À partir de ces premières collaborations, il a noué des liens durables avec des organisations et des amis vietnamiens.
En février 2024, Aris Alip est revenu au Vietnam pour retrouver ceux qui l’avaient accompagné dans la création du Fonds Tình Thương (Fonds de l’Amour). Ces retrouvailles ont ravivé les souvenirs d’un parcours de coopération amorcé dans les années 1990.
« Tao yêu mày (Je t’aime) » : les débuts du Fonds Tình Thương
Aris Alip est le fondateur et président honoraire de CARD MRI, l’un des principaux réseaux d’institutions de microfinance des Philippines. En adaptant au contexte philippin l’expérience de la banque Grameen, au Bangladesh, il a non seulement développé le modèle de la microfinance dans son pays, mais aussi activement partagé son expérience avec le Vietnam.
Au début des années 1990, alors que la microfinance était encore peu connue, Aris Alip est arrivé au Vietnam en qualité d’expert en crédit. Il a travaillé directement avec plusieurs organisations partenaires, notamment l’Union des femmes vietnamiennes, les associations de femmes de Hô Chi Minh-Ville, de Huê et de Soc Trang, l’Association des horticulteurs de Hô Chi Minh-Ville et la Fédération du travail de Hô Chi Minh-Ville.
En 1992, alors qu’il travaillait pour l’organisation CIDSE, il a exercé les fonctions de conseiller en crédit, chargé de projets dans le Sud du Vietnam, avant d’étendre ses activités au Laos et au Cambodge. Il a vécu près de quatre ans au Vietnam, où il a été témoin direct des transformations économiques et agricoles survenues pendant la période du Renouveau (Đổi mới).
Parmi les organisations avec lesquelles il a collaboré figurait la Fédération du travail de Hô Chi Minh-Ville, qui avait créé en 1991 le Fonds de soutien aux travailleurs pauvres pour l’auto-emploi (CEP), afin de faciliter l’accès au crédit des travailleurs défavorisés et de les aider à développer leurs moyens de subsistance.
Dans le cadre de sa participation aux programmes de développement au Vietnam, Aris Alip a aidé l’Union des femmes vietnamiennes à mettre en œuvre des activités visant à accroître les revenus tout en intégrant la planification familiale pour les femmes pauvres de Soc Trang et de Ha Tay. Ce travail a contribué à faire émerger l’idée d’un fonds de crédit destiné aux femmes pauvres, posant ainsi les bases de la création du TYM.
Une anecdote amusante liée aux débuts de son travail au Vietnam concerne l’origine du nom TYM.
Selon une histoire souvent racontée, lors d’une mission dans la province de Hau Giang, Aris Alip discutait avec des responsables de l’association locale des femmes de son souhait de créer un fonds de prêt détenu et géré par cette organisation. À cette occasion, un ami nommé Triêu lui a appris trois mots vietnamiens : « Tao yêu mày », une expression familière signifiant « Je t’aime ». Le lendemain, lorsqu’il a rencontré la présidente de l’Union des femmes de Hau Giang, il l’a saluée avec enthousiasme en utilisant précisément cette expression.
Cette anecdote pleine d’humour a inspiré le nom initial du projet : le fonds « Tao Yêu Mày », abrégé en T.Y.M.
Ce nom a également marqué les esprits lors du Dialogue Grameen à Dacca, au Bangladesh. Lorsque Truong My Hoa (ancienne vice-presidente du Vietnam) est arrivée pour participer à cette rencontre, les organisateurs l’ont présentée comme venant du fonds « Tao Yêu Mày ». Toute la salle s’est alors levée pour applaudir. Par la suite, Aris Alip a présenté le projet, qui a obtenu une subvention de 17 800 dollars du Fonds fiduciaire de la communauté asiatique du Japon (ACT).
Le nom du fonds a ensuite été changé en Tình Thương (Amour), une appellation plus adaptée à l’expression vietnamienne, tout en conservant le sigle TYM.
Au-delà de son soutien technique, Aris Alip a également mis en relation des partenaires internationaux, contribuant ainsi à permettre au TYM d’accéder à des ressources financières, à une expertise technique et à des expériences diversifiées. Des délégations de l’Union des femmes vietnamiennes et du TYM ont également pu étudier les modèles Grameen et CARD, créant des liens de coopération qui se sont maintenus au fil des années.
Grâce à cet appui technique et à ces échanges d’expériences internationales, le TYM a lancé un programme pilote en 1992, avant de développer progressivement son envergure et sa capacité à servir les communautés. Les cadres vietnamiens se sont approprié les méthodes de la microfinance, les ont adaptées au contexte local, puis ont élaboré des procédures opérationnelles et organisé des groupes de femmes bénéficiant de prêts et d’une épargne pour développer l’économie familiale.
En 1998, le TYM est devenu une entité indépendante relevant du Présidium du Comité central de l’Union des femmes vietnamiennes. En 2010, la Banque d’État du Vietnam lui a accordé une licence d’exploitation, faisant de lui la première institution de microfinance professionnelle du pays.
Parti de petits prêts, le TYM est devenu une institution de microfinance au service de centaines de milliers de clients. Cette évolution est le fruit des efforts de plusieurs générations de cadres et de membres, ainsi que du soutien de partenaires internationaux, dont Aris Alip. Son expertise, ses mises en relation avec des partenaires et le partage de son expérience au cours des premières années ont contribué à établir les fondations d’une activité pérenne pour le TYM.
Après son séjour professionnel au Vietnam, Aris Alip a continué à apporter son expertise à Catholic Relief Services (CRS), à la Croix-Rouge danoise et à Oxfam America. Entre 2009 et 2012, il a également dirigé à plusieurs reprises des missions dans le cadre d’un projet de la Banque asiatique de développement (BAD), mené en coordination avec la Banque d’État du Vietnam, afin de développer la microfinance et de permettre aux institutions du secteur d’obtenir une licence officielle.
En 2012, l’État vietnamien lui a décerné l’Ordre de l’Amitié en reconnaissance de sa contribution à l’amitié et à la coopération avec le Vietnam.
Des graines d’espoir
En février 2024, Aris Alip est revenu au Vietnam avec son épouse et des amis de lycée de celle-ci. Ce voyage lui a donné l’occasion de redécouvrir les transformations du pays où il avait vécu et travaillé pendant près de quatre ans.
Il a eu le plaisir de retrouver Do Thi Tan, première directrice du TYM, Pham Hoai Giang, ancienne responsable des relations internationales de l’Union des femmes vietnamiennes, ainsi que d’autres personnes qui l’avaient accompagné dans les premières années de la création de l’organisation. Ils ont pu évoquer ensemble les années consacrées à la mise en place d’un programme de crédit destiné aux femmes pauvres.
Le TYM est devenu un pilier sur lequel les femmes peuvent s’appuyer pour développer leurs activités économiques. Photo : thoidai.com.vn
Lors d’un dîner avec la direction du TYM, Aris Alip a écouté Pham Thi Thuy Linh, directrice générale de l’organisation, lui présenter les résultats obtenus. À cette époque, le TYM servait environ 206 000 clients dans 22 agences, pour un encours total de prêts d’environ 2 700 milliards de dôngs. L’organisation avait également commencé à engager sa transformation numérique afin d’améliorer son efficacité opérationnelle et de faciliter l’accès de ses clients aux services.
Aris Alip s’est réjoui du développement du TYM, en particulier des résultats obtenus par les différentes générations de cadres vietnamiens. À partir de petits prêts accordés à ses débuts, l’organisation a étendu ses activités et propose désormais des services d’épargne ainsi que des programmes de soutien aux femmes, aux familles et aux communautés.
Au 30 juin 2026, le TYM comptait 23 agences et servait 228 950 clients, avec un encours total de prêts supérieur à 3 529 milliards de dôngs. Ces résultats témoignent du développement d’un modèle de microfinance que les cadres vietnamiens se sont approprié, ont adapté et ont fait perdurer au fil des générations.
À la suite de son retour au Vietnam en 2024, Aris Alip a adressé ses remerciements à ses amis du TYM pour leurs efforts constants en vue d’améliorer les conditions de vie de la population. Il a comparé les acteurs du développement à des jardiniers qui sèment de petites graines d’espoir.
« Rien ne garantit que les graines que nous avons semées prendront racine. Mais nous persévérons, car, comme tout bon jardinier, nous cultivons l’espoir », a-t-il écrit.