Fonds de la culture et des arts : une nouvelle étape pour les industries créatives vietnamiennes

L’autorisation accordée par l’Assemblée nationale pour expérimenter la création de Fonds de la culture et des arts selon le modèle de partenariat public-privé marque une évolution notable de la pensée stratégique en matière de développement culturel au Vietnam.

Une représentation artistique à l’occasion de la fête Ky Yên organisée dans des sites historiques et maisons communales. Photo : VNA.
Une représentation artistique à l’occasion de la fête Ky Yên organisée dans des sites historiques et maisons communales. Photo : VNA.

Au-delà de l’optimisme suscité par la perspective d’un mécanisme financier plus efficace, les spécialistes du secteur et les acteurs culturels y voient surtout une opportunité de poser les bases d’un véritable marché culturel, capable de soutenir durablement la création artistique et de transformer la culture en moteur de croissance nationale.

Les experts considèrent qu’une industrie culturelle ne peut se développer de manière pérenne en reposant uniquement sur les soutiens initiaux de l’État. Dans cette perspective, les fonds de soutien jouent le rôle de « capital d’amorçage », tandis que le marché culturel constitue l’environnement indispensable permettant aux initiatives créatives de se développer, de se diffuser et de générer de nouvelles valeurs.

Depuis plusieurs années, les industries culturelles vietnamiennes sont reconnues comme un secteur à fort potentiel. Toutefois, l’écart demeure important entre ce potentiel et leur contribution réelle à l’économie nationale.

Pour les observateurs, le développement des industries culturelles ne peut se limiter au soutien ponctuel des artistes ou au financement de projets isolés. La priorité est désormais de construire un marché culturel moderne et dynamique, dans lequel les produits culturels circulent librement, les droits de propriété intellectuelle sont efficacement protégés, les entreprises sont encouragées à investir et les créateurs peuvent vivre durablement de leur activité.

Cette orientation apparaît clairement dans la Stratégie de développement des industries culturelles vietnamiennes à l’horizon 2030, avec une vision jusqu’en 2045, approuvée par le Premier ministre dans la Décision n°2486/QĐ-TTg du 14 novembre 2025.

Dans le même esprit, la Résolution n°28/2026/QH16 de l’Assemblée nationale sur le développement de la culture vietnamienne accorde une attention particulière à la promotion des marchés culturels et à l’expérimentation de nouveaux modèles d’activités culturelles liés aux plateformes numériques, notamment les musées ouverts, les théâtres mobiles ou encore les bibliothèques numériques.

Pour de nombreux spécialistes, ces évolutions traduisent un changement profond dans la perception du rôle de la culture. Celle-ci est progressivement intégrée à la dynamique de l’économie créative, de l’innovation technologique et de la concurrence internationale. Plusieurs pays ont déjà emprunté cette voie afin de transformer la culture en levier d’influence et de rayonnement international.

La République de Corée est fréquemment citée comme un exemple emblématique en Asie. Le rayonnement mondial de la « Hallyu » ne repose pas uniquement sur des investissements massifs dans le cinéma ou la musique, mais sur la mise en place d’un écosystème cohérent associant formation des talents, innovation technologique, stratégie de communication et réseaux de diffusion mondiaux. Chaque produit culturel s’inscrit dans une chaîne de coopération étroite entre l’État, les entreprises et le marché, créant à la fois de la valeur économique et une influence culturelle internationale.

Plusieurs experts soulignent que les ressources financières ne constituent qu’une première étape et que l’enjeu principal réside désormais dans la création d’un environnement culturel cohérent et structuré. L’une des principales difficultés identifiées concerne l’absence d’un marché intermédiaire professionnel capable d’assurer efficacement la connexion entre créateurs, producteurs, distributeurs et publics.

Le prof. associé-docteur Bui Hoai Son estime que le Vietnam dispose d’atouts majeurs grâce à ses talents créatifs et à la richesse de son identité culturelle, mais manque encore de mécanismes suffisamment solides pour relier la création artistique au marché et bâtir un écosystème durable. Selon lui, même les politiques les plus ambitieuses ne pourront produire pleinement leurs effets sans un réseau étroit associant décideurs, gestionnaires culturels, organisations professionnelles, artistes, médias, publics et acteurs économiques.

La question des droits d’auteur dans l’environnement numérique constitue également un enjeu majeur. Si les technologies numériques ouvrent de nouvelles perspectives pour les industries culturelles, elles rendent également plus complexe la protection de la propriété intellectuelle, ce qui peut affaiblir la confiance des investisseurs. Les experts considèrent qu’en l’absence d’un marché transparent et respectueux des droits d’auteur, il sera difficile de bâtir une industrie culturelle solide et compétitive.

Le Dr Nguyên Huy Phong a souligné que le développement des industries culturelles devait s’accompagner de la construction d’un marché culturel sain et de mécanismes favorisant l’innovation, tout en préservant l’identité nationale face aux risques de commercialisation excessive.

Les spécialistes estiment enfin que l’équilibre entre identité culturelle et logique de marché sera déterminant pour l’avenir des industries culturelles vietnamiennes. Un marché dépourvu d’identité risquerait de produire des contenus uniformisés et peu compétitifs, tandis qu’une culture déconnectée des réalités du marché resterait confinée à un espace limité. Dans cette perspective, la réussite de l’expérimentation des Fonds de la culture et des arts, associée à la structuration d’un marché culturel professionnel, pourrait ouvrir une nouvelle phase de développement pour la culture vietnamienne et renforcer durablement sa contribution au développement national.-

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