Au-delà de ses célèbres tours-temples, le sanctuaire de My Son recèle un autre trésor inestimable gravé dans la pierre. Grâce à son exceptionnel corpus d'inscriptions épigraphique, ce site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO prépare un dossier de candidature en vue de leur inscription au Registre de la Mémoire du monde pour l'Asie et le Pacifique.
Une initiative qui ouvrirait une nouvelle étape dans la préservation et la valorisation de ce patrimoine documentaire, en complément de son statut de patrimoine mondial.
Situé dans la commune de Thu Bon, à Da Nang, le sanctuaire de My Son est réputé pour son architecture monumentale. Il conserve également un remarquable ensemble d'inscriptions épigraphique qui constitue une source documentaire unique. Ces textes gravés permettent aux chercheurs de retracer la fondation du sanctuaire ainsi que l'évolution du royaume du Champa.
Le Conseil de gestion du patrimoine culturel mondial de My Son a achevé la première phase d'un projet consacré au recensement, à la documentation et à la constitution d'une base de données numérique des inscriptions conservées sur ce site. Les premiers résultats de l'inventaire font état d'une cinquantaine d'inscriptions, comprenant des stèles intactes ainsi que de nombreux fragments de stèles portant des textes gravés.
Selon Nguyen Van Tho, chef du Bureau de la conservation et des musées du Conseil de gestion, ces inscriptions constituent non seulement des vestiges originaux d'une valeur historique, culturelle et scientifique exceptionnelle, mais aussi des sources de première main qui éclairent la fondation et le développement du complexe monumental de My Son, ainsi que la vie politique, religieuse et culturelle du royaume du Champa à différentes périodes de son histoire.
Il a estimé que l'objectif d'obtenir une inscription au Registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO pour l'Asie et le Pacifique est tout à fait réaliste.
Depuis 2018, le Conseil de gestion collabore avec des chercheurs indiens et l'ambassade d'Inde au Vietnam dans le cadre d'un projet consacré à l'étude et à la traduction d'une trentaine d'inscriptions en sanskrit conservées à My Son vers le vietnamien et l'anglais.
Ces inscriptions revêtent une importance exceptionnelle, la plupart ayant été gravées directement sur les structures en pierre des temples. Elles renferment de précieuses informations sur l'histoire, la religion et la société du royaume du Champa.
Leur déchiffrement demeure toutefois particulièrement complexe. Les bombardements survenus durant les guerres ont endommagé de nombreuses stèles, souvent brisées ou incomplètes, tandis que des siècles d'érosion naturelle ont progressivement effacé une partie des caractères gravés.
La tâche est compliquée par le fait qu'une partie importante des stèles originales a été transférée, dès le début du 20e siècle, au Musée de la Sculpture cham de Da Nang, au Musée national d'Histoire du Vietnam et dans d'autres institutions, rendant plus difficile la comparaison et la reconstitution systématique de l'ensemble des inscriptions.
Dans ce contexte, les experts de l'École française d'Extrême-Orient (EFEO) ont réaffirmé, en mai dernier, leur engagement à poursuivre la traduction des inscriptions en langue cham, à partager leurs archives consacrées aux recherches archéologiques et aux travaux de restauration menés à My Son, ainsi qu'à contribuer à la préparation du dossier de candidature au Registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO.
Selon le chercheur Tran Ky Phuong, ancien conservateur du Musée de la Sculpture cham de Da Nang, la coopération avec l'EFEO a permis, depuis 2010, de découvrir environ 140 nouvelles inscriptions du Champa, dont un grand nombre ont déjà été traduites en anglais et en français.
L'EFEO dispose également d'une technologie avancée de photogrammétrie permettant de produire des modèles numériques d'une très grande précision. Cette technique enregistre chaque fissure, éclat ou trace d'érosion et permet, grâce à des logiciels spécialisés, de reconstituer virtuellement les fragments de stèles et de restituer des passages devenus illisibles.
"Nous avons également achevé une étude exhaustive consacrée au système des inscriptions de My Son, qui sera prochainement publiée. Associée aux recherches sur le Champa déjà publiées par l'EFEO, elle constituera une source documentaire de référence pour les futures recherches scientifiques et les actions de conservation du patrimoine", a déclaré Tran Ky Phuong.
Selon Le Tri Cong, architecte et chercheur spécialiste de la culture cham, les travaux de Louis Finot, de l'EFEO et de chercheurs contemporains tels qu'Arlo Griffiths montrent que les inscriptions de My Son constituent la clé pour décrypter l'histoire du royaume du Champa, son organisation religieuse ainsi que les relations entre le pouvoir royal et le pouvoir spirituel.
À ses yeux, cet ensemble épigraphique réunit toutes les qualités requises pour prétendre à une inscription au Registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO.
Peu de sites en Asie du Sud-Est, a-t-il souligné, conservent un ensemble aussi cohérent d'inscriptions réunies dans un même espace sacré et retraçant près de neuf siècles d'histoire continue d'un royaume.
Les inscriptions témoignent en outre des échanges culturels entre l'Inde et l'Asie du Sud-Est à travers l'évolution de l'usage du sanskrit vers l'ancien cham. "C'est précisément cette combinaison de valeurs historiques, linguistiques, religieuses et régionales qui confère aux inscriptions de My Son leur portée universelle exceptionnelle", a conclu Le Tri Cong.