La province de Cao Bang (au nord du Vietnam) abrite de nombreuses communautés ethniques, parmi lesquelles les Dao, qui se divisent en deux groupes : les Dao rouges et les Dao à sapèques.
Représentant la majorité de la communauté dao de la province, les Dao rouges sont dépositaires d’un patrimoine culturel riche et diversifié, marqué par des rites étroitement liés aux différentes étapes de la vie.
Parmi ceux-ci, le mariage est considéré comme un événement majeur, marquant non seulement le passage à l’âge adulte des deux jeunes gens, mais aussi le rapprochement de leurs deux familles et de leurs lignées.
L’une des particularités du mariage chez les Dao rouges réside dans le choix d’un nombre impair de personnes pour accompagner la mariée. Le cortège compte généralement 9, 11 ou 13 personnes.
Selon la conception traditionnelle, l’arrivée de la mariée au sein du cortège transforme ce nombre impair en nombre pair, symbole de plénitude et de réunion familiale.
À l’inverse, si le cortège partait avec un nombre pair de personnes, l’arrivée de la mariée ferait passer l’effectif à un nombre impair, considéré comme un présage de séparation et de malheur.
La famille du marié se rend chez celle de la mariée avec, pour présents nuptiaux, de deux poulets, de l’alcool de riz, du porc ainsi que plusieurs parures destinées à la future épouse : bijoux en argent, collier, bracelets, chaîne ornementale de ceinture, corsage traditionnel et boucles d’oreilles.
Après vérification des présents, les deux familles établissent en caractères chinois classiques l’acte scellant leur union, y apposent leurs signatures et en conservent chacune un exemplaire, comme témoignage officiel de leur engagement matrimonial.
Le jour du mariage, la mariée porte une tenue traditionnelle à dominante rouge, ornée de nombreux bijoux en argent autour du cou et des poignets.
Elle porte notamment un grand foulard rouge qui recouvre entièrement son visage.
Le cortège de la famille de la mariée, vêtu de costumes traditionnels, prend la route avec celle-ci en direction de la maison du marié, accompagné par les airs de fête joués par les musiciens.
Une demoiselle d’honneur tient un parasol au-dessus de la mariée pendant toute la durée du trajet.
Celui-ci la protège certes du soleil, mais revêt également une dimension symbolique, évoquant la plénitude et le souhait que tout soit accompli pour son entrée dans sa nouvelle famille.
Lorsque les deux cortèges se croisent, les musiciens des deux familles jouent des airs de bienvenue et de bénédiction, tandis que les participants s’inclinent les uns devant les autres selon la tradition.
Parmi les cérémonies qui impressionnent particulièrement les visiteurs figure le rite destiné à éloigner les mauvais esprits, accompli devant la maison du marié.
La mariée se tient dos à la maison tandis que le chaman accomplit les gestes prescrits avec de l’eau dans laquelle ont macéré des feuilles de pamplemoussier.
Il procède également au sacrifice rituel d’un poulet afin d’écarter les malheurs qui pourraient avoir suivi le cortège de la mariée.
Une jeune fille choisie par la famille du marié vient ensuite laver les pieds de la mariée et lui chausser de nouvelles chaussures, un geste symbolique auquel est associée l’idée de transmettre chance et bienfaits à cette jeune fille.
La mariée franchit ensuite un récipient d'eau dans lequel a été placé le couteau utilisé au cours du rituel, avant d’entrer officiellement dans la maison de son époux.
À l'intérieur de la maison, les jeunes mariés accomplissent le rituel consistant à joindre leurs mains en signe de révérence devant l'autel ancestral, exprimant ainsi leur respect pour leurs ancêtres et priant pour la paix, la prospérité et une nombreuse descendance pour leur nouvelle famille.
Le maître de cérémonie accomplit également un rite destiné à présenter aux ancêtres le nouveau membre de la famille, tout en leur confiant le vœu de voir les jeunes époux vivre dans l’entente et le bonheur.
Une fois les principaux rites achevés, les deux familles se réunissent autour d’un repas de fête, se livrent à des chants alternés célébrant l’union des jeunes époux et savourent les mets traditionnels.
Le mariage dao rouge se distingue par l’éclat de ses costumes rouges, les sonorités retentissantes des instruments à vent, ainsi que par la richesse de ses coutumes, de ses croyances, de ses tenues traditionnelles et de sa gastronomie.
L’ensemble offre un aperçu précieux de la vie spirituelle des Dao rouges et contribue à sensibiliser le public à la nécessité de préserver et de valoriser ce patrimoine culturel traditionnel dans la société contemporaine.