Après 45 jours de fouilles, 88 objets découverts au fort de Chon Sang et au relais de Nam Chon, dans le quartier de Hai Van, à Da Nang, ont été remis au Musée de Da Nang pour être conservés et étudiés.
Fait notable, les archéologues ont découvert au fort de Chon Sang une statue ou un bas-relief en grès, dont le revers présente des traces d’écriture cham. Au vu des caractéristiques des caractères et du style sculptural, les spécialistes estiment provisoirement que cette pièce remonterait aux VIIIe-IXe siècles et pourrait appartenir à la culture du Champa.
Des vestiges enfouis
Le Comité de gestion des sites historiques et paysagers de Da Nang, en coordination avec l’Institut d’archéologie et le Musée de Da Nang, a organisé la remise des objets découverts lors des fouilles du fort de Chon Sang et du relais de Nam Chon.
Menées en urgence sur décision du Service municipal de la Culture, des Sports et du Tourisme, les fouilles ont débuté le 25 mai 2026 sur une superficie totale de 600 m², soit 300 m² sur chacun des deux sites. Il s’agit de la première fouille archéologique menée sur ces deux vestiges.
Au relais de Nam Chon, les fouilles ont mis au jour le mur d’enceinte extérieur, le fossé défensif, plusieurs niveaux de soutènement en pierre de l’enceinte intérieure, ainsi que les vestiges d’une porte et d’une voie d’accès. À l’intérieur ont également été découverts des fondations en pierre, un sol dallé de briques et des bases de colonnes en pierre.
Ces structures permettent de mieux comprendre l’ampleur et l’organisation d’un ouvrage qui remplissait à la fois une fonction de relais de poste et une fonction défensive.
Au fort de Chon Sang, les archéologues ont découvert les fondations de l’édifice central, des bases de colonnes, des fosses de fondation, plusieurs niveaux de soutènement en pierre et un escalier de 13 marches en pierre, ainsi que deux vestiges identifiés comme des postes de garde. Ces éléments témoignent d’une adaptation du site au relief et de son rôle dans le contrôle de la route impériale traversant la région de Hai Van.
Un espace historique aux multiples strates
L’histoire du site s’étend sur plusieurs périodes, révélées par les objets découverts. Selon le Dr Pham Van Trieu, chef du Département d’archéologie historique de l’Institut d’archéologie, certains objets seraient plus anciens et pourraient être liés à la période de la dynastie des Tran et à l’espace historique associé à la princesse Huyen Tran. Cette hypothèse devra toutefois être approfondie et vérifiée.
Un groupe d’objets datant du XVIIe siècle comprend notamment des bols et des objets en grès. Il pourrait être lié à l’ancien village de Chon Sang Tay, mentionné par Le Quy Don dans son ouvrage Phu bien tap luc (Chroniques diverses sur la pacification des zones frontalières). Les objets des XVIIIe-XIXe siècles seraient, pour leur part, liés à la période où la dynastie des Nguyen a construit et renforcé le dispositif de défense de la région de Hai Van et de Da Nang.
Au relais de Nam Chon, des céramiques chinoises de l’époque des Qing ont également été découvertes, apportant de nouvelles données sur les échanges commerciaux le long de l’axe Da Nang-Hoi An-Hue.
Parmi ces découvertes, le bas-relief de Chon Sang constitue un élément particulièrement remarquable. Selon l’Institut d’archéologie, ses caractéristiques épigraphiques et stylistiques permettent d’en situer provisoirement la réalisation aux VIIIe-IXe siècles.
Le Dr Pham Van Trieu estime qu’il s’agit du plus ancien bas-relief du Champa découvert à ce jour sur le territoire de l’ancien Da Nang. Cette découverte ne saurait toutefois être considérée comme une preuve définitive de l’existence d’un ouvrage du Champa à Chon Sang. L’origine et le contexte initial de la pièce doivent encore être étudiés.
Une hypothèse veut que le bas-relief ait été transporté depuis la région de Xuan Duong, Nam O, jusqu’à Chon Sang. Toutefois, les vestiges du Champa déjà identifiés à Xuan Duong sont actuellement datés des XIe-XIIe siècles, soit trois à quatre siècles plus tard que la datation provisoire du bas-relief de Chon Sang. Cet écart invite à la prudence avant de relier ces vestiges à un même lieu ou à une même période historique.
Un maillon sur l’axe de Hai Van
Le fort de Chon Sang et le relais de Nam Chon se trouvent au pied du col de Hai Van, sur la route impériale Nord-Sud et dans le dispositif de défense de la baie de Da Nang sous la dynastie des Nguyen.
Les documents de la ville montrent que ces deux sites témoignent du dispositif de défense de la zone de Hai Van et sont également liés aux affrontements entre les forces de la dynastie des Nguyen et la coalition franco-espagnole de 1858 à 1860.
La valeur de Nam Chon et de Chon Sang tient à la fois à leur emplacement et à leurs structures. Les chercheurs soulignent que les deux sites conservent encore des éléments permettant d’en comprendre l’organisation, notamment les enceintes, fossés, fondations, ouvrages de soutènement en pierre et postes de garde. Le relais de Nam Chon constitue en outre un vestige rare du réseau de relais de poste de la route impériale Nord-Sud.
À l’issue des fouilles, 88 objets ont été sélectionnés et remis au Musée de Da Nang, dont 10 provenant de Chon Sang et 78 de Nam Chon. Huit d’entre eux ont été restaurés. Le lot comprend également les dossiers scientifiques, les inventaires et les fiches consacrées aux objets représentatifs.
Le Musée de Da Nang procédera à leur enregistrement, leur classement et leur numérisation, ainsi qu’aux mesures de conservation appropriées. Les pièces présentant une valeur particulière continueront d’être étudiées et confrontées aux sources disponibles avant d’être progressivement exposées. Les technologies numériques, notamment la 3D, seront également envisagées pour la recherche et la valorisation du patrimoine. Surtout, les structures architecturales conservées sur place constituent une part irremplaçable du patrimoine et doivent être préservées au même titre que les objets transférés au musée.
En septembre 2026, la ville de Da Nang a effectué une étude de terrain et défini les orientations pour protéger et valoriser les deux sites, tout en poursuivant l’élaboration du dossier scientifique en vue de leur classement au niveau municipal. Le conseil d’évaluation a également examiné leur valeur, leur caractère représentatif et l’authenticité des documents, des cartes et des résultats des fouilles.
Les couches archéologiques au pied de Hai Van offrent ainsi un nouvel éclairage sur l’histoire de Da Nang. Elles témoignent de la présence ancienne de la culture du Champa, de différentes périodes d’échanges et d’occupation, puis de l’organisation des relais et du dispositif de défense mis en place par la dynastie des Nguyen le long de la route impériale. Ces découvertes contribuent à reconstituer l’histoire d’un territoire stratégique entre Hue et Da Nang.
La nouvelle campagne de fouilles n’a révélé qu’une partie des deux sites. Leur valeur à long terme dépendra de la poursuite des recherches et de leur préservation in situ.
Lorsque ces témoignages seront replacés dans leur contexte historique, le patrimoine ne sera plus seulement conservé sous forme de fondations de pierre ou d’objets en réserve. Il pourra devenir une source permettant au public de mieux comprendre comment ce territoire s’est formé, connecté et défendu au fil des siècles.