Au village de Yên (commune de Tay Phuong, Hanoï), les battements de tambour de la troupe de marionnettes sur eau résonnent à chaque saison de fête, comme un rappel vibrant de la valeur de l'héritage laissé par les ancêtres.
Derrière les scènes animées à la surface de l'eau se cachent le dévouement sans faille des artisans et la relève créative des jeunes, qui s’efforcent jour et nuit de préserver « l’âme » de cet art traditionnel.
Un patrimoine ancestral et une flamme de passion inaltérable
Pour l’Artiste émérite Khuong Xuan Dang, les marionnettes sur eau ne sont pas seulement une forme d'art populaire, mais une partie intégrante de l'identité de sa terre natale, une valeur spirituelle transmise de génération en génération.
Il raconte qu'autrefois, les anciens pratiquaient cet art avec une grande simplicité, utilisant leurs voix naturelles pour captiver le public. C'est cette authenticité qui a forgé la vitalité propre aux marionnettes sur eau rurales.
« Le théâtre de marionnettes sur eau est un héritage légué par nos pères. En tant qu'héritiers, nous avons le devoir de le protéger, de le préserver et de le promouvoir pour les générations futures », confie-t-il.
Il ajoute que malgré les contraintes de la vie quotidienne, de nombreux jeunes du village ont choisi ces dernières années de mettre de côté leurs activités personnelles pour participer bénévolement aux représentations lors des festivals, conscients de la valeur de cet art séculaire.
Selon lui, la transmission de cet art exige avant tout de la passion. Une fois engagé, il faut vivre pour cet art et créer pour lui, tout en veillant scrupuleusement à ne pas dénaturer son essence traditionnelle. La force de la troupe de Yen réside précisément dans cette créativité constante sur un socle traditionnel immuable.
Khuong Xuan Dang cite en exemple la scène « La danse des fées à la porte de Lanh ». Si autrefois, la technique consistait à faire danser deux fées sur une poutre en bois, les jeunes de la troupe ont innové en mettant en scène huit fées célestes et quatre fées aquatiques, créant ainsi une image des « Huit Immortels » (Bát Tiên) bien plus dynamique et esthétique. « C'est une prouesse créative remarquable », souligne-t-il avec fierté.
La créativité respecte la tradition
L'artisan Khuong Xuan Dang est également l'initiateur de l'introduction du « Hát văn » (chant de culte), et des rituels du « Hầu đồng » (médiumnité) dans le répertoire des marionnettes sur eau. Il a mis les jeunes au défi de transposer ces performances scéniques dans le milieu aquatique.
Le succès fut au rendez-vous. Ce nouveau tableau a surpris de nombreux visiteurs, offrant une expérience à la fois sacrée et inédite à la surface de l'eau.
S’il est passionné, Khuong Xuan Dang n'en demeure pas moins un maître exigeant. Chaque réplique, chaque rythme doit être répété jusqu'à la perfection. Pour lui, tout laxisme dans l'apprentissage ne peut conduire qu'à un « produit défectueux ».
Si Khuong Xuan Dang est celui qui entretient la flamme, Nguyen Van Thanh, manipulateur au sein de la troupe, incarne la relève par sa maîtrise technique moderne. Ce dernier confie que son attachement à cet art ne relève pas de l'intérêt économique, mais d'un profond sens des responsabilités envers ses racines.
« Auparavant, les anciens manipulaient quatre ou cinq figurines ; aujourd'hui, je peux en animer sept ou huit. Les mouvements sont plus fluides et le niveau de difficulté est accru. Ces innovations permettent de conserver l'âme traditionnelle tout en rendant le spectacle plus attractif pour le public contemporain », explique Nguyen Van Thanh.
Malgré les difficultés financières et le fait qu'aucun membre ne puisse vivre exclusivement de cet art, les 28 membres de la troupe du village de Yen continuent, par leur passion, de faire vibrer le tambour des marionnettes sur eau.