Ce résultat confirme une fois de plus l'attrait de la cuisine vietnamienne, tout en offrant l'opportunité de valoriser la gastronomie comme un atout culturel régional vivant, enrichissant ainsi l'expérience des voyageurs au cours de leur découverte du Viêt Nam.
La cuisine vietnamienne affirme avec assurance sa propre identité
La gastronomie vietnamienne bénéficie d'une reconnaissance et d'une appréciation croissantes de la part de la communauté internationale. Lors des World Culinary Awards, le Vietnam s'est vu décerner le titre de « Meilleure destination gastronomique d'Asie » en 2022 et en 2025.
Rien qu'en 2025, la rubrique CNN Travel a classé le bánh mì vietnamien parmi les 25 meilleurs sandwichs au monde ; Hanoi a été élue « Meilleure destination urbaine émergente de la gastronomie en Asie » ; tandis que dans le classement des 100 meilleures cuisines du monde publié par TasteAtlas, véritable cartographie culinaire mondiale, le Vietnam figurait au 16ᵉ rang.
Gwendal Poullennec, directeur international du Guide Michelin, souligne que la cuisine vietnamienne affirme son identité avec une assurance grandissante, portée par une jeune génération de chefs formés à l'étranger qui choisissent de revenir au pays. Ces derniers créent des mets inspirés des produits locaux, des souvenirs culturels et de la fierté nationale.
Bien que chaque distinction repose sur des critères spécifiques, la présence régulière du Vietnam sur la scène culinaire internationale témoigne d'un avantage concurrentiel considérable.
Le Quang Tuan, titulaire d’un master, membre du secrétariat du conseil de rédaction de la revue Vietnam Travel, estime que le plébiscite du Vietnam comme première destination gastronomique mondiale par les lecteurs de NZ Herald Travel en 2026 constitue un signal très encourageant. Mais plus encore que le premier rang obtenu, c'est le regard porté sur la gastronomie en tant que patrimoine culturel et levier de compétitivité pour le tourisme national qui importe.
Selon lui, la force de la cuisine vietnamienne réside dans son ancrage local et son lien étroit avec la vie quotidienne. Les visiteurs peuvent explorer une immense palette d'expériences, allant des marchés traditionnels, des échoppes de rue et des gargotes locales jusqu'aux tables de haute cuisine.
Chaque région dévoile ses propres saveurs, ses ingrédients, ses techniques de préparation et son récit culturel. C'est précisément cette diversité et cette authenticité qui créent une attractivité difficilement réplicable par d'autres nations.
Les tendances actuelles du voyage confirment cet engouement culinaire. L'étude Leisure Travel Study 2026 menée par l'organisme américain TravelBoom révèle que 79,8 % des personnes interrogées considèrent la gastronomie comme un critère important ou très important dans le choix de leur destination, tandis que 65,8 % manifestent un intérêt marqué pour la cuisine de rue.
Par ailleurs, les travaux de l'Organisation des Nations unies pour le tourisme (UN Tourism) et de la World Food Travel Association indiquent que les dépenses de restauration représentent entre 25 et 35 % du budget total d'un séjour.
Ces dépenses génèrent des recettes directes pour le secteur touristique tout en dynamisant l'économie nocturne, les industries culturelles et l'économie régionale, tout en prolongeant la durée de séjour des visiteurs.
Cet avantage s'avère d'autant plus stratégique que la fréquentation touristique internationale au Vietnam poursuit sa progression : au cours des sept premiers mois de l'année 2026, le pays a accueilli 13,9 millions de visiteurs internationaux, soit une hausse de 13,8 % par rapport à la même période en 2025.
Selon l'Office général des statistiques (relevant du ministère des Finances), la beauté des paysages naturels, la richesse culturelle, la gastronomie, la diversité de l'offre touristique, la simplification des politiques de visa et un coût de la vie abordable constituent les atouts majeurs qui façonnent l'attractivité de la destination Viêt Nam.
Relier les atouts culinaires en un itinéraire captivant
En dépit d'un potentiel remarquable, la simple possession de spécialités culinaires savoureuses et renommées ne suffit pas à garantir un produit touristique gastronomique performant.
Selon Lê Quang Tuan, le Vietnam doit opérer une mutation stratégique en passant d'une logique de « promotion des plats » à celle de « valorisation de la destination par la culture gastronomique ». L'expérience s'avère bien plus mémorable lorsque le visiteur a l'opportunité d'accompagner les habitants au marché, d'arpenter les zones d'approvisionnement, de visiter les villages d'artisans, de rencontrer les cuisiniers et de s'initier aux techniques de préparation avant de déguster le mets.
Dès lors, la valeur d'un repas s'étend à celle de l'ensemble du voyage ; les dépenses des touristes bénéficient directement aux artisans, aux guides, aux hébergeurs ainsi qu'à de multiples services locaux.
Le développement des offres touristiques doit placer la qualité, la durabilité et l'expérience du voyageur au cœur de sa démarche. Les restaurants, marchés, villages de métiers, terroirs d'origine, sites patrimoniaux et initiatives communautaires ne sauraient fonctionner de manière isolée : ils doivent s'articuler au sein d'un itinéraire suffisamment attractif pour inciter les visiteurs à prolonger leur séjour et à accroître leurs dépenses.
Nguyen Thi Hoa Mai, directrice adjointe de l'Administration nationale du tourisme du Viêt Nam, indique que cette dernière a conseillé au ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de soumettre au gouvernement le Projet de promotion du tourisme et de la gastronomie vietnamiens à l'étranger pour la période 2026-2030. Ce programme fait de la gastronomie le pilier central du positionnement de la marque touristique nationale afin de renforcer la compétitivité de la destination Viêt Nam.
De nombreux experts soulignent la nécessité d'une approche systémique : les collectivités locales doivent identifier leurs valeurs représentatives, aptes à raconter l'histoire du territoire pour les transformer en expériences ; les agences de voyages doivent intégrer ces étapes dans des circuits commercialisables ; les restaurateurs et prestataires de services doivent garantir des standards de qualité élevés ; les communautés locales doivent préserver les savoir-faire, les recettes et le patrimoine immatériel ; enfin, les médias et plateformes numériques doivent diffuser ces récits au moment opportun, lorsque le voyageur recherche des informations et planifie son séjour.
Par ailleurs, le développement du tourisme gastronomique ne doit pas dénaturer l'environnement au sein duquel ces spécialités ont émergé. Un marché traditionnel doit avant tout demeurer un lieu de vie pour les habitants ; les villages d'artisans doivent pouvoir subsister grâce à leur métier ; et les recettes régionales ne doivent pas être altérées à seule fin de satisfaire des goûts passagers.
Ce n'est que lorsque les producteurs, les cuisiniers et les garants des traditions percevront des retombées équitables du tourisme qu'ils trouveront la motivation nécessaire pour préserver les valeurs qui façonnent l'attractivité du territoire.
Au-delà du plaisir culinaire, le secteur doit répondre aux exigences d'hygiène et de sécurité alimentaire, de traçabilité des produits, de transparence des prix, de qualité de service, de compétences linguistiques, de modernisation des modes de paiement et de facilité d'accès à l'information.
Si une campagne de promotion séduisante peut inciter à un premier voyage, seule l'expérience vécue sur le terrain détermine la volonté du visiteur de recommander la destination ou d'y séjourner à nouveau. C'est à cette condition que l'atout gastronomique se transformera véritablement en avantage compétitif pour le territoire, garantissant un développement touristique pérenne.