Une épopée aux confins de la mer
Le voyage à Truong Sa (au Centre du Vietnam) avec la délégation n°10 à bord du navire KN490 n’était pas seulement une traversée agitée, mais un périple menant droit au cœur de la patrie.
Au milieu de l’immensité du ciel et de la mer, le drapeau rouge à étoile jaune flottant au vent n’était pas un simple symbole, mais le battement commun de millions de cœurs vietnamiens.
Debout sur le pont, le regard tourné vers les plateformes, les îles émergées et submergées, j’ai compris que la « souveraineté » n’avait jamais été une notion abstraite. Elle est tangible, vivante et sacrée dans chaque parcelle de terre, chaque vague, et dans ceux qui, jour et nuit, la protègent avec détermination.
Les soldats de Truong Sa portent en eux une grandeur née des choses les plus simples. Loin du continent, loin de leurs familles, au milieu d’innombrables épreuves, leurs sourires restent éclatants, leurs poignées de main fermes et leurs regards empreints d’une foi inébranlable. Face à eux, je me suis senti humble devant une force tranquille d’une rare intensité.
Le moment le plus émouvant fut la cérémonie en hommage aux héros et martyrs tombés pour la défense de la souveraineté maritime et insulaire. Au cœur d’une mer paisible, lorsque les couronnes de fleurs furent déposées sur les eaux profondes, le temps sembla suspendu. La musique grave et mélancolique n’était pas qu’un son, mais une mémoire, une perte, un rappel éternel de ne jamais oublier. Ce jour-là, la mer était calme, mais les cœurs étaient agités de vagues invisibles.
Truong Sa ne suscite pas seulement l’émotion, elle forge aussi une volonté. Celle d’agir de manière plus concrète, afin que les sacrifices ne soient pas seulement commémorés, mais prolongés par des actions tangibles. Depuis ces avant-postes maritimes, j’ai emporté avec moi une foi dans une science au service de l’humanité - la conviction que la science doit servir l’homme, surtout dans les conditions les plus extrêmes.
À Truong Sa, les déchets plastiques et les vieux pneus peuvent être transformés en aérogel, un matériau ultraléger capable d’isoler, de filtrer l’eau et de capter l’humidité pour produire de l’eau douce. La valeur suprême de la science ne réside pas dans les laboratoires, mais dans sa capacité à améliorer la vie, à permettre l’autonomie et à aider l’homme à tenir bon au milieu de l’océan.
Retour aux sources de la nation
En quittant Truong Sa, mon voyage ne s’est pas arrêté, mais a continué vers un ancrage plus profond : les racines de la nation au temple des rois Hung (dans la province de Phu Tho, au Nord du Vietnam).
Dans l’atmosphère sacrée de la fête commémorative des rois Hung, chaque pas pour offrir de l’encens semblait ralentir, permettant à l’âme de se recueillir face au flot de milliers d’années d’histoire. Plus de bruit des vagues, plus de vent marin, seulement le silence pour se confronter à l’histoire, aux ancêtres et à soi-même.
Devant les esprits des rois Hung, je n’ai pas seulement offert de l’encens en témoignage des étapes déjà franchies, mais j’ai ressenti plus profondément que jamais le sens et tout le poids du mot « compatriote ».
Selon la légende de Lac Long Quan et Au Co, nous sommes nés d’une même poche de cent œufs, partageant une origine commune, un même sang, un même souffle de vie et une responsabilité continue envers la patrie à travers les générations.
Tout ce que nous faisons aujourd’hui - qu’il s’agisse de recherche scientifique, d’éducation ou même des contributions les plus discrètes - est une manière d’exprimer notre gratitude envers le passé. Cette origine constitue un socle solide permettant à chaque Vietnamien, où qu’il soit dans le monde, de toujours avoir un lieu sacré vers lequel se tourner.
Si Truong Sa éveille la volonté, le Temple des rois Hung renforce la foi. La foi que chaque action d’aujourd’hui ne concerne pas seulement le présent, mais s’inscrit dans la continuité de milliers d’années d’histoire. La foi que la tradition de « boire de l’eau en se souvenant de sa source » n’est pas seulement un souvenir, mais une force motrice, une norme pour agir.
Et à partir de cet ancrage, le voyage entre dans une nouvelle phase - celle de l’action.
Semer l’espoir et bâtir aux confins frontaliers
Porté par la fierté issue de la terre des ancêtres et la volonté forgée en mer, mon voyage s’est poursuivi vers la région frontalière de Lang Son. Si Truong Sa est le lieu où l’on éprouve une volonté d’acier, Lang Son apparaît comme une terre qui appelle à des actions concrètes. Je n’y suis pas venu seulement pour observer, mais pour apporter, modestement, ma contribution à son développement.
À l’école primaire de Dong Dang, j’ai rencontré des sourires limpides, des regards lumineux et des salutations polies, empreintes de sincérité. C’est ici que j’ai compris que l’avenir du pays n’est pas une abstraction lointaine, mais qu’il se trouve dans les yeux de ces enfants aux confins de la patrie, dans leur aspiration à apprendre, à s’élever et dans leur foi profonde en l’avenir. À travers leurs regards, j’ai entrevu l’image d’un Vietnam qui grandit avec résilience.
Mais la foi, à elle seule, ne suffit pas. Elle doit se traduire en actions. Et à Lang Son, le cercle du savoir et de la responsabilité s’est refermé par des initiatives concrètes.
Lors d’une séance de travail avec les autorités provinciales, avec le soutien du Comité d’État chargé des Vietnamiens résidant à l’étranger, j’ai eu l’occasion de partager des solutions technologiques permettant de transformer des sous-produits agricoles, tels que l’ananas, en matériaux à haute valeur ajoutée. Ce qui semble voué au rebut peut être recréé en nouvelles ressources. À partir de régions encore confrontées à de nombreux défis, il est possible d’ouvrir des voies vers un développement durable.
Ce n’est pas seulement une question de technologie, mais une réflexion sur la manière de transformer le savoir en valeur concrète, de relier l’intelligence globale aux besoins locaux afin que la technologie produise des effets positifs réels sur le terrain. C’est aussi une manière pour chaque Vietnamien, où qu’il se trouve, de contribuer au parcours du pays.
Avancer avec fierté
Truong Sa m’a enseigné la résilience et a forgé ma détermination. La Terre des Ancêtres, à Phu Tho, m’a rappelé la valeur de la gratitude envers nos origines, nourrissant ma force intérieure. Et la région frontalière de Lang Son m’a montré la portée des aspirations et de l’action concrète.
Ce voyage n’est plus une succession de destinations isolées, mais un flux continu, allant de l’émotion à la conscience, puis de la conscience à l’action.
Je suis reconnaissant envers les soldats de Truong Sa, qui m’ont appris la résilience. Je suis reconnaissant envers les racines de la nation, qui m’ont offert un solide ancrage spirituel. Et je suis reconnaissant envers les habitants des régions frontalières, qui m’ont donné l’occasion de contribuer, même modestement.
Au terme de ce périple, je porte avec moi une conviction claire : le Vietnam n’est pas seulement défendu par la volonté aux avant-postes maritimes, ni seulement préservé et transformé par ses racines profondes, mais il est aussi construit chaque jour, par une créativité constante, à travers des actions concrètes, persévérantes et responsables.
Truong Sa, la Terre des Ancêtres ou les régions frontalières ne sont plus lointaines. Car tout cet amour et cette responsabilité résident désormais dans le cœur et accompagnent chaque pas vers l’action. Et ce voyage, lui, se poursuit encore.
Duong Minh Hai,
Maître de conférences à l' Université nationale de Singapour