Jadis, cette terre était fière d’abriter trois grandes lignées d’images populaires : les estampes du village Sinh, les panneaux calligraphiés du village Chuon et les estampes du village Tay Ho. Cependant, les transformations historiques ont profondément affecté ces héritages.
Les estampes du village Tay Ho ont disparu depuis plus de 80 ans. Quant aux panneaux calligraphiés du village Chuồn, ils se sont éteints peu après la disparition de leur dernier artisan, Huynh Ly, il y a plus d’une décennie.
Seules les estampes du village Sình subsistent encore, mais dans une situation extrêmement fragile, reposant désormais sur un unique artisan, Ky Huu Phuoc.
Cette réalité souligne l’ampleur des pertes culturelles et l’urgence de préserver ces savoir-faire.
Face à ce constat, un projet de renaissance des panneaux calligraphiés du village Chuon a été lancé, malgré des obstacles majeurs : absence d’artisans, disparition des matrices originales.
Pour surmonter ces difficultés, Duc et ses collaborateurs ont parcouru de nombreux villages spécialisés dans l’imagerie populaire tels que Hang trong, Dong Ho, Kim Hoang et Sinh, afin de rassembler les fragments de mémoire encore existants.
Leur travail de reconstitution a abouti début janvier 2026 à la présentation d’un nouvel ensemble de matrices gravées sur bois, restauré avec le concours d’artisans du village Thanh Lieu.
Parmi les œuvres recréées figure une grande calligraphie du caractère « Phúc », ornée de motifs des quatre créatures sacrées (dragon, licorne, tortue et phénix), accompagnée d’un couplet parallèle traditionnel : « Thiên địa tam dương thái / Càn khôn vạn sự xuân ». Le tout est gravé sur du bois de thị, aux teintes dorées, avec une finesse remarquable dans chaque détail.
Selon Duc, ce projet ne se limite pas à la restauration d’un produit artisanal. Il vise également à combler les lacunes de la mémoire culturelle de Hue, en redonnant vie à des formes artistiques autrefois florissantes.
L’ambition est d’aller au-delà de la simple conservation muséale : ces patrimoines doivent être réintégrés dans la vie contemporaine, retrouver leur éclat et continuer à évoluer.
Cette démarche reflète une vision dynamique du patrimoine, considéré non comme un vestige figé du passé, mais comme une entité vivante, capable de s’adapter et de renaître.
Elle souligne également le rôle central des individus et des communautés dans la transmission des savoir-faire traditionnels.
Dans un contexte de modernisation rapide, les villages de métiers traditionnels représentent ainsi des « patrimoines vivants », où se croisent mémoire, identité et créativité.
Leur sauvegarde ne dépend pas uniquement des politiques culturelles, mais aussi de l’engagement concret des artisans, des chercheurs et des passionnés qui œuvrent pour préserver et réinventer ces héritages.