Près de 30 ans après avoir reçu de la France la technologie de la fécondation in vitro (FIV), les médecins vietnamiens ont, pour la première fois, transféré à leur tour une technique de procréation médicalement assistée vers le pays qui les avait initialement formés.
Cet événement marque non seulement une avancée scientifique majeure, mais aussi une étape importante dans le développement de la médecine vietnamienne, ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques pour les patients vietnamiens et internationaux.
Transfert de la technique de maturation ovocytaire in vitro
Début avril 2026, la professeure associée Vuong Thi Ngoc Lan, rectrice adjoint de l’Université de médecine et de pharmacie de Ho Chi Minh-Ville, ainsi que le maître de conférences Le Hoang Anh du laboratoire de l’hôpital My Duc, se sont rendus en France pour accompagner le transfert de la technique de maturation ovocytaire in vitro en deux étapes (IVM 2 phases) à l’hôpital Saint-Joseph de Marseille.
Responsable scientifique du programme, la professeure Vuong Thi Ngoc Lan a souligné que cette collaboration répondait à la volonté des équipes françaises de développer une méthode plus sûre, moins invasive et plus efficace pour les patientes. Elle a également insisté sur l’importance d’une formation pratique sur site afin de garantir une parfaite maîtrise de cette technique.
Il y a quatre ans, des médecins français s’étaient déjà rendus au Vietnam pour étudier ce modèle innovant d’IVM biphasique, avant de réunir les conditions nécessaires à son implantation en France.
Une coopération scientifique à double sens
La docteure Isabelle Koscinski, biologiste à l’hôpital Saint-Joseph, a raconté avoir été encouragée à se rendre au Vietnam pour apprendre cette technique après les recommandations du professeur belge Johan Smitz.
Après avoir découvert les résultats présentés par des experts vietnamiens lors d’un congrès à Milan en 2022, elle s’est fortement intéressée à cette approche visant à réduire la stimulation hormonale tout en optimisant la qualité ovocytaire. Elle a ensuite suivi une formation au Vietnam en décembre 2022 et obtenu le soutien de son établissement pour développer le projet en France.
La mise en œuvre du projet de recherche OPKAPAMIV, qui prévoit le suivi de 30 patientes sur une période de trois ans, a nécessité quatre années de préparation. Celles-ci ont notamment inclus l’obtention des autorisations réglementaires françaises ainsi qu’une étroite coordination entre les équipes du Vietnam, de Belgique et de France.
En avril 2026, les premières ponctions ovocytaires ont été réalisées à l’hôpital Saint-Joseph de Marseille avec la participation directe de médecins vietnamiens, marquant ainsi le lancement effectif du projet.
Selon la docteure Koscinski, la coopération avec les spécialistes vietnamiens a été déterminante pour le succès de cette phase initiale.
La technique d’IVM biphasique permet de prélever des ovocytes immatures, de les faire mûrir en laboratoire, puis de procéder à la fécondation et au transfert embryonnaire sans stimulation ovarienne intensive.
Elle est particulièrement indiquée pour les patientes atteintes du syndrome des ovaires polykystiques, pour les femmes présentant une faible réponse ovarienne, ainsi que dans les situations nécessitant une préservation de la fertilité avant un traitement anticancéreux.
Un symbole de coopération franco-vietnamienne dans la médecine
Selon le consul général de France à Ho Chi Minh-Ville, Étienne Ranaivoson, ce transfert de technologie illustre l’évolution de plus de 30 ans de coopération médicale entre les deux pays, passée d’un modèle unidirectionnel à un véritable échange d’expertise.
Il a souligné que près de 3 000 médecins vietnamiens formés en France constituent une base solide pour renforcer davantage les partenariats bilatéraux dans le domaine de la santé.