Le 21 août à Hô Chi Minh-Ville, l’Association des jeunes entrepreneurs du Vietnam a organisé le Forum de l’économie privée du Vietnam (VPSF) 2026 – Table ronde de la région du Sud, à l’initiative de l’Association des jeunes entrepreneurs de Hô Chi Minh-Ville.
Les discussions ont porté principalement sur les solutions visant à renforcer les interconnexions régionales, à développer l’écosystème entrepreneurial et à accroître la compétitivité du secteur privé dans la région.
Lors de sa prise de parole, Dang Hong Anh, président de l’Association des jeunes entrepreneurs du Vietnam, a souligné que la région du Sud du Vietnam dispose d’importantes ressources en matière d’infrastructures, d’industrie, de ports maritimes, de postes-frontières, de zones de production de matières premières, de marchés et de communautés d’entreprises.
Cependant, le potentiel le plus important réside dans la capacité à organiser, à connecter et à transformer ces ressources en productivité, en débouchés commerciaux et en véritable capacité compétitive pour les entreprises vietnamiennes.
Ainsi, les interconnexions régionales doivent passer de la simple connexion des infrastructures à celle des chaînes de valeur ; les politiques de soutien aux entreprises doivent également être davantage orientées vers le renforcement de leurs capacités, leur intégration aux chaînes d’approvisionnement et leur accès à de nouveaux marchés.
De l’interconnexion entre entreprises à celle des chaînes de valeur
Selon Nguyen Thi My Linh, présidente de l’Association des jeunes entrepreneurs de la province d’An Giang, les interconnexions régionales ne devraient pas se limiter aux transports ou à la planification, mais doivent établir une chaîne de liaison continue entre les zones de production de matières premières, la logistique, les entreprises, les fournisseurs, la distribution et les marchés.
Pour les petites et moyennes entreprises, intégrer les grands réseaux de distribution, les chaînes d’approvisionnement des entreprises à capitaux étrangers (IDE) ou les marchés d’exportation ne dépend pas seulement de leurs produits. Elles doivent également être capables de satisfaire aux normes de qualité, d’assurer la traçabilité et de garantir leurs capacités d’approvisionnement.
À partir de cette réalité, Nguyen Thi My Linh a proposé de mettre à l’essai le développement de fournisseurs interrégionaux fondé sur des commandes réelles. Elle a jugé nécessaire d’encourager le modèle « entreprise chef de file – État en soutien – participation des petites et moyennes entreprises ».
Toujours selon Nguyen Thi My Linh, il convient de développer des infrastructures et services mutualisés de première transformation, de transformation, d’analyse et de contrôle, ainsi que des entrepôts frigorifiques. Ces mesures permettraient aux entreprises de réduire leurs coûts, d’améliorer leur qualité et de répondre aux exigences de plus en plus élevées du marché.
Selon cette approche, le marché et la demande des acheteurs doivent constituer le point de départ, plutôt que de partir uniquement des produits dont dispose chaque localité.
De son côté, Nguyen Duy Khuong, vice-président de l’Association des jeunes entrepreneurs de Dong Nai, estime que la présence de nombreuses entreprises à capitaux étrangers ne produit pleinement ses effets d’entraînement que lorsque les entreprises nationales sont capables de passer de la sous-traitance et de la fourniture de produits ou services simples à des activités à plus forte valeur ajoutée dans les domaines de la technologie, de la gestion des données, de la conception, du contrôle et de la gestion des chaînes d’approvisionnement.
De l’avis du Dr Tran Du Lich, la région du Sud-Est est le principal centre économique dynamique du pays et le secteur privé joue un rôle particulièrement important dans son développement. Les entreprises privées ont insufflé un dynamisme considérable à l’industrie, au commerce, aux services, à la logistique et à l’innovation.
Cependant, la majorité des entreprises restent de petite ou moyenne taille et leurs capacités technologiques, managériales et financières demeurent limitées. Les liens entre entreprises, entre entreprises privées et entreprises à capitaux étrangers, ainsi qu’avec les centres de recherche, restent encore insuffisants.
« L’exigence essentielle aujourd’hui est de passer d’une production isolée à une organisation fondée sur les chaînes de valeur », a souligné le Dr Tran Du Lich.
Les entreprises ne doivent donc plus se contenter de rivaliser sur les prix ou sur leur taille individuelle, mais travailler ensemble à la constitution de chaînes allant de la recherche, de la conception et de la production de matières premières et de composants à la transformation, à la logistique, à la distribution et à la construction des marques.
En particulier, les entreprises privées vietnamiennes doivent s’intégrer plus profondément aux chaînes d’approvisionnement des grands groupes à capitaux étrangers et devenir progressivement des fournisseurs de premier et de deuxième rang capables de rivaliser à l’échelle internationale.
Le Dr Tran Du Lich a également affirmé : « Pour permettre aux entreprises privées de grandir, il ne suffit pas de soutenir les entreprises individuellement : il faut construire un écosystème dans lequel les grandes entreprises entraînent les petites, la logistique relie les différentes étapes et les institutions assurent la cohérence à l’échelle de toute la région ».
Développer le système logistique régional
L’une des conditions essentielles à la constitution de chaînes de valeur dans le Sud-Est est de développer le système logistique régional.
Selon le Dr Tran Du Lich, la connexion entre les ports maritimes, les aéroports, les routes, le réseau ferroviaire, les entrepôts et les centres de distribution n’est pas encore véritablement coordonnée. Cette situation accroît les coûts, pèse sur la compétitivité des entreprises et limite leur capacité à s’intégrer plus profondément aux chaînes d’approvisionnement régionales et mondiales.
Le Sud-Est doit passer d’une logique de développement d’infrastructures individuelles à la construction d’un réseau logistique régional intégré.
Dans ce cadre, Cai Mep – Thi Vai doit être développé comme une porte d’entrée et de sortie internationale pour les échanges commerciaux ; l’aéroport de Long Thanh doit devenir une plateforme logistique aérienne majeure ; les rocades, autoroutes et lignes ferroviaires doivent relier les zones industrielles aux ports maritimes et aux aéroports.
Parallèlement à cela, il convient de développer des centres logistiques, des entrepôts sous douane, des entrepôts frigorifiques et des centres de distribution modernes.
Il est notamment nécessaire d’accélérer le développement de la logistique numérique et de favoriser le partage des données entre les entreprises de production, les transporteurs, les ports, les entrepôts et les organismes de gestion.
Lorsque les marchandises peuvent être suivies de manière continue, de l’usine au port puis jusqu’au marché de consommation, les petites et moyennes entreprises disposent de meilleures conditions pour intégrer les grandes chaînes d’approvisionnement.
« En d’autres termes, pour constituer une chaîne de valeur, il faut disposer d’une chaîne logistique correspondante », a noté le Dr Tran Du Lich.
Établir un écosystème d’entreprises interconnectées
Les interventions présentées lors du forum ont mis en évidence la complémentarité entre les différents espaces économiques du Sud : Hô Chi Minh-Ville joue le rôle de centre financier, commercial et technologique et de plateforme de connexion aux marchés ; Dong Nai est un centre de l’industrie manufacturière, des industries auxiliaires et un pôle logistique international ; Tay Ninh constitue une porte d’entrée du commerce transfrontalier ; tandis que le delta du Mékong est une région stratégique pour les matières premières agricoles, les produits aquatiques, l’énergie et l’économie maritime.
Lorsque ces atouts seront organisés au sein d’une chaîne de valeur intégrée, les interconnexions régionales pourront véritablement transformer le potentiel géographique en capacité de compétitivité économique.
À partir des problèmes concrets évoqués, les participants estiment que l’État doit jouer un rôle d’impulsion en construisant les infrastructures, les systèmes de données et les normes communes, tout en créant un environnement concurrentiel équitable. Le secteur privé doit, quant à lui, participer davantage aux investissements dans la logistique, les ports secs, les centres de distribution et les technologies logistiques.
Par ailleurs, il importe de constituer des pôles d’interconnexion entre entreprises et des chaînes de valeur par secteur et par produit, plutôt que d’appeler de manière générale les entreprises à « travailler ensemble ».
Dans ce dispositif, les entreprises chefs de file doivent jouer un rôle moteur auprès des petites et moyennes entreprises ; l’État doit apporter son soutien en facilitant la mise en relation entre l’offre et la demande, l’établissement de normes techniques, la certification de la qualité, l’innovation technologique et le renforcement des capacités de gestion.
Les résultats de ces interconnexions doivent être évalués à partir d’indicateurs concrets tels que le nombre d’entreprises répondant aux normes requises, le nombre de nouveaux fournisseurs, le nombre de contrats signés et la valeur réelle des commandes.
Une autre exigence consiste à renforcer les mécanismes de coordination régionale. À l’heure actuelle, des entreprises de Hô Chi Minh-Ville, de Dong Nai et de Tay Ninh peuvent participer à une même chaîne de production, alors que les politiques de soutien, la promotion des investissements, les zones industrielles, la logistique et les données restent pour l’essentiel organisées selon les limites administratives.
Les interconnexions régionales doivent donc reposer sur un écosystème commun, dans lequel les infrastructures, les données, la logistique, les ressources humaines, les normes et les programmes de soutien aux entreprises sont connectés de manière plus efficace.
Passer de l’interconnexion entre entreprises à celle des chaînes de valeur, puis de ces chaînes de valeur à la constitution d’un écosystème de production compétitif à l’échelle internationale, constituera une orientation majeure pour exploiter pleinement le potentiel de la région du Sud, renforcer les capacités du secteur privé et créer de nouveaux moteurs de croissance pour le Sud-Est et pour l’ensemble du pays.
À l’issue de la table ronde, l'Association des jeunes entrepreneurs de Hô Chi Minh-Ville a signé un protocole d'entente avec des partenaires afin d'élargir les canaux de mise en relation des ressources et de coopération au sein de la communauté des affaires.