Les données numériques du patrimoine
En 2003, des spécialistes italiens de l'Université de Milan, en collaboration avec l'Institut de physique du Vietnam, ont mené une étude sur les groupes de tours G et L du sanctuaire de My Son au moyen d'une prospection magnétique, afin d'examiner les structures architecturales enfouies sous le sol.
Puis, en avril 2024, des experts de l'Université de Varsovie (Pologne), en coopération avec le Conseil de gestion du patrimoine culturel mondial de My Son, ont procédé au balayage de l'ensemble du site à l'aide de la technologie LiDAR. Cette opération a permis de rechercher les vestiges et les ruines archéologiques dissimulés sous la végétation, d'identifier l'état de la topographie de surface ainsi que les évolutions du site. Les résultats obtenus se sont révélés particulièrement encourageants.
Depuis plusieurs années, la plupart des projets de restauration à My Son commencent par une étude détaillée de l'état des monuments. Toutefois, pour des édifices vieux de plusieurs siècles, les relevés manuels, les plans en deux dimensions ou les photographies traditionnelles ne répondent plus aux exigences actuelles en matière de précision et d'archivage. L'utilisation des technologies numériques est ainsi devenue indispensable.
Grâce aux systèmes de scanner laser 3D, aux drones et à la photogrammétrie, les données relatives à l'état de chaque monument sont collectées avec une précision et une exhaustivité remarquables. Ces technologies permettent d'enregistrer et de restituer fidèlement la forme, les dimensions et la structure de chaque édifice avec une marge d'erreur minimale.
À titre d'exemple, dans le cadre du projet de conservation et de restauration des groupes de tours E et F, lancé en 2025, les experts indiens ont utilisé la photogrammétrie et le balayage 3D afin de créer des modèles numériques tridimensionnels de chaque tour avant et après les travaux. Cette approche permet de visualiser facilement l'ensemble des volumes architecturaux tout au long du projet.
Selon Nguyen Van Tho, chef du département de la Conservation et du Musée au sein du Conseil de gestion du patrimoine culturel mondial de My Son, les applications numériques ont permis de constituer des dossiers techniques très détaillés, reflétant avec précision chaque brique, chaque pan de mur, les motifs décoratifs, les bas-reliefs, les fissures, les déformations ainsi que le degré d'altération des monuments.
« Grâce à la numérisation, il est facile de connaître les dimensions, la forme et l'état général de chaque tour ou objet patrimonial, ainsi que les évolutions qu'ils subissent. Nous pouvons comparer l'état des structures et même de chaque fissure au fil du temps, afin de détecter très tôt les moindres changements. En outre, les dossiers numériques permettent de conserver de manière systématique toutes les informations sur l'état des monuments, les relevés, les travaux de restauration, les matériaux employés et l'historique des interventions réalisées sur chaque élément. Ils constituent ainsi une base essentielle pour la gestion, la conservation et la valorisation du patrimoine à long terme », explique M. Tho.
Un appui précieux aux travaux de restauration
À ce jour, la quasi-totalité des tours-temples de My Son ainsi qu'environ 200 objets patrimoniaux majeurs ont été numérisés et scannés en 3D.
La numérisation permet d'améliorer considérablement la précision des décisions en matière de conservation. Les experts peuvent simuler différents scénarios techniques, évaluer la résistance des structures après intervention, anticiper les risques de déformation et sélectionner la solution la plus adaptée avant toute intervention sur le terrain.
Selon Nguyen Cong Khiet, directeur du Conseil de gestion du patrimoine culturel mondial de My Son, pour les monuments effondrés ou fortement dégradés, les modèles numériques permettent de déterminer avec précision leur position d'origine grâce à l'analyse de leur géométrie, de leurs dimensions et des traces d'assemblage encore visibles. Cette méthode réduit au minimum les risques de reconstruction erronée ou de modification des éléments authentiques du monument.
À l'issue de chaque chantier de restauration, l'ensemble des informations relatives aux travaux, aux matériaux utilisés, aux zones consolidées, aux résultats des contrôles techniques et à l'état des ouvrages est intégré dans une base de données numérique. Ainsi, chaque groupe de tours dispose désormais d'un dossier électronique permettant de suivre l'évolution des structures au fil du temps et d'élaborer des stratégies de conservation à long terme.
Le 8 juillet dernier, lors d'une rencontre avec la vice-présidente du Comité populaire de la ville de Da Nang, Nguyen Thi Anh Thi, l'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de l'Inde au Vietnam, Tshering Wangchuk Sherpa, a indiqué qu'en plus de poursuivre le financement du projet de restauration des groupes de tours E et F jusqu'à la période 2025-2029, le gouvernement indien s'était engagé à accorder 1,4 million de dollars pour la réalisation du Centre d'information du patrimoine culturel mondial de My Son.
Pour Nguyen Cong Khiet, ce projet donnera naissance à l'un des centres d'exposition les plus modernes du pays, fondé sur le concept de « patrimoine numérique intelligent ». Celui-ci intégrera, au sein d'un même écosystème, la conservation numérique grâce aux jumeaux numériques (digital twins), au LiDAR, au HBIM et à l'intelligence artificielle, la recherche scientifique reposant sur des bases de données ouvertes et l'analyse numérique, ainsi que l'éducation et la médiation culturelle au moyen de la réalité virtuelle (VR), de la réalité augmentée (AR), des hologrammes et d'espaces interactifs immersifs.
Le projet prévoit également la mise en place d'un système intelligent de gestion du patrimoine reposant sur l'Internet des objets (IoT), les systèmes d'information géographique (SIG/GIS) et un dispositif de surveillance en temps réel. Il permettra non seulement de mieux valoriser les résultats obtenus dans la restauration des groupes de tours H, K, A, E et F au cours des dix dernières années, mais aussi de créer un centre moderne d'interprétation du patrimoine, contribuant à faire de My Son un modèle de référence pour la conservation et la valorisation du patrimoine cham grâce aux technologies numériques, au Vietnam comme dans la région.
Selon Dang Khanh Ngoc, directeur de l'Institut pour la conservation des monuments (ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme), les technologies numériques ouvrent aujourd'hui une nouvelle approche de la conservation du patrimoine, notamment pour l'élaboration des dossiers, leur traitement et la numérisation de chaque étape des travaux de restauration. Sur le site de My Son, cette évolution est d'autant plus essentielle qu'elle permettra de préserver durablement la valeur universelle exceptionnelle du sanctuaire, tout en répondant aux nouvelles exigences de la conservation patrimoniale.