit également une nouvelle manière de valoriser les ressources naturelles. Un paysage exceptionnel peut attirer les visiteurs lors d'un premier voyage, mais il est difficile de générer une véritable valeur économique si l'expérience ne se limite qu’à une promenade en bateau suivie de quelques photographies avant le départ.
Pour encourager les touristes à passer une ou plusieurs nuits sur place, la destination doit proposer des activités variées tout au long de la journée.
La journée peut être consacrée au kayak, à la baignade sous les cascades, à la découverte de l'artisanat traditionnel ou de la gastronomie locale. En soirée, les villages peuvent accueillir des rencontres culturelles autour des chants Then ou Pao dung, ainsi que des échanges avec les habitants sur leur mode de vie et leurs traditions.
Lorsque le rythme des activités est conçu de manière cohérente, la durée moyenne des séjours s'allonge naturellement et les dépenses des visiteurs augmentent dans le même temps.
Na Hang possède également tous les atouts nécessaires pour développer une offre touristique adaptée aux différentes saisons. L'été se prête aux activités nautiques, à l'exploration des cascades et aux randonnées forestières. L'automne, lorsque les eaux du lac deviennent plus calmes, est particulièrement propice aux croisières, à la photographie et au camping. L'hiver, quant à lui, offre des conditions idéales pour un tourisme de détente et de bien-être, associé à la découverte de la gastronomie montagnarde.
En particulier au printemps, lorsque les poiriers fleurissent à Hong Thai, ou à l'automne, lorsque les rizières en terrasses se parent d'or, les croisières sur le lac peuvent être associées à des expériences d'agrotourisme et à la découverte de la culture des populations locales.
Placer le tourisme communautaire au cœur de l'offre touristique
La richesse culturelle des communautés vivant autour du lac constitue précisément l'élément qui permet à Na Hang de se distinguer des autres destinations.
Les habitants issus des ethnies Tay, Dao et de plusieurs autres minorités s’efforcent toujours de conserver leur architecture traditionnelle, leurs costumes, leur gastronomie, leurs savoir-faire textiles, leurs chants populaires ainsi que de nombreuses connaissances ancestrales étroitement liées à la forêt et aux ressources en eau.
De nombreuses associations culturelles consacrées aux chants Then, Coi, Pao dung ainsi qu'au tissage du brocart ont vu le jour dans plusieurs villages. Elles contribuent non seulement à préserver les pratiques culturelles traditionnelles, mais aussi à enrichir l'expérience proposée aux visiteurs.
Le tourisme communautaire doit occuper une place centrale dans l'écosystème des produits touristiques de Na Hang. Un homestay véritablement attractif ne se limite pas à offrir un hébergement : il doit permettre aux visiteurs de découvrir l'histoire de la maison, celle de la famille qui les accueille, la gastronomie locale, les savoir-faire artisanaux ainsi que le rythme de vie du village.
Les voyageurs peuvent participer à la préparation du dîner avec leurs hôtes, apprendre à confectionner des gâteaux traditionnels, s'initier au tissage du brocart, accompagner les habitants au marché ou dans les champs en terrasse, ou encore écouter les récits retraçant les transformations du village depuis le développement du tourisme.
La culture ne révèle toute sa richesse que lorsqu'elle est vécue dans son environnement authentique.
Faire de la qualité de la destination le véritable levier de développement
À l'issue des visites de terrain, les agences de voyages ont unanimement salué la beauté exceptionnelle des paysages de Na Hang, tout en soulignant plusieurs insuffisances concernant les infrastructures routières, les capacités d'hébergement, la protection de l'environnement, la qualité des services ainsi que la formation des ressources humaines.
Plusieurs établissements d'hébergement communautaire ne répondent pas encore aux exigences d'une clientèle internationale ou de voyageurs à fort pouvoir d'achat.
Les sanitaires, l'approvisionnement en eau potable, les équipements de prévention des incendies, les espaces communs ainsi que le niveau de confort des chambres restent encore insuffisamment harmonisés. Les écarts de qualité entre les différents établissements compliquent également le travail des voyagistes, qui peinent à garantir un niveau de prestations homogène dans leurs programmes.
Sur les sentiers menant aux cascades, aux belvédères ou aux embarcadères, la sécurité doit constituer une priorité absolue. Les panneaux de signalisation, les garde-corps, les lignes de sécurité, les gilets de sauvetage, les moyens de communication ainsi que les procédures de secours doivent faire l'objet de contrôles réguliers. Les pilotes de bateaux, les guides touristiques et les opérateurs d'activités de plein air doivent bénéficier d'une formation aux situations d'urgence plutôt que de s'appuyer uniquement sur leur expérience personnelle.
Pour les professionnels du tourisme, la beauté d'un paysage constitue certes un atout indispensable, mais seule la régularité de la qualité des services justifie l'intégration d'une destination dans les catalogues des voyagistes. Un simple incident lié à la sécurité, à l'hygiène alimentaire ou à l'accueil des visiteurs peut nuire à l'image de la destination.
La préservation de l'environnement représente un défi tout aussi essentiel. Le lac de Na Hang séduit par la limpidité de ses eaux, la densité de ses forêts et son caractère encore préservé. Les déchets plastiques charriés depuis l'amont, les bouteilles abandonnées sur les sites touristiques ou les eaux usées rejetées par certains établissements risquent toutefois d'altérer directement les principaux atouts de la destination.
La gestion environnementale doit donc être pensée à l'échelle de l'ensemble du bassin versant, avec une coordination étroite entre les communes riveraines et les territoires situés en amont.
S’orienter vers le développement du tourisme vert
Lors du colloque « Coopération et développement touristique Hanoï – Tuyen Quang 2026 », organisé le 17 juillet dans la commune de Na Hang, plusieurs représentants d'agences de voyages de Hanoï ont invité les autorités locales à privilégier un modèle touristique fondé sur la réduction des émissions, la limitation des déchets plastiques et la préservation des paysages.
Le tourisme vert ne peut se limiter à un slogan promotionnel ; il doit devenir un véritable mode de gestion de la destination.
Un hébergement durable se reconnaît à sa gestion des déchets et des eaux usées, à l'utilisation de matériaux locaux ainsi qu'à sa maîtrise des consommations d'eau et d'énergie. De la même manière, une croisière écologique suppose la réduction des objets en plastique, la limitation des nuisances sonores et l'interdiction de tout rejet dans le lac.
Pour rappel, le 15 avril 2025, le Premier ministre vietnamien a signé la Décision no 763/QĐ-TTg approuvant l’élaboration du plan directeur de conservation, de restauration et de mise en valeur du site national spécial de la réserve naturelle de Na Hang–Lam Binh.
Cette décision constitue un fondement juridique essentiel permettant à la province de mobiliser des ressources, de développer les infrastructures et de promouvoir un tourisme écologique étroitement associé à la préservation des milieux naturels, avec l'ambition de faire de Na Hang–Lam Binh un « joyau vert » du tourisme de montagne dans le nord du Vietnam.
Cette nouvelle étape ouvre d'importantes perspectives d'investissement, mais elle soulève également de nombreux défis. Na Hang a besoin d'établissements d'hébergement de qualité, de ports de plaisance, d'aires de repos, d'équipements de loisirs ainsi que d'une offre de services nocturnes.
Toutefois, ces aménagements devront impérativement respecter le relief naturel, les limitations de hauteur et de densité des constructions, ainsi que la capacité de charge de l'environnement.
Parallèlement, Na Hang devra être clairement intégrée dans la stratégie touristique globale de la nouvelle province de Tuyen Quang.
Depuis la réorganisation administrative, la province de Tuyen Quang dispose d'un patrimoine touristique particulièrement diversifié, allant de la zone historique nationale exceptionnelle de Tan Trao au lac Na Hang–Lam Binh, jusqu'au géoparc mondial UNESCO du plateau karstique de Dong Van, en passant par le col de Ma Pi Leng, Lung Cu, la rivière Nho Que et les rizières en terrasses de Hoang Su Phi.
Dans cet ensemble, Na Hang est appelée à devenir une destination privilégiée de tourisme écologique et de villégiature, venant compléter des itinéraires consacrés à la découverte du patrimoine historique, culturel et des paysages montagneux. Des circuits tels que Hanoï – Tan Trao – Na Hang – Lam Binh, Hanoï – Na Hang – Ba Be ou encore Hanoï – Na Hang – plateau karstique de Dong Van offrent un réel potentiel pour prolonger la durée de séjour des visiteurs, à condition que chaque étape propose une expérience spécifique et complémentaire.
Pour que ces itinéraires deviennent de véritables produits commercialisables, les autorités locales et les entreprises touristiques devront coordonner leurs actions afin d'élaborer des programmes communs, d'harmoniser les tarifs, de définir des normes de qualité des services et de mettre en place des mécanismes de partage des flux de visiteurs.
La promotion touristique devra également s'accompagner d'informations concrètes sur les modalités de réservation, les calendriers de départ, les prix et l'ensemble des prestations proposées.
En définitive, la qualité d'une destination touristique dépend avant tout des femmes et des hommes qui la font vivre. Bateliers, propriétaires de homestay, guides, commerçants et habitants sont les premiers narrateurs de l'histoire de leur territoire. Lorsqu'ils connaissent la valeur exceptionnelle de leur environnement, qu'ils sont fiers de leur patrimoine culturel et qu'ils font preuve d'un professionnalisme exemplaire, chaque rencontre avec un visiteur devient un puissant vecteur de promotion, bien plus convaincant que n'importe quelle campagne de communication.