Une nouvelle saveur
Le week-end, le restaurant sud-coréen Moonie Snacks, situé dans la rue Nguyen Phong Sac, affiche presque toujours complet. Outre ses spécialités typiquement sud-coréennes, l'établissement est également connu des jeunes grâce à ses vidéos humoristiques sur TikTok.
Entre les rires et l'odeur alléchante du kkwabaegi (beignet torsadé coréen), peu de clients réalisent que ces plats ont dû être adaptés pour séduire le public vietnamien. Car l'acceptation d'un plat ne dépend pas uniquement de son goût.
De nombreux clients découvrent Moonie Snacks à travers les vidéos de Mun Chang Gi, qui apparaît souvent aux côtés de son personnel dans une ambiance conviviale. Avant de se lancer dans la restauration, il travaillait depuis plus de dix ans dans la fourniture de composants pour téléphones mobiles. Après avoir vendu son entreprise, il s'est tourné vers le secteur de la restauration.
Selon lui, les différences de culture de consommation et de goûts culinaires constituent le principal défi lorsqu'on introduit la cuisine sud-coréenne au Vietnam. Le restaurant étant situé près de plusieurs universités, les prix ont également été adaptés à une clientèle majoritairement étudiante.
Les ajustements ne concernent pas seulement les prix, mais aussi les saveurs. Les nouilles en sont l'exemple le plus parlant. Après avoir goûté plusieurs chaînes de restaurants de nouilles au Vietnam, Mun Chang Gi a constaté que les recettes différaient fortement de celles de République de Corée. Son établissement propose donc deux versions : l'une fidèle à la recette sud-coréenne, l'autre adaptée au goût vietnamien.
Le changement le plus important concerne les ingrédients. Afin de réduire les coûts et de s'adapter aux ressources locales, certains produits sont remplacés par d'autres ingrédients, auxquels s'ajoutent parfois des fruits de mer, du bœuf ou des saucisses pour rendre les saveurs plus accessibles.
Interrogé sur la préservation de l'identité d'origine du plat après ces modifications, il estime que celui-ci a profondément changé. Toutefois, selon lui, cette évolution est presque inévitable pour qu'un plat puisse trouver sa place dans un nouvel environnement.
L'exemple de Moonie Snacks illustre parfaitement le parcours d'un plat lorsqu'il arrive dans une nouvelle culture. Il soulève également une question : si les plats sud-coréens au Vietnam ont dû s'adapter, les plats vietnamiens à l'étranger ne suivent-ils pas le même chemin ?
Les saveurs vietnamiennes dans la gastronomie mondiale
Par hasard, un couple australien rencontré dans le vieux quartier de Hanoï raconte avoir dégusté un bol de pho (soupe vietnamienne de nouilles au boeuf) dans le restaurant UR PHO à Cronulla avant même de visiter le Vietnam. Kate et Tim expliquent que leur intérêt pour la culture et la cuisine vietnamiennes les a poussés à voyager dans le pays.
Lorsqu'on évoque la gastronomie vietnamienne, on ne pense pas seulement au pho, mais aussi au banh mi (sandwich vietnamien à la baguette), au bun cha (vermicelles de riz avec porc grillé) et à bien d'autres spécialités.
Le banh mi ne se limite plus aux restaurants vietnamiens, il est devenu un choix familier pour de nombreux habitants à l'étranger. Cela témoigne de l'intégration progressive de la cuisine vietnamienne dans le quotidien des populations locales.
Kate et Tim estiment que les plats vietnamiens en Australie restent relativement authentiques. Toutefois, après avoir goûté le pho à Hanoï, ils ont remarqué que certains ingrédients difficiles à trouver en Australie avaient été remplacés, notamment certaines herbes aromatiques.
Au Vietnam, un bol de pho est généralement servi avec du basilic thaï, du coriandre longue vietnamienne, de la marjolaine vietnamienne ou des pousses de soja. En Australie, ces accompagnements sont souvent remplacés par de la laitue, plus facile à trouver.
Selon Tim, ce qui rend la cuisine vietnamienne plus captivante dans son pays d'origine, c'est l'expérience complète : l'atmosphère locale et les ingrédients du terroir qui donnent toute leur authenticité aux plats.
L'attrait de la cuisine vietnamienne
Andy et Lucy, deux voyageurs britanniques, partagent le même constat concernant les différences entre les plats vietnamiens servis à l'étranger et ceux dégustés au Vietnam.
Après trois mois de voyage à travers l'Asie, ils ont choisi le Vietnam notamment pour sa réputation gastronomique. Ils apprécient non seulement l'authenticité des saveurs, mais aussi la diversité culinaire entre les différentes régions du pays. Du delta du Mékong jusqu'à Hanoï, ils ont découvert une multitude de spécialités locales, chacune offrant une expérience unique.
Interrogé sur le pho au Royaume-Uni, Andy reconnaît une différence considérable avec celui dégusté à Hanoï. Selon lui, le pho hanoïen possède une identité locale unique et des recettes propres à chaque établissement. Même pour un même plat, les saveurs peuvent varier fortement d'un restaurant à l'autre.
Les témoignages de ces voyageurs occidentaux révèlent une réalité intéressante : la cuisine vietnamienne séduit précisément grâce à sa simplicité et à son authenticité. C'est pourquoi elle résiste naturellement à l'influence croissante des cuisines étrangères présentes au Vietnam.
Les bols de pho, de bun ou les banh mi servis à l'étranger peuvent être adaptés pour répondre aux contraintes locales, mais ils conservent toujours l'âme vietnamienne et rappellent le Vietnam à ceux qui les dégustent.
Au fond, l'histoire des plats étrangers au Vietnam est aussi celle des plats vietnamiens à travers le monde. Ici ou là, le niveau d'épices peut être réduit et certains ingrédients remplacés afin de s'adapter aux goûts locaux. Pourtant, qu'on soit à Hanoï ou à New York, chacun reconnaît que le tokbokki (gâteaux de riz coréens épicés) appartient à la République de Corée, tandis que le pho demeure profondément vietnamien.