Les artisans de la cuisine, piliers du tourisme vietnamien

Face à l’essor du tourisme gastronomique mondial, le Vietnam mise sur la reconnaissance des artisans de la cuisine pour préserver son patrimoine culinaire, professionnaliser les métiers de bouche et renforcer l’attractivité de ses destinations sur la scène internationale.

Croustillant à l’extérieur, savoureux à l’intérieur : le nem, rouleau frit emblématique du Vietnam, incarne à lui seul la richesse et la convivialité de sa gastronomie. Photo : VNA/CVN.
Croustillant à l’extérieur, savoureux à l’intérieur : le nem, rouleau frit emblématique du Vietnam, incarne à lui seul la richesse et la convivialité de sa gastronomie. Photo : VNA/CVN.

La gastronomie s’impose de plus en plus comme un “langage de pouvoir” sur la carte mondiale du tourisme.

Selon l’Association mondiale du tourisme gastronomique, en 2024, près de 80% des visiteurs internationaux définissent l’expérience culinaire locale comme objectif principal de leur voyage, les dépenses liées à l’alimentation représentant en moyenne 30% du budget touristique total.

Cette réalité souligne l’urgence, pour le Vietnam, de se doter d’une stratégie structurée afin de faire de la gastronomie un véritable patrimoine national.

Dans un contexte où de nombreux plats vietnamiens sont régulièrement distingués dans des classements gastronomiques internationaux prestigieux, la professionnalisation du métier de cuisinier et la valorisation des talents d’exception apparaissent comme des leviers essentiels pour renforcer l’attractivité du tourisme vietnamien.

Un représentant de l’Association vietnamienne du tourisme (VITA) indique que l’association a mis en place un système d’attribution de titres honorifiques tels que “Artisan de la cuisine”, “Artisan de la pâtisserie”, “Artisan de la mixologie” et “Artisan de la sculpture de fruits et légumes”.

Ces distinctions ne visent pas seulement à honorer des individus, mais contribuent également à l’établissement de nouvelles normes profes-sionnelles, permettant à la gastronomie vietnamienne de se rapprocher des standards internationaux.

Double mission

Selon la VITA, le titre d’“Artisan” est conçu autour d’une double mission : préserver le patrimoine culturel culinaire et standardiser le métier de cuisinier conformément aux critères internationaux.

Le président de l’Association vietnamienne du tourisme, Vu Thê Binh, affirme :

“Chaque candidat est un +gardien de la flamme+, possédant non seulement une maîtrise technique raffinée, mais contribuant également à la préservation et à la transmission des valeurs de la gastronomie traditionnelle.

C’est une base essentielle pour faire de la cuisine un produit touristique unique et porteur de profondeur culturelle”.

Chaque chef est un “gardien de la flamme“ au service du tourisme culturel. Photo : VNA/CVN.

Le règlement d’attribution de ces titres s’inspire des normes de Worldchefs - WASC, de l’UIBC et de l’ASI (*), conférant ainsi aux distinctions vietnamiennes une valeur équivalente à celle des certifications internationales. Cette démarche constitue un tremplin important pour l’intégration des chefs vietnamiens sur la scène mondiale.

La crédibilité du titre repose sur un système de critères quantifiables et transparents, avec un seuil minimum de 80 points sur 100.

Les candidats doivent justifier d’au moins dix années d’expérience professionnelle continue, jouir d’une réputation éthique reconnue par leurs pairs et la communauté, avoir créé au moins dix plats originaux dont un largement reconnu, obtenir des distinctions lors de compétitions nationales ou internationales, et contribuer à la formation en ayant transmis leur savoir à au moins cinquante apprentis.

Fait notable, les critères d’évaluation ne se limitent pas aux compétences culinaires : ils englobent également la connaissance de l’histoire et de la culture gastronomiques, la maîtrise des ingrédients, les techniques de conservation ainsi que les normes d’hygiène. Les artisans reconnus ne sont donc pas de simples “chefs talentueux”, mais de véritables représentants du patrimoine culinaire vietnamien.

Un atout touristique

En novembre 2025, une cérémonie de distinction organisée à Hô Chi Minh-Ville a honoré 34 artisans, dont 26 artisans cuisiniers. Parmi eux, 17 ont remporté un total de 29 prix internationaux, illustrant l’intégration dynamique de la cuisine vietnamienne dans le paysage gastronomique mondial.

Selon Vu Thê Binh, ces titres s’inscrivent dans une vision à long terme visant à bâtir une main-d’œuvre hautement qualifiée, à professionnaliser le métier de cuisinier et à affirmer le rôle stratégique de la gastronomie dans le développement du tourisme national.

Pour la cheffe Bùi Thi Suong, une artisane forte de 47 ans de carrière, cette reconnaissance ne se limite pas à une consécration personnelle ; elle constitue surtout une source de motivation pour les artisans afin de former et d’accompagner les jeunes chefs vers les grandes compétitions nationales et internationales.

Le Vietnam dispose d’une gastronomie riche et diversifiée, façonnée par les régions, les ethnies et les religions, avec des plats emblématiques tels que le banh mi (sandwich vietnamien), le pho bo (soupe de nouilles au bœuf), le bun cha (vermicelles de riz accompagnés de viande de porc grillée), le bun bo Huê (vermicelles au bœuf sauté de Huê), les nem ran (rouleaux de printemps frits) ou encore le banh xèo (grande crêpe croustillante au curcuma, farcie de viande de porc, crevettes et germes de soja).

Ces dernières années, la cuisine vietnamienne a été régulièrement distinguée par des prix internationaux prestigieux, notamment aux World Culinary Awards, tandis que le magazine Time Out a salué la scène culinaire vietnamienne.

Des représentants d’entreprises de voyages estiment que la gastronomie constitue un avantage concurrentiel majeur du tourisme vietnamien.

Pour un développement durable du tourisme culinaire, il convient de privilégier des expériences responsables, de raconter l’histoire culturelle de chaque plat et de proposer des parcours gastronomiques à plusieurs niveaux de découverte.

Selon un représentant de Vietravel, l’élévation du tourisme gastronomique nécessite l’amélioration des mécanismes et des politiques publiques, l’élaboration de stratégies claires, le renforcement de la coopération public-privé et un accent particulier sur la formation, associant établissements d’enseignement, entreprises et artisans.

Il est désormais évident que la gastronomie joue un rôle indispensable dans l’attractivité d’une destination touristique.

Toutefois, pour séduire durablement les visiteurs internationaux, la cuisine vietnamienne doit bénéficier d’investissements stratégiques, cohérents et résolus, s’appuyant sur une communauté d’artisans comme pilier d’un développement durable.

CVN/NDEL
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