Aide à la rénovation des logements, soins médicaux et développement des moyens de subsistance
En 1999, lors d’un déplacement professionnel à Hanoi, Susan Hammond a rencontré une famille vietnamienne qu’elle connaissait et qui comptait deux enfants aux destins très différents.
L’aînée était née avant que son père ne parte combattre dans le Sud du Vietnam. Elle avait ensuite poursuivi ses études à l’Université Columbia, aux États-Unis. Son frère cadet, né après la guerre, souffrait de graves handicaps physiques et cognitifs, nécessitant une prise en charge permanente.
Cette rencontre a amené Susan à s’interroger sur les séquelles de la guerre, toujours présentes au sein des familles vietnamiennes.
Susan est la fille d’un ancien combattant américain qui a effectué deux missions au Vietnam. Son père est par la suite atteint de la maladie de Parkinson. Les réalités qu’elle a découvertes au Vietnam, conjuguées à son expérience familiale, l’ont amenée à s’intéresser aux conséquences à long terme de l’agent orange/dioxine.
Susan s’est rendue au Vietnam pour la première fois en 1991, puis y est retournée en 1996 pour apprendre le vietnamien avant de participer aux activités du Fonds pour la réconciliation et le développement. Elle a ensuite lancé, avec ses collaborateurs, le War Legacies Project (Projet sur les séquelles de la guerre), consacré à la réparation des dommages humains et environnementaux causés par la guerre. En 2008, ce programme est devenu une organisation indépendante.
Dans le cadre de War Legacies Project, Susan Hammond et son équipe ont mis en œuvre de nombreux programmes d’aide aux personnes handicapées au Vietnam, notamment par l’intermédiaire du Fonds Bob Feldman.
Les frères Tran Hoai Phu et Tran Hoai Phi (province de Dong Nai, au Sud du Vietnam), figurent parmi les bénéficiaires du Fonds. Atteints de handicaps moteurs, ils rencontrent de grandes difficultés dans leurs déplacements et leurs activités quotidiennes. Malgré cela, ils ont ouvert chez eux des cours de soutien scolaire destinés aux enfants du voisinage.
En 2012, le quotidien américain The Minnesota Star Tribune rapportait que le Fonds Bob Feldman leur avait fourni des fauteuils roulants électriques et des ordinateurs, facilitant leurs déplacements et leur permettant de poursuivre leurs activités d’enseignement.
Dans une lettre de remerciement citée par le journal, les deux frères expliquaient que ces fauteuils leur permettaient désormais de se déplacer seuls dans leur maison, de sortir jouer avec leurs jeunes neveux et nièces, de profiter de la brise et de contempler la lune. Des gestes simples qui leur étaient auparavant difficiles à accomplir.
Le Fonds porte le nom de Bob Feldman, un ancien combattant américain ayant servi à la base de Bien Hoa en 1970. Il est décédé en 2006 d’un cancer que ses médecins estimaient susceptible d’être lié à son exposition à l’agent orange durant son service au Vietnam.
Après le décès de son mari, Nancy Feldman a créé un fonds à son nom, consacrant les indemnités liées à la maladie de celui-ci à l’aide aux familles vietnamiennes touchées par l’agent orange. Elle a continué à y verser les prestations de veuvage auxquelles elle avait droit, avec le soutien de sa famille, de ses amis et d’autres personnes sensibles à cette cause.
Grâce au Fonds Bob Feldman, de nombreuses familles ont bénéficié d’aides à la rénovation de leur logement, aux soins médicaux, à l’éducation et au développement de leurs moyens de subsistance.
Dans un témoignage publié en novembre 2025 sur le site Legacies of War, Susan a notamment partagé des photos de buffles et de bovins offerts à des familles de l’ancienne province de Quang Nam. Pour les foyers qui consacrent une grande partie de leur temps aux soins d’un proche lourdement handicapé, l’élevage peut constituer une source de revenus complémentaire, accessible depuis le domicile.
Selon Susan, en novembre 2025, le Fonds avait aidé plus de 680 familles au Centre du Vietnam à prendre soin d’enfants lourdement handicapés.
Parmi les cas qui l’ont particulièrement marquée figure celui d’une jeune Vietnamienne née sans bras et présentant des malformations aux jambes. Le War Legacies Project a financé sa scolarité dès la maternelle. En 2025, elle était en dernière année de lycée et montrait un réel talent pour la peinture.
De nombreux anciens combattants américains sont également retournés au Vietnam pour contribuer à la réparation des séquelles de la guerre. Charles « Chuck » Searcy est l’un d’eux.
En 1966, Chuck s’est engagé dans l’armée américaine avant d’être envoyé au Vietnam. De retour aux États-Unis, il a rejoint le mouvement des anciens combattants opposés à la guerre. Depuis 1995, il vit à Hanoi, où il consacre une grande partie de son temps aux activités humanitaires et à la réparation des séquelles du conflit.
Des amis internationaux aux côtés des victimes de l’agent orange
Chuck est l’un des membres actifs de la section 160 de l’organisation Veterans For Peace (Anciens combattants pour la paix). Cette section a participé au soutien de plusieurs établissements prenant en charge les victimes de l’agent orange au Vietnam.
À Da Nang, la section 160 a contribué au financement de la réfection du toit d’un établissement relevant de l’Association des victimes de l’agent orange/dioxine. Elle a également soutenu la création d’un atelier de fabrication d’encens, associé à des formations professionnelles.
Au Village de l’amitié du Vietnam, à Hanoi, la section a participé à la construction d’un terrain de jeux pour les enfants touchés par l’agent orange et apporté son soutien aux activités de soins. L’organisation a également accordé des bourses pour des formations professionnelles et des études universitaires aux enfants de deux familles comptant des victimes de l’agent orange, afin de leur permettre de poursuivre leur scolarité et, à terme, d’aider leurs proches.
Chuck a aussi pris part directement aux programmes de soutien à l’élevage et coopéré avec l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange/dioxine. Il s’est également engagé aux côtés du projet RENEW, dans la province de Quang Tri, qui œuvre à la dépollution des restes explosifs de guerre, à l’aide aux personnes touchées et à la prévention des accidents auprès de la population.
Chaque année, la section VFP160 offre des vélos aux élèves défavorisés à Quang Tri, à Hue et à Da Nang, en les remettant aux établissements scolaires bénéficiaires.
Chuck Searcy est également cofondateur du projet RENEW, consacré au déminage dans la province de Quang Tri. Cette région, autrefois théâtre de combats particulièrement violents, porte encore les traces du conflit, avec des engins explosifs enfouis dans le sol qui continuent de représenter un danger pour la population.
Une coopération pour réparer les séquelles de la guerre
Outre les initiatives individuelles et les actions des organisations humanitaires, le Vietnam et les États-Unis ont mis en place plusieurs programmes de coopération visant à remédier aux conséquences de l’agent orange/dioxine, à soutenir les personnes handicapées et à traiter la pollution environnementale.
Depuis 2019, le ministère vietnamien de la Défense a chargé le Centre national d’action pour la réparation des conséquences des substances chimiques toxiques et de l’environnement (NACCET) de coopérer avec l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) dans le cadre de programmes destinés à améliorer la qualité de vie des victimes de l’agent orange/dioxine.
Ces activités sont menées dans plusieurs provinces fortement touchées par les épandages, notamment Quang Tri, l’ancienne province de Thua Thien Hue (aujourd’hui la ville de Hue), l’ancienne province de Quang Nam (désormais rattachée à la ville de Da Nang), l’ancienne province de Binh Dinh (aujourd’hui dans la province de Gia Lai), l’ancienne province de Kon Tum (aujourd’hui dans la province de Quang Ngai), l’ancienne province de Binh Phuoc (aujourd’hui dans la province de Dong Nai), ainsi que Tay Ninh et Ca Mau.
Le programme bénéficie d’une aide publique américaine non remboursable de 65 millions de dollars, complétée par une contribution vietnamienne de 75 milliards de dongs.
Après l’achèvement, en 2018, du projet de traitement de la pollution à la dioxine sur l’aéroport de Da Nang, les deux parties ont poursuivi leur coopération sur le site de l’aéroport de Bien Hoa, dans la province de Dong Nai, l’une des zones où subsiste une importante pollution à la dioxine héritée de la guerre.
Le 23 septembre 2026, le ministère vietnamien de la Défense et l’ambassade des États-Unis au Vietnam ont signé des accords visant à poursuivre leur coopération pour traiter la pollution à la dioxine sur le site de Bien Hoa et améliorer la qualité de vie des personnes handicapées.
Selon les informations présentées lors de la cérémonie de signature, environ 41 hectares de terrain sur l’aéroport de Bien Hoa ont été déclarés dépollués conformément aux normes applicables au projet.
Les États-Unis apporteront une aide non remboursable supplémentaire pour financer les travaux de dépollution restants.
Les deux parties ont également signé un accord prévoyant une aide non remboursable de 91 millions de dollars pour un projet de soutien aux personnes handicapées, quelle que soit l’origine de leur handicap.
Le programme porte notamment sur les soins de santé, la réadaptation fonctionnelle, l’assistance sociale et l’inclusion communautaire. Des activités supplémentaires seront déployées à Ca Mau et à Quang Ngai.