Chaque mardi soir, dans un petit espace situé au 25 rue Le Loi, à Hue, les sons délicats de la cithare et du luth résonnent à nouveau avec douceur. Ici, ni billets d’entrée ni scène sophistiquée : seulement des artistes, des artisans et des amoureux de chant de Hue (ca Huê) réunis pour préserver l’un des « souffles vitaux » du patrimoine culturel.
Depuis plus de quatre décennies, ces passionnés cultivent silencieusement leur amour pour le chant de Hue avec une ferveur intacte et un profond sens des responsabilités envers la culture traditionnelle.
Selon Vo Que, président du club de chant de Hue, l’association a été officiellement fondée le 20 août 1983.
Aujourd’hui, après 43 années d’activité, le club poursuit avec persévérance de nombreux programmes destinés à rapprocher le chant de Hue du grand public.
Au-delà du secteur touristique, les artisans introduisent également cet art dans les écoles et les établissements religieux afin de mieux diffuser cette tradition musicale.
« Le programme de chant de Hue de musique de chambre, organisé au 25 Le Loi, et maintenu sans interruption depuis 2013, est devenu un rendez-vous familier pour les amoureux du patrimoine. C’est aussi un espace où les élèves du primaire peuvent découvrir le chant de Hue et mieux comprendre l’héritage culturel de leur région », partage Vo Que.
Selon lui, « l’âme » du chant de Hue naît avant tout de l’amour pour la terre natale et pour Hue. L’ancienne capitale impériale, avec ses paysages poétiques et ses habitants doux et bienveillants, a créé un environnement culturel unique propice à la préservation des valeurs traditionnelles. C’est ce cadre particulier qui a nourri l’art du chant de Hue au fil des siècles.
Apparu au XVIe siècle et issu de la musique de cour impériale, le chant de Hue a accompagné de nombreuses générations d’artistes et d’artisans.
Aujourd’hui, ceux qui consacrent leur vie à cet art se réjouissent de voir de plus en plus de jeunes se tourner vers ce patrimoine.
« Nous sommes très heureux de rapprocher le chant de Hue du public de la capitale et de voir les jeunes l’accueillir avec enthousiasme et respect », confie Vo Que.
Celui-ci évoque également une histoire intéressante illustrant les échanges culturels entre le Nord et le Centre du Vietnam.
Dans les années 1920, deux poètes originaires du Nord, A Nam Tran Tuan Khai et Tan Da Nguyen Khac Hieu, ont composé plusieurs œuvres inspirées des mélodies du chant de Hue.
Ces créations sont encore interprétées aujourd’hui par les artistes de Hue. Pour Vo Que, cela témoigne du rayonnement durable de cette forme artistique.
Dans le contexte de la vie moderne, la plus grande préoccupation des passionnés du chant de Hue reste de transmettre aux jeunes la compréhension et l’amour de ce patrimoine.
Vo Que aime rappeler ce proverbe : « On ne peut aimer profondément ce que l’on ne comprend pas. »
Ainsi, préserver la musique traditionnelle suppose de permettre aux jeunes générations d’y avoir accès, d’écouter, de découvrir les instruments, les mélodies et l’espace de représentation.
« Plus il y aura d’activités et de lieux d’échange, plus les jeunes auront l’occasion de se rapprocher du patrimoine. Les valeurs traditionnelles demeurent toujours la source vitale qui nourrit la vie contemporaine », affirme-t-il.
Partageant cette même préoccupation, l’artiste émérite Kim Vang, qui a enseigné plus de vingt ans à l’Académie de musique de Hue, estime que le chant de Hue risque de disparaître progressivement s’il n’est pas transmis et préservé de manière méthodique.
Selon elle, créer des espaces de représentation, d’apprentissage et d’expérimentation pour les jeunes constitue la meilleure manière de raviver la vitalité de cet héritage.
« Notre plus grand bonheur est de porter nos chants et nos mélodies à travers toutes les régions du pays, du Nord au Sud », confie Kim Vang.
Huê accueille aujourd’hui de nombreux festivals, des programmes de valorisation des artisans ainsi que diverses activités consacrées au chant de Hue.
Les représentations sur la rivière des Parfums comme les concerts de musique de chambre possèdent chacune une identité singulière. Toutefois, les artistes espèrent désormais que le dossier du chant de Hue sera prochainement inscrit par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel.
Chez les jeunes générations, la passion pour le chant de Hue continue de se transmettre sous des formes nouvelles.
Nguyen Lương Ngoc Khanh, jeune musicien du club, raconte qu’il a grandi au son du chant de Hue, au point que cette musique « s’est imprégnée en lui ». Cet amour l’a conduit à apprendre les instruments et à poursuivre la tradition familiale.
Après une formation académique, il s’est consacré à une étude plus approfondie du chant de Hue tout en cherchant à renouveler cet art afin de l’adapter au souffle contemporain.
Selon lui, la musique traditionnelle doit évoluer avec son époque, mais toute innovation doit s’appuyer sur le respect de son essence originelle.
« Nous voulons donner au chant de Hue un visage plus moderne, mais il faut absolument préserver son caractère ancien et l’âme du patrimoine », explique-t-il.
Depuis la création du club de musique de chambre, sa famille reste très attachée à ce lieu.
De nombreux jeunes membres du club sont les enfants d’artisans expérimentés. Certains fréquentaient déjà les répétitions dès l’âge de trois ou quatre ans avec leurs parents et sont aujourd’hui devenus les principaux interprètes des spectacles.
Au départ, il ne s’agissait que d’une découverte, avant que la passion ne s’installe naturellement.
« Ce qui pousse les jeunes à rester fidèles au chant de Hue ne relève pas seulement de la scène ou des revenus. Le plus important reste l’ardeur à préserver et à valoriser cet héritage », affirme Khanh.
Le chant de Hue de musique de chambre constitue en particulier une forme musicale savante exigeant une technique extrêmement raffinée : des paroles au phrasé, jusqu’aux ornements vocaux, tout demande finesse et maîtrise.
Le chant de Hue nécessite bien plus que quelques années d’apprentissage ; il faut parfois une décennie entière de travail acharné.
Cette exigence explique aussi pourquoi le nombre d’élèves et d’étudiants qui choisissent cette voie diminue aujourd’hui. Malgré cela, les jeunes artistes continuent de préserver « l’essentiel » : une interprétation authentique, avec des voix et des instruments joués en direct dans un espace intimiste, afin de maintenir une relation de proximité avec le public.
Outre les représentations en direct, le club utilise également des plateformes comme Facebook et YouTube pour diffuser le chant de Hue auprès d’un large public jeune.
Pour eux, préserver le patrimoine ne signifie pas l’enfermer dans le passé, mais trouver les moyens de lui permettre de continuer à vivre dans la société contemporaine.
Au cœur du rythme effréné de la vie moderne, les chants du chant de Hue continuent de résonner doucement sur la rivière des Parfums, dans une petite salle au bord de l’eau ou à travers l’écran d’un téléphone portable…
Derrière ces mélodies se cachent d’innombrables personnes qui entretiennent silencieusement la flamme afin que « l’âme de Huê » ne s’efface jamais avec le temps.