Vietnam : quand le cinéma fait revivre le patrimoine

De Ninh Binh (au Nord du Vietnam) à Thanh Hoa (au Centre du Vietnam), des projets cinématographiques s’inspirent de l’histoire nationale et des paysages patrimoniaux. Au delà du grand écran, ils ouvrent de nouvelles perspectives pour la conservation, le tourisme et le développement des industries culturelles.

Photo : CVN.
Photo : CVN.

Le patrimoine ne saurait rester figé dans les livres, les sites ou la mémoire collective. Pour continuer à vivre, il doit être transmis, raconté et revisité.

Au Vietnam, le cinéma s’affirme progressivement comme un vecteur puissant pour rapprocher l’histoire du public, tout en valorisant les paysages, les traditions et les identités locales.

L’histoire nationale portée à l’écran

Deux projets récents illustrent cette dynamique.

À Ninh Binh (Nord), le film historique d’arts martiaux Hộ linh tráng sĩ - Bí ẩn mộ vua Đinh (“The Last Secret Of The First Emperor” en anglais ou “Le dernier secret du premier empereur” en français), produit par la société BHD et réalisé par Nguyen Phan Quang Binh, s’inspire de l’histoire, de la culture et des légendes populaires liées à l’ancienne capitale de Hoa Lu.

Il met en scène le roi Dinh Tien Hoang (924- 979) et des personnages animés par la loyauté, le courage et le sens du devoir envers la nation.

Le poster du film "Chiến bào" (Manteau de guerre) du réalisateur Victor Vu. Photo : CVN.
Le poster du film "Chiến bào" (Manteau de guerre) du réalisateur Victor Vu. Photo : CVN.

À Thanh Hoa (Centre), Chiến bào (Manteau de guerre), le nouveau projet du réalisateur Victor Vu, puise son inspiration dans l’insurrection de Lam Son menée par Le Loi (Lê Thái Tô, 1385 1433).

Présenté sur le site historique de Lam Kinh (Capitale royale indigo), le film entend restituer l’une des périodes les plus héroïques de l’histoire vietnamienne.

Selon son réalisateur, il ne racontera pas uniquement la violence d’une époque de turbulences, mais aussi le destin de “personnes ordinaires ayant accompli des choses extraordinaires et devenues des héros de la nation”.

Alors que l’histoire et les grandes figures demeurent encore relativement peu présentes au cinéma national, ces productions portent une ambition commune : transmettre le passé dans un langage accessible, notamment aux jeunes générations, tout en éveillant la fierté et l’attachement au pays.

Dans Hộ linh tráng sĩ - Bí ẩn mộ vua Đinh, Ninh Binh n’est pas un simple décor. Ses montagnes calcaires, ses cours d’eau, ses vallées et ses sites spirituels participent pleinement au récit.

Le tournage, qui s’est étendu sur près de trois mois dans la province, a intégré ces paysages aux scènes d’action, de poursuite et d’affrontement.

Thung Nham, Thung Ui, Tràng An et la pagode Bai Dinh figurent notamment parmi les sites largement mis en valeur à l’écran.

Ninh Binh sublimée dans "Hộ linh tráng sĩ - Bí ẩn mộ vua Đinh". Photo : CVN.
Ninh Binh sublimée dans "Hộ linh tráng sĩ - Bí ẩn mộ vua Đinh". Photo : CVN.

Pour Ngo Bich Hanh, représentante de BHD, le choix de Ninh Binh s’est imposé en raison de la nature préservée de ses paysages et de leur capacité à évoquer une histoire vieille de plus de mille ans.

Une partie du film se déroule dans un ancien village périphérique, lors de la Fête de la mi automne de l’année 979.

La productrice espère que ce décor pourra être conservé et ouvert aux visiteurs, afin de prolonger l’expérience cinématographique par une découverte concrète des lieux de tournage.

Le réalisateur Nguyen Phan Quang Binh souligne, pour sa part, que le potentiel de la province dépasse largement ce qui apparaît à l’écran. Certaines vallées isolées nécessitent deux ou trois jours de marche pour être atteintes.

À ses yeux, les paysages encore intacts, les grottes spectaculaires, la richesse culturelle et les récits populaires de Ninh Binh constituent une source d’inspiration exceptionnelle pour de futures productions.

Le cinéma transforme ainsi la perception d’un territoire. Une destination jusque là connue à travers les ouvrages historiques ou les brochures touristiques gagne une nouvelle visibilité sur grand écran. Le patrimoine devient un espace vivant où le passé dialogue avec le présent.

La rencontre entre cinéma et patrimoine produit un double effet. Selon l’historien Duong Trung Quoc, la nature renforce la beauté du film, tandis que le film, en retour, valorise le monument et son territoire.

Cette relation contribue à diffuser une image du Vietnam à la fois ancrée dans l’histoire et respectueuse de son patrimoine. Elle peut également encourager les jeunes et le public international à s’intéresser davantage à l’histoire nationale.

Une ressource pour l’avenir

Le lancement de Hộ linh tráng sĩ - Bí ẩn mộ vua Đinh marque, à cet égard, une nouvelle étape dans la coopération entre la province de Ninh Binh et l’Association vietnamienne pour la promotion du développement du cinéma.

Le projet s’inscrit dans un programme couvrant la période 2025 2030, qui associe développement cinéma-tographique, industries cultu-relles, tourisme et conservation du patrimoine.

L’objectif est notamment d’attirer les équipes de tournage et de permettre aux sites patrimoniaux de “retrouver de la vigueur” grâce au langage du cinéma.

Photo : CTV/CVN

Pour Nguyen Ba Linh, directeur du Conseil de gestion du patrimoine de la citadelle de la dynastie des Hô (construite à la fin du XIVe siècle) et des principaux monuments de Thanh Hoa (Centre), “préserver le patrimoine, c’est préserver une ressource pour l’avenir”.

Son exploitation doit donc rester étroitement liée à sa conservation, à ses caractéristiques propres et à l’espace culturel local dans lequel il s’inscrit.

Cette exigence est d’autant plus importante que le grand nombre de sites exerce une pression considérable sur les moyens disponibles.

Thanh Hoa concentre actuellement ses ressources sur plusieurs monuments prioritaires, notamment la citadelle de la dynastie des Hô, Lam Kinh, le temple Ba Trieu et le site de Phu Trinh.

Les habitants ont également un rôle majeur à jouer. À l’heure des réseaux sociaux, quelques secondes de vidéo ou une photographie bien choisie peuvent attirer l’attention sur un site jusque là peu connu.

Les communautés locales deviennent ainsi les premières ambassadrices de leur patrimoine, à condition que sa promotion s’accompagne d’une sensibilisation à sa valeur et à sa préservation.

Cette orientation rejoint la Stratégie de développement du tourisme vietnamien à l’horizon 2030, qui accorde une place particulière au tourisme culturel et à l’articulation entre développement touristique, conservation du patrimoine et préservation de l’identité nationale.

Elle s’inscrit également dans les objectifs de la Résolution N°80 du Politburo sur le développement de la culture vietnamienne, qui prévoit notamment l’achèvement, d’ici 2030, de l’essentiel des travaux de restauration des sites nationaux spéciaux.

La province de Thanh Hoa envisage par ailleurs d’élaborer un projet destiné à faire du festival de Lam Kinh un produit relevant des industries culturelles et contribuant au développement touristique.

Cette initiative pourrait renforcer les liens entre patrimoine, création artistique, économie locale et attractivité territoriale.

lecourrier.vn
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