L’animation vietnamienne affirme son identité

Après des années passées dans l’ombre des grandes productions étrangères, l’animation vietnamienne commence enfin à faire entendre sa propre voix.

Des plateformes numériques aux festivals internationaux, de plus en plus d’œuvres créées par des Vietnamiens attirent l’attention grâce à leur identité culturelle et à leurs récits plus personnels.

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Les films d’animation vietnamiens gagnent progressivement le cœur du public. Photo : Baoquocte.

Trouver sa propre identité

Depuis de nombreuses années, les studios vietnamiens participent à la production de projets d’animation internationaux. Cette expérience a permis de former des équipes qualifiées, capables de travailler selon des standards techniques proches du niveau international.

Selon Ha Huy Hoang, directeur artistique de DeeDee Animation Studio, les créateurs vietnamiens apprennent très vite, aussi bien des styles japonais que des influences occidentales. Mais ils cherchent encore une identité artistique qui leur soit véritablement propre.

Aujourd’hui, une nouvelle génération ne veut plus se contenter du rôle de sous-traitant. Beaucoup souhaitent désormais créer des œuvres originales, portant à la fois une touche personnelle et une identité vietnamienne.

Plutôt que de tenir de grands discours sur “l’identité nationale”, des studios comme DeeDee Animation Studio préfèrent se concentrer sur la création elle-même.

« Nous ne cherchons pas un succès immédiat. Nous avançons comme des personnes qui allument une allumette. Notre travail consiste à faire vivre cette flamme née de la passion. Quant à savoir si elle deviendra plus grande, cela dépend aussi du public et de son époque », explique Ha Huy Hoang.

Pour lui, raconter le Vietnam dans l’animation ne signifie pas ajouter artificiellement des symboles traditionnels dans chaque image. L’identité culturelle doit apparaître naturellement.

Lorsqu’un film est réalisé par des Vietnamiens, élevés dans une culture vietnamienne, cette identité se reflète naturellement dans les personnages, leur manière de vivre ou encore la façon de raconter l’histoire. Selon lui, l’animation vietnamienne passe aujourd’hui d’une logique d’imitation à une recherche plus profonde de sa propre identité.

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Ha Huy Hoang partage sa vision du parcours dans le métier de l’animation. Photo : Baoquocte.

Élever le niveau pour conquérir le monde

Cette évolution au sein des studios correspond aussi aux attentes du public vietnamien, devenu plus exigeant mais également plus attentif aux productions nationales.

Tran Thi Ngoc, étudiante de l’Université du Commerce, explique qu’elle soutient l’animation vietnamienne avant tout parce qu’elle souhaite voir des Vietnamiens raconter leurs propres histoires. « Ce sentiment de proximité ne vient pas forcément de symboles spectaculaires. Parfois, un simple détail dans le décor ou une narration sincère suffit pour que le public se reconnaisse dans l’histoire », estime-t-elle.

Mais pour qu’une œuvre locale puisse toucher un public international, la sincérité seule ne suffit pas. Elle doit aussi atteindre un niveau technique capable de convaincre les spectateurs du monde entier.

Le directeur artistique de DeeDee Animation Studio rappelle que les jeunes d’aujourd’hui grandissent avec les standards des grands studios comme Disney ou Pixar.

Les studios vietnamiens doivent donc améliorer constamment la qualité de leurs productions, qu’il s’agisse de l’animation des mouvements, de la mise en scène ou encore du rythme du récit.

Selon Ha Huy Hoang, cette exigence technique est le véritable “passeport” permettant à l’animation vietnamienne d’entrer sur la scène mondiale sans attendre de traitement particulier en tant que production locale.

Les premiers résultats commencent déjà à apparaître. Dans plusieurs festivals et forums internationaux, certaines œuvres vietnamiennes reçoivent désormais des réactions positives.

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Silka se dit séduite par le film d’animation vietnamien. Photo : Baoquocte.

Silka, spectatrice belge, dit avoir particulièrement apprécié Jelly’s Bean (Mứt và Đậu ở Làng Bông) de DeeDee Animation Studio. « Même si je regarde moins de films d’animation aujourd’hui, ce film m’a vraiment captivée. J’ai surtout aimé son message humain. C’est une œuvre originale, avec une identité propre, qui ne ressemble pas aux productions d’autres pays. Je pense qu’un contenu de cette qualité peut séduire le public international, notamment les enfants en Belgique », confie-t-elle.

Le regard positif d’une spectatrice venue d’un pays possédant une longue tradition dans l’animation montre ainsi que les œuvres vietnamiennes peuvent aussi toucher un public au-delà des frontières.

Même si de nombreux obstacles demeurent, des préjugés sociaux aux difficultés économiques, les initiatives de DeeDee Animation Studio et d’autres acteurs du numérique nourrissent l’espoir de voir le Vietnam trouver une place plus importante dans l’industrie culturelle mondiale.

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